Le ministre fédéral des Transports Marc Garneau

Ottawa prêt à financer la voie de contournement à Lac-Mégantic

Le gouvernement fédéral contribuera « un montant substantiel » pour financer la construction de la voie de contournement ferroviaire à Lac-Mégantic. Il entend même régler les détails du projet avant le cinquième anniversaire de la tragédie, le 6 juillet 2018.

C’est ce que le ministre des Transports Marc Garneau a confirmé à la mairesse Julie Morin mardi matin.

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« Je ne m’y attendais pas du tout. J’en suis encore émue et ébranlée. C’est une excellente nouvelle pour Lac-Mégantic », a lancé d’emblée Mme Morin en entrevue téléphonique avec La Tribune, en début d’après-midi, depuis Montréal où elle prononçait une conférence sur l’avenir de sa ville au Sommet sur l’énergie.

« Ça vient nous donner le droit d’avancer, de savoir que ça (la voie de contournement) va se concrétiser, qu’on va pouvoir reconstruire notre centre-ville sans avoir à côtoyer des trains tous les jours. »

Rappelons qu’en réaction à l’acquittement des trois employés de la MMA dans le procès en lien avec la tragédie de Lac-Mégantic, vendredi dernier, Mme Morin avait lancé un énième cri du cœur sur l’importance de sortir les trains du centre-ville pour aider au rétablissement de sa communauté.

« J’ai l’impression que mon cri du cœur a fait son effet. Je suis tellement fière d’avoir fait ce petit bout-là. En même temps, j’ai une pensée pour tous ceux qui ont travaillé sans relâche sur le dossier. Les trois conseils municipaux, la Coalition pour la sécurité ferroviaire, les députés... Je pense qu’on peut être fier d’être resté mobilisé comme communauté tout ce temps. »

Selon les engagements du ministre Garneau, Ottawa est prêt à investir une somme « substantielle » pour la construction de cette voie de contournement. La somme n’a pas été précisée puisqu’il reste du travail à faire « avec le gouvernement du Québec sur le partage des coûts et avec les municipalités pour finaliser le tracé », peut-on lire dans un communiqué émis en après-midi.

Le ministre Garneau presse maintenant le gouvernement Couillard de participer aussi à ce « chantier de reconstruction sociale », comme il le qualifie, qui permettra aux Méganticois de mieux tourner la page sur les tristes événements qui ont coûté la vie à 47 d’entre eux.

« Mon objectif est d’annoncer les détails avant le cinquième anniversaire de la tragédie. Alors j’invite maintenant les paliers provinciaux et municipaux à collaborer avec nous pour réaliser ce projet dans les plus brefs délais », ajoute le ministre Garneau.

« La lumière au bout du tunnel »

Pour la mairesse Morin, « la balle est de retour dans le camp du provincial. Le provincial attendait un leadership du fédéral étant donné que le transport ferroviaire est de juridiction fédérale, j’ai bon espoir maintenant qu’ils investiront aussi. Il ne leur reste qu’à s’entendre sur la part de chacun. »

Pour Mme Morin, qui s’est également entretenue avec le premier ministre Philippe Couillard dimanche, il ne fait aucun doute que l’infrastructure va se réaliser.

« Je le prends comme un engagement ferme. Oui, il reste certaines modalités à attacher, mais le fait que le fédéral prévoit des sommes me dit qu’on voit enfin la lumière au bout du tunnel. »

Selon le tracé privilégié, la construction d’une telle voie pourrait coûter plus de 115 millions de dollars.

L’étude de faisabilité est toujours en cours sur ce tracé et sur le statu quo amélioré, selon les recommandations formulées par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement à la fin de juillet 2017.

Lac-Mégantic et les municipalités voisines de Nantes et de Frontenac ont également écrit au ministre des Affaires municipales Martin Coiteux, avant les Fêtes, pour obtenir un budget supplémentaire pour analyser une variante de ce tracé proposée par Frontenac.

Parallèlement à cet exercice, le plan d’affaires est en préparation.

Mme Morin estime qu’il faudra bientôt aller devant les citoyens pour présenter l’état du projet et le tracé retenu. « Il faudra bien planifier l’exercice pour que ça se passe bien et pour bien accompagner les citoyens qui seront impactés », dit Mme Morin.

La mairesse précise à ce propos qu’elle a communiqué avec ses homologues de Frontenac et de Nantes mardi pour s’assurer que tous soient sur la même longueur d’onde.
« C’est sûr que pour enlever le train du centre-ville de Lac-Mégantic, il faut l’amener ailleurs. Je leur ai signifié mon intention qu’on travaille ensemble pour arriver au meilleur tracé possible pour la région. Ils ont bien reçu le message. »

La mairesse de Lac-Mégantic Julie Morin

La Coalition espère des règles de sécurité plus fermes

La Coalition des citoyens et des organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic se réjouit de l’engagement du fédéral pour la voie de contournement et reste en attente d’engagements plus précis émanant des deux paliers de gouvernement.

Tout en remerciant le ministre des Transports Marc Garneau, le porte-parole de la Coalition, Robert Bellefleur, l’invite « à poursuivre avec plus de vigueur le raffermissement des règles régissant la sécurité ferroviaire au pays, afin qu’une telle catastrophe ne puisse se reproduire ailleurs au Canada ».

Par voie de communiqué, M. Bellefleur recommande également de « redonner à Transports Canada son véritable rôle de chien de garde de la sécurité ferroviaire en mettant fin au processus d’autogestion de la sécurité ferroviaire par les compagnies privées elles-mêmes. La sécurité des populations vivant aux abords des voies ferrées en dépend ».

Pour sa part, la députée de Compton-Stanstead et ministre du Développement international Marie-Claude Bibeau a fait valoir que son gouvernement a, depuis le début, reconnu l’importance de la voie de contournement dans le processus de rétablissement de la communauté de Lac-Mégantic.

Il fallait toutefois attendre les conclusions des études techniques avant de s’engager, fait-elle comprendre. « Maintenant on est rendu suffisamment loin dans ce processus pour reconnaître également la pertinence technique de construire cette voie de contournement. »

Sans vouloir s’avancer sur la part du fédéral dans le projet qui coûtera vraisemblablement plus de 115 millions $, elle répète que son gouvernement « va absorber une part importante des coûts » et qu’il va faire le nécessaire pour que le projet chemine rondement avec l’échéance du 6 juillet 2018 en tête.

Le fédéral, précise enfin la ministre Bibeau, a déjà payé la moitié des coûts de l’étude de faisabilité, soit 441 000 $, en plus d’avoir mis de côté 35 millions $ pour aider à la reconstruction du centre-ville.