Le RAPPEL, l’Association de protection du lac Brompton et une armée de bénévoles ont procédé l’été dernier à une première opération d’épandage de toile de jute dans ce plan d’eau pour tenter de freiner la propagation du myriophylle à épi. Ils reprennent l’ouvrage cette année.

Offensive contre le myriophylle

C’est plus de 200 000 $ et beaucoup de force bénévole qui seront investis dans au moins cinq lacs de l’Estrie, encore cet été, pour procéder à des opérations de contrôle du myriophylle à épi, une plante exotique envahissante qui menace plusieurs plans d’eau du Québec.

Avec cet argent provenant essentiellement des municipalités et des citoyens, le RAPPEL procédera à l’épandage de 30 000 m2 de toile de jute dans le but d’étouffer le myriophylle dans les lacs O’Malley, Lovering, Stukely, Brompton et Petit lac Brompton.

Le myriophylle à épi se présente comme une longue tige submergée qui peut pousser à des profondeurs allant de 1 à 10 mètres. Elle se propage par fragmentation et finit par former de véritables herbiers aquatiques.

« Ce n’est pas encore la solution miracle, il y a encore des bémols, il y a des endroits où ça fonctionne bien et d’autres où les résultats sont plus mitigés, mais pour l’instant c’est la meilleure approche. Les résultats ne sont pas parfaits, mais ils sont prometteurs », explique Jean-François Martel, directeur général de cette coopérative de solidarité en protection de l’eau qui regroupe plus de 70 lacs de la région.

Au lac d’Argent à Eastman et à la marina du Lac-Mégantic, on a aussi procédé à des interventions de contrôle plus tôt cet été, mais qui ne sont pas comptabilisés dans les données du RAPPEL. 

Dans le cas des lac Lovering et O’Malley, on peut parler de pionniers dans la région.

« Le lac Lovering a fait des interventions il y a quelques années et il recommence à en faire cette année alors qu’au lac O’Malley, on y va tous les ans depuis 2014 », précise M. Martel.

Le RAPPEL envoie deux plongeurs, un superviseur, un plongeur en apnée et une barge spécialisée, tandis que l’association riveraine doit mobiliser une bonne dizaine de bénévoles et des embarcations. Dans le cas du lac Brompton, on y sera pendant deux semaines, met en perspective M. Martel.

Jute ou synthétique ?

Au lac Stukely, on expérimente par ailleurs la pose de toile synthétique pour la partie du lac comprise dans les limites du parc national du Mont-Orford. Le lac d’Argent à Eastman a utilisé la même méthode cet été.

« La Ville de Sherbrooke a utilisé ce type de toile [synthétique] pendant des années pour contrôler les plantes dans la zone de baignade de la plage Blanchard par exemple, mais pour le myriophylle, ce sont pas mal les premiers projets qu’on essaie en Estrie. »

Si la toile de jute peut être laissée dans le plan d’eau où elle finit par se dégrader naturellement, la toile synthétique a l’inconvénient d’être plus dispendieuse à l’achat et de devoir être retirée à l’automne. Elle peut toutefois être réutilisée. 

« Sur de petites zones comme des marinas où on sait qu’on va devoir faire du contrôle à plusieurs reprises, c’est intéressant, mais sur de grandes superficies comme au lac Brompton où on traite de très grands herbiers, ce ne serait pas rentable, explique M. Martel. Ce sont deux méthodes complémentaires selon la problématique qu’on doit traiter. »

Faucardage

Le Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques précise que sa direction régionale a aussi émis trois autorisations pour le contrôle du myriophylle à épi par faucardage (coupe) cette saison.

« On peut faire de la coupe, mais il faut faire très attention parce que comme c’est une plante qui se reproduit par bouturage, si on coupe il faut s’assurer de retirer tous les fragments de la plante. [...] Ça peut se faire si on veut récupérer rapidement l’usage d’une baie qui est remplie de myriophylle, par exemple, mais on n’est vraiment pas dans l’éradication, parce que ça repousse comme du gazon. »

Le myriophylle à épi se présente comme une longue tige submergée qui peut pousser à des profondeurs allant de 1 à 10 mètres. Elle se propage par fragmentation et forme des herbiers qui nuisent aux activités nautiques et ont des répercussions non seulement sur les écosystèmes, mais aussi sur la valeur des plans d’eau affectés.

Le RAPPEL rapporte que plus de 40 % des lacs en Estrie sont touchés et plus de 185 dans presque toutes les régions du Québec. 

Jean-François Martel s’attend donc à voir de plus en plus d’opérations de contrôle du myriophylle dans l’avenir.

« Le lac O’Malley et le lac Lovering étaient considérés au départ comme des projets pilotes par le ministère. Ç’a pris quelques années avant que le Ministère délivre des permis pour d’autres plans d’eau, mais maintenant qu’il a mis des balises un peu plus claires sur ce qui est autorisé, ça devrait être plus facile d’avoir les autorisations. La grosse problématique reste toutefois le financement de ces projets-là, qui sont quand même dispendieux. Dans la majorité des cas, les riverains mettent la main dans leur poche et les municipalités fournissent le reste, mais si les municipalités n’embarquent pas, souvent les riverains n’ont pas les fonds pour procéder. »

Pour freiner la propagation du myriophylle, il faut éviter de naviguer dans les zones où elle est établie pour ne pas fragmenter la plante et laver son embarcation pour s’assurer qu’aucun fragment ne s’y accroche quand on change de lac.