Guy Letendre, Caroline Roy et leurs deux garçons, Édouard et Jérôme, vivent au Collège Rivier de Coaticook depuis la fin du mois d'août. Ils ont dû quitter leur maison parce que celle-ci était devenue impropre à l'habitation. Si elle veut réintégrer son foyer, la famille doit procéder à d'importants travaux de rénovation et de décontamination dont le coût s'élève à 170 000 $.

«On a besoin d'aide pour retourner vivre chez nous»

En août dernier, toute la famille de Caroline Roy a fait son entrée à l'école. Au sens propre, pas au figuré : depuis un mois, l'entrepreneure à la tête de la compagnie Cuisine L'Angélique de Coaticook vit dans le dortoir des garçons du Collège Rivier avec son conjoint, Guy Letendre, et leurs deux enfants. Dans la chambre où sont cordés leurs quatre petits lits, ils sont bien installés. Tant mieux. Ils en ont encore pour plusieurs mois à camper dans l'établissement d'enseignement.
La maison devenue impropre à l'habitation.
« C'est un quotidien dans les valises et dans les boîtes, mais je suis très reconnaissante, au moins, on a un toit. Et l'air qu'on respire ne nous rend pas malades », explique Caroline, qui a dû se résigner à quitter sa belle maison en pierre des champs.
Le nid qu'elle a choisi à Coaticook, en juillet 2011, était devenu impropre à l'habitation. Un problème de moisissures a permis de mettre au jour des failles dans la fondation de la bâtisse. Si elle veut réintégrer son foyer, la famille n'a pas le choix, elle doit procéder à d'importants travaux de rénovation et de décontamination.
« Au total, pour tout faire, les déboursés représentent 170 000 $. C'est énormément d'argent, qu'on n'a pas. Quand j'ai appris que les assurances ne couvraient pas ce genre de choses, j'ai eu un vrai moment de découragement. J'ai pleuré pendant deux mois. »
C'est un séisme qu'elle n'avait pas vu venir. Et les secousses ont été plurielles.
« On est allé de surprise en surprise », résume la mère de famille.
C'est après avoir été très malade l'hiver dernier - une pneumonie sévère qui a miné énergie et santé - que Caroline Roy a décidé d'investiguer. De chercher ce qui la rendait à ce point fragile.
« J'ai toujours été asthmatique, mais là, mon état se détériorait vraiment. Depuis 2012, mes symptômes asthmatiques étaient toujours plus intenses, je faisais une pneumonie ou une bronchite par hiver. La dernière, en février... j'ai eu peur d'y rester. »
Des tests en clinique privée ont révélé diverses allergies, dont une aux moisissures.
« C'est comme si mon système immunitaire était devenu hyper réactif. On a décidé de faire évaluer la qualité de l'air dans la maison par un spécialiste. »
Les nouvelles n'étaient pas bonnes. L'analyse faite par Enviro Option a révélé que des spores de moisissures, en majorité de types Aspergillus/Penicillium, étaient présentes à raison de 14 000 particules par mètre cube au sous-sol de la bâtisse, construite en 1980.
« C'est énorme. Au-delà de 200 spores par mètre cube, c'est considéré comme trop élevé », assure Caroline.
Spécialiste en qualité de l'air intérieur chez Enviro-Option, Alain Berrouard confirme : « Ce n'est pas la première fois qu'on voit ça, mais oui, c'est un taux très élevé, qui révèle un réel problème. »
Il fallait défaire le sous-sol et trouver d'où venaient les spores nocives. La famille s'attendait à refaire les drains, mais pas à devoir apporter des correctifs majeurs.
« Lorsqu'on a acheté, note Mme Roy, l'institution financière n'a pas exigé d'inspection. Comme la maison n'était pas vieille, que rien n'était apparent, on pensait que tout était correct. Quand on a emménagé, la première année, on a fait réparer la cheminée. Elle était lézardée. Un an plus tard, le ciment avait de nouveau craqué. On n'a pas pensé que ça pouvait annoncer un problème sous-jacent. »
Une fois ouverts, cet été, les murs du sous-sol ont laissé voir des champignons sur les montants et de grandes fissures lézardées dans la fondation. « Certaines larges de trois centimètres, le type de fissures qui indiquent que la maison a bougé. Elle a descendu d'un pouce et demi. On a aussi constaté qu'il y avait de l'eau sous la dalle de béton. Le sol était également fissuré, sous le plancher. Dans la foulée, on a appris qu'il y avait du radon dans le sous-sol, un gaz indolore et incolore qui est très nocif pour les poumons », résume Caroline.
Une longue liste de travaux
Avant de décontaminer l'endroit, il faut régler le problème à la source. L'installation de 12 pieux est nécessaire, un drainage sous dalle doit être réalisé et la dalle scellée doit être refaite. Entre autres gros travaux.
« Il n'y a pas eu d'étude de sols, mais tout porte à croire que la maison repose en partie sur le roc et que le type de remblais qui a été utilisé n'était pas compacté, ce qui explique le mouvement des fondations par le gel », explique l'expert en fondations Sébastien Duval.
Les mauvaises nouvelles surviennent alors que la famille vient d'investir temps et argent dans un projet d'agrandissement, en 2015. « C'est un spécialiste qui a réalisé les plans et un entrepreneur a mené les travaux. Tout a été fait selon les règles de l'art », souligne Caroline Roy.
« Le problème ne vient pas du second étage ajouté, sinon, la maison ne se serait pas enfoncée ainsi d'un seul côté. Ce ne sont pas des fissures récentes. Il y a vraiment un problème de sol et de fondation », mentionne M. Duval.
Certains auraient peut-être songé à déclarer faillite pour se libérer de la dette hypothécaire et repartir à neuf ailleurs. Ce n'est pas une option pour Caroline Roy.
« Dans une faillite, on cède nos dettes, mais aussi nos actifs, alors c'est une avenue qu'on n'envisage tout simplement pas. Je perdrais ma compagnie, tout ce que j'ai bâti. Chez Cuisine L'Angélique, on a 17 employés et nos produits font une réelle différence dans la vie des personnes allergiques au gluten », explique celle dont l'entreprise a récolté plusieurs distinctions depuis sa création, en 2010, dont le prestigieux Prix Innovation de l'Association de la recherche industrielle du Québec, catégorie produits (2012). Reconnus, ses pains, ses farines et ses mélanges sans gluten sont distribués dans quelque 800 points de vente.
Un appel à la solidarité
« On a retourné la situation dans tous les sens, on a envisagé toutes les options pour s'en sortir. »
Impossible de réhypothéquer la maison pour des travaux de cet ordre. Pas question, non plus, de poursuivre les anciens propriétaires pour vice caché.
« Notre avocate nous l'a déconseillé. Ça peut prendre des années avant de se régler et ça peut engloutir beaucoup d'argent. On est les sixièmes propriétaires, on n'a pas envie de remonter toute la chaîne. Dans tout ça, nous, on n'en veut à personne. Les normes de l'époque différaient de celles d'aujourd'hui. Personne n'était de mauvaise foi, personne ne savait qu'il y avait ces problèmes-là. Si je n'avais pas été malade, on n'aurait jamais découvert tout ça », exprime Caroline Roy.
Pour remettre son foyer en état, celle-ci mise sur la solidarité. À la suggestion de son plus grand et de quelques cousines, elle lance une campagne de sociofinancement sur GoFundMe.
« C'est un appel à la collectivité pour pouvoir sortir de l'impasse. On a besoin d'aide pour pouvoir retourner vivre chez nous. »
Plus d'informations sur cette campagne au : www.sauvonsnotremaison.com.
Au Collège, en famille
Retourner vivre dans un collège en famille, c'est toute une aventure, on ne peut pas dire moins.
« Ce n'est pas comme à la maison, c'est certain qu'on n'a pas la même intimité. On partage les toilettes et les douches des pensionnaires, je fais nos repas dans la cuisine de l'école. C'est un ajustement, mais ça se passe bien, l'équipe du Collège est super accueillante. On n'avait pas les moyens de payer l'hypothèque et louer un appartement en même temps. On a présenté ça aux enfants comme une nouvelle expérience, quelque chose de spécial qu'on allait vivre pendant quelque temps. On a dédramatisé, ils ont bien réagi, ils se font de nouveaux amis. On essaie de rendre ça agréable. La semaine passée, j'ai fait des gaufres pour tous les pensionnaires. Mon plus vieux, qui étudie et habite à Sherbrooke, vient nous voir la fin de semaine. Parfois, pendant les congés du week-end, on va dans ma famille, à East Hereford. On essaie d'avoir la vie la plus normale possible, dans les circonstances », détaille Caroline Roy.
C'est elle qui a eu l'idée de se tourner vers la directrice du Collège Rivier de Coaticook, Mélanie Provençal, pour trouver un toit temporaire. Cette dernière n'a pas hésité à lui ouvrir les portes de son institution, qui héberge gracieusement la petite famille en difficulté.
« Caroline est elle-même une ancienne élève du Collège et elle s'est beaucoup impliquée pour la relance de l'école, en 2014. Son plus vieux, qui est maintenant au collégial, a gradué ici. Ses deux autres enfants font le même parcours. C'était naturel de l'aider dans ces moments difficiles », explique Mme Provençal.
Celle-ci souligne que les 21 pensionnaires de l'établissement d'enseignement ont tous accueilli leurs nouveaux « colocs » avec ouverture et générosité.
« Ils ont été très touchés par ce que traversait la famille. Vraiment, c'est beau de les voir si respectueux et si empathiques », précise-t-elle.
Elle-même a décidé de poser un geste de plus en soumettant la candidature de Caroline Roy à l'émission On efface et on recommence.
« On verra s'ils la retiennent ou pas, mais c'est envoyé. »