Depuis la fin de l'exploitation de l'amiante à Mine Jeffrey, à Asbestos, plus de 6 M$ ont été investis afin de convertir le site en une extension du parc industriel de la municipalité d'ici 2020.

Nouveaux horizons pour Mine Jeffrey

La fin de l'exploitation de l'amiante chrysotile en fin 2012 à la Mine Jeffrey d'Asbestos ne signifie pas pour autant l'abandon complet du site et des activités sur ce complexe minier. Pour le président de Mine Jeffrey, Bernard Coulombe, la revitalisation du site demeure une priorité qu'il entend bien mener à terme.
« Mine Jeffrey a entrepris en septembre 2014 la réalisation de son Plan de réaménagement et de restauration de son complexe minier. À ce jour, 6 M$ y ont été investis. Ce plan vise à convertir le site minier en une extension du parc industriel de la municipalité d'ici 2020. Les matières dangereuses ont été éliminées du site des usines et la caractérisation environnementale des sols est complétée à 50 %. La recherche sur l'ensemble du complexe de poches de contamination par des hydrocarbures et de potentielles contaminations de la nappe d'eau souterraine représente un travail laborieux et coûteux, effectué avec le ministère de l'Environnement. »
Les obligations imposées par le gouvernement du Québec à Mine Jeffrey sont nombreuses et font appel à une grande responsabilisation de l'entreprise. La mine à ciel ouvert demeure sous surveillance technique continuelle relativement à la stabilité des pentes du côté du développement urbain. L'entreprise doit mettre en oeuvre toutes les mesures appropriées pour le maintien de son droit de gérance pour la réalisation de son Plan de réaménagement et de restauration du site minier.
Au printemps 2017, ce Plan sera révisé et soumis à nouveau au ministère des Ressources naturelles, plusieurs changements étant à apportés dont la conservation de tous les bâtiments pour des usages futurs, sauf le moulin 5 qui sera détruit. Mine Jeffrey a l'obligation de vérifier les sols où il y a eu des bâtiments depuis 1930, une exigence très contraignante.
Haldes
Les haldes de résidus qui ceinturent une partie importante des installations minières ont fait l'objet de diverses transactions. « La compagnie ne possède maintenant que la grande halde contenant 100 millions de tonnes de roche serpentine broyée renfermant 40 % d'hydroxyde de magnésium. Les haldes de roc ont été en très grande partie vendues à Englobe pour la continuation de la revégétalisation de la surface de ces montagnes, des haldes de moindre importance ont été vendues aux entreprises Beausite Métal et Hémond Ltée », confirme Bernard Coulombe.
La municipalité d'Asbestos a fait l'acquisition de la carrière de roc Burbank, propriété de l'entreprise minière contenant 20 millions de tonnes de roches dures, de la carrière de sable propre de 400 000 tonnes ainsi que tous les terrains à l'extérieur des clôtures du pourtour de la mine.
Le site minier Jeffrey, après sa réhabilitation et ces changements de vocation, demeure très intéressant en raison de son zonage industriel et la présence d'un réseau d'alimentation électrique d'une grande puissance, soit 125 000 volts avec une puissance de 50 mégawatts. Le puits minier continue d'accumuler des quantités impressionnantes d'eau potable. Le site bénéficie d'infrastructures d'égouts pluviaux et sanitaires, d'un accès récent au gaz naturel et de plusieurs grands bâtiments facilement réutilisables à diverses fins et peu de frais.
« Il reste encore de trois à quatre années avant que le site au complet soit certifié acceptable au plan environnemental et qu'il soit occupé par plusieurs entreprises créatrices d'emplois durables et redevenu un site corporatif d'importance pour la main-d'oeuvre de la région des Sources et bénéfique en contribution à la charge fiscale imposée par la municipalité », indique Bernard Coulombe dans une entrevue exclusive accordée à La Tribune.
Interdiction de l'amiante : Lessard et Vallières font front commun
Devant l'imminence d'un projet de loi fédéral qui interdirait de fabriquer, d'utiliser, de vendre, de mettre en vente ou d'importer de l'amiante, la députée de Richmond Karine Vallières, et le député de Lotbinière-Frontenac, Laurent Lessard, demandent au gouvernement fédéral de clarifier sa position sur le chrysotile et de rassurer les communautés ayant exploité ce minerai naturel pendant plus de 100 ans.
Après le dépôt par le Nouveau Parti démocratique (NPD) d'un projet de loi il y a peu de temps, la rumeur s'intensifie depuis vendredi à l'effet que le Parti libéral du Canada déposerait sa propre mouture dès cette semaine. Les députés Lessard et Vallières n'ont pas l'intention de laisser passer cette attaque envers leur population. Ils font front commun pour défendre les régions des Sources et de Thetford Mines.
« Le gouvernement du Canada s'apprête à prendre une décision sans consulter nos régions et sans connaître les graves répercussions économiques et sociales chez nous. Inclure les résidus ou les possibilités de revalorisation des résidus dans un tel projet de loi serait agir en méconnaissance totale de la richesse économique et technologique que représentent les haldes de serpentine, soient les résidus de nos mines de chrysotile », indique la députée de Richmond, Karine Vallières.
On se rappellera que trois entreprises procèdent actuellement à des études et travaux de validation de procédés en vue de recycler des haldes de résidus de la mine Jeffrey pour y extraire entre autres du magnésium, de l'oxyde et de l'hydroxyde de magnésium, du carbonate de magnésium, de la silice et du nickel. Ces entreprises comptent installer à Asbestos leurs usines de production et ainsi créer de nombreux emplois qui seraient très bienvenus dans le plan de relance de l'activité économique de la région des Sources.
« Une catastrophe »
Le député de Lotbinière-Frontenac, Laurent Lessard, abonde dans le même sens. « Dans notre démarche de diversification économique post-exploitation du chrysotile, nous avons été dynamiques, proactifs et tournés vers l'avenir. Nous sommes assis sur une richesse naturelle : la technologie nous permet d'extraire divers produits de nos montagnes de résidus, alors on ne peut pas mettre ainsi un frein à ces possibilités. Qu'on le veuille ou non, les 400 millions de tonnes résidus miniers sont un incontournable dans la MRC des Appalaches et nous devons composer avec leur présence. Je suis donc très préoccupé par la volonté de bannir complètement l'utilisation du chrysotile sans qu'on mesure les impacts chez nous. »
La députée de Richmond se désole de ce frein potentiel à l'innovation et lance un ultime cri du coeur. « On ne peut plus exploiter nos mines, et là, on voudrait nous empêcher d'être innovants et de développer, de revaloriser les résidus générés par ces mines pendant de nombreuses années. Ce serait une catastrophe pour notre développement », exprime-t-elle.
Les deux députés rencontreront respectivement leurs députés fédéraux concernés. Madame Vallières est déjà d'ailleurs en communication avec la ministre fédérale Marie-Claude Bibeau et des contacts ont été faits avec les députés Luc Berthold et Alain Rayes. La ministre Bibeau s'est faite rassurante affirmant que le projet de loi ne serait pas présenté aussi tôt que cela, mais que cela faisait partie des discussions pour mettre le sujet sur la table, confirmant du même coup qu'il en était effectivement question, a rapporté la députée Vallières.
La députée insiste sur le fait que cette bataille qui se pointe va bien au-delà de l'amiante. « C'est pour le développement économique de chez nous, une bataille pour les possibilités d'innovations avec la revitalisation de produits miniers. Il ne faut pas s'empêcher de poursuivre ce nouvel élan économique avec un tel projet de loi qui viserait l'amiante », insiste-t-elle.