La ministre responsable de la Montérégie, Lucie Charlebois, a confirmé dimanche­ que les quatre millions manquants pour boucler le projet de parc intégral­ à Bromont sont réunis.

Parc des sommets de Bromont: Québec met la touche finale au projet

Après des mois de tractations concernant l’avenir du Parc des sommets, le gouvernement du Québec a mis fin au suspense, dimanche, en annonçant à Bromont qu’il octroyait les sommes nécessaires pour que le projet voie le jour.

« C’est une grande journée. [...] J’ai la chair de poule », a lancé en point de presse la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois. Sous des applaudissements nourris, la ministre responsable de la Montérégie a indiqué à la foule rassemblée à l’hôtel de ville de Bromont que les quatre millions manquants pour boucler le projet de parc intégral sont réunis.

« Journée historique »
C’est avec fierté, non sans un brin d’émotivité, que le maire de Bromont, Louis Villeneuve, a pris la parole devant les nombreuses personnes qui se sont déplacées dimanche, malgré les caprices de Dame nature.

« Il s’agit d’une journée historique. [...] Nous y avons cru et nos efforts sont maintenant récompensés. Je suis très fier de ce que nous avons accompli ensemble. [...] Parfois, à Bromont, on s’entrechoque. Mais on finit par s’entendre et faire les choses autrement. Ça signifie être plus actif, plus vert et plus intelligent. Et le Parc des sommets est le premier jalon. »

Signe de l’engagement de la communauté dans le projet, une sérigraphie portant sur les principaux thèmes du parc, créée par l’artiste bromontoise Florence Hupin, a été remise à la ministre Charlebois.

De son côté, le grand patron de Bromont, montagne d’expériences a accueilli avec soulagement le dénouement de ce dossier de longue haleine, ayant fait vivre à la famille Désourdy des montagnes russes d’émotions au fil des cinq dernières années. « Ma grande sœur a eu 75 ans hier [samedi]. Elle m’a dit que [le Parc des sommets] est le plus beau cadeau qu’elle pouvait avoir, a confié Charles Désourdy. D’un autre côté, dans notre plan d’affaires, on veut attirer des villégiateurs. Et pour y arriver, ça prend un parc. Et j’avoue que ces fonds arrivent à un moment extraordinaire pour nous permettre de concrétiser plusieurs projets pour la montagne. »

« C’est un bel accomplissement. La culture de Bromont ne sera plus jamais la même. On peut se tourner vers l’avenir », a confié Claudette Duclos, présidente de la Société de conservation du mont Brome. « C’est une annonce qui fait tellement de bien », a repris, visiblement ému, Bertrand Lussier, le président de Protégeons Bromont.

« Aujourd’hui, je peux dire chapeau. Pour toutes les générations futures, le site sera protégé », a mentionné Pierre Vinet, membre du comité de financement.

Claudette Duclos et Bertrand Lussier, respectivement présidente de la Société de conservation du mont Brome et président de Protégeons Bromont

« C’est vraiment toute une victoire, a commenté son collègue, Gérald Désourdy. Dans 100 ans, on pourra dire que les Gaulois de Bromont ont accompli quelque chose d’extraordinaire. »

Infrastructures
Au montant requis pour l’achat du site de plus de 150 hectares s’ajoutent près de 1,2 million de dollars pour l’implantation d’infrastructures touristiques.

À ce chapitre, le projet de parc présenté à Québec prévoit entre autres l’aménagement d’un parcours de ski de fond (critérium) dessiné par Pierre et Alex Harvey, la mise en place d’une navette électrique ainsi que la construction d’un trottoir de bois (caillebotis) pour garder les gens dans les sentiers puis d’un pavillon d’accueil.

L’ajout d’un refuge et d’un musée à même un bâtiment de type « cabane à sucre » est aussi au programme. Une « idée géniale », a fait valoir Mme Charlebois. « Vous allez sensibiliser une population, mais aussi des jeunes des générations futures à [savoir] ce qu’est l’érable [et ses dérivés]. »

À ce jour, un des endroits potentiels pour ériger le pavillon d’accueil est le terrain attenant au site équestre olympique, qui appartient à la Ville. Une soixantaine de cases de stationnement seraient aménagées à proximité du pavillon d’une superficie de 1600 pieds carrés.

En ce qui concerne la construction du « refuge », pas question d’abattre des arbres pour faire un chemin.

« On voudrait respecter le caractère champêtre de la forêt. Alors on a pensé utiliser le secteur plat communément appelé “Fer à cheval” », avait indiqué à La Voix de l’Est Gérald Désourdy, membre du comité de financement. La bâtisse, dont la superficie avoisinerait 600 pieds carrés, serait en vieux bois, comme les cabanes d’antan, a-t-il précisé.

Questionnée au sujet du fait que le groupe chapeautant le projet de parc avait été dirigé initialement vers le ministère du Tourisme pour obtenir le soutien financier de Québec, sachant que cela nécessitait l’ajout d’infrastructures, Mme Charlebois a affirmé que cette option était incontournable. « On peut faire du développement économique tout en protégeant la nature. Ça va de pair, a-t-elle dit. [...] L’ensemble du gouvernement a trouvé une voie de passage parce qu’on voulait aider la Ville à remplir sa mission. On voulait répondre aux attentes de la population de garder ce caractère champêtre et de protection de la nature sans empêcher [Bromont] de se faire connaître. »

La ministre Charlebois a été accueillie telle une « rock star » à l’hôtel de ville de Bromont.

Une consultation publique au sujet des infrastructures à ériger sur le site aura lieu au cours des semaines à venir, a réitéré Bertrand Lussier.

Montage financier complexe

Le montage financier final a nécessité l’intervention de plusieurs acteurs gouvernementaux. 

La somme se détaille par une aide de 1,6 million de dollars de la part du ministère du Tourisme, alors que le ministère de l’Environnement ira jusqu’à 2,4 millions pour conclure la transaction. Tourisme Cantons-de-l’Est accorde pour sa part 80 000 $, tandis que la Fondation Hydro-Québec pour l’environnement octroie 220 000 $ à l’initiative. D’autres annonces de subventions doivent suivre au cours des semaines à venir.

Conservation de la nature Canada (CNC) avait déjà annoncé qu’il injectera 1,5 million provenant de fonds sous gestion d’Ottawa et de Québec. De son côté, la municipalité contribue au projet à hauteur de 2,75 millions. Le comité de la campagne de financement a dépassé en décembre son objectif d’amasser un million. À ce jour, environ 40 000 $ excédentaires ont été recueillis. Ces sommes seraient investies dans des équipements pour l’entretien du parc ou dans la signalisation.

Rappelons que le montant global pour acquérir le flanc sud du mont Brome, soit les monts Spruce et Bernard de même que le secteur du Val 8, s’élève à près de 8,3 millions de dollars en raison des taxes de vente applicables et de la création d’un fonds pour la protection à long terme du site. Outre CNC, les partenaires dans cette initiative sont Protégeons Bromont, la Société de conservation du mont Brome, Corridor appalachien, les Amis des sentiers et le Centre national de cyclisme de Bromont. La date butoir avait été fixée au 28 février pour sécuriser la transaction avec le propriétaire du site, Charles Désourdy, président de Bromont, montagne d’expériences. Sinon, le promoteur aurait pu y construire jusqu’à 27 maisons. 

Or, pourquoi avoir tardé si longtemps pour annoncer le soutien de Québec dans le dossier ? « Je m’occupe du pot », a répondu en riant Mme Charlebois, faisant référence au fait qu’elle siège en commission parlementaire sur le projet de loi 157. « J’aurais aimé [le faire] avant, a-t-elle renchéri, mais il fallait que [la décision] franchisse le cap des comités ministériels. »