Jean Boisvert, directeur général Métro Plus Coop d’Asbestos.

Nourrir le ventre et l'âme d'une communauté

Le temps de la retraite approche pour Jean Boisvert, directeur général du Métro Plus Coop d’Asbestos. Presque à regret, cet épicier qui amalgamait travail et implication sociale se prépare à quitter l’entreprise où il s’est investi toute sa vie, mais il ne compte pas délaisser sa communauté pour autant.

« Donner au suivant, c’était la joie, un baume sur la plaie! », résume M. Boisvert en repensant à cette initiative, inspirée de l’émission télévisée du même nom, qu’il a lancée alors que l’exploitation d’amiante à la mine Jeffrey tirait à sa fin. 

« C’était un moment difficile, il y avait beaucoup de familles en difficultés, Noël approchait et on cherchait ce qu’on pouvait faire. Je suis allé voir des gens, j’ai trouvé des bénévoles et des organismes qui ont embarqué, des gens avec des chevaux [pour offrir des tours de carrioles], et on a fait une activité [du temps des fêtes] qui a beaucoup pogné! La première année, en 2005, on a amassé 70 000 $ en denrées et en jouets! », se souvient l’épicier. L’événement a fait un tel bien à la communauté que dans les années qui ont suivi, des organismes ont pris le relais pour perpétuer cette tradition encore tenue le premier samedi de décembre.

Pour M. Boisvert, les situations déplorables cachent en fait un défi, une opportunité de retourner les embûches en fêtes rassembleuses et bénéfiques. Il relate ainsi la fois où une interruption de services — la tonte des terre-pleins menant à la ville qui était négligée à la suite d’un changement de gouvernement —se serait transformée en grand rassemblement de volontaires (plus de 150!) qui ont utilisé leurs tracteurs pour entretenir lesdits espaces verts avant de se rassembler pour festoyer.

La longue liste de causes pour lesquelles l’épicier a offert temps et commandites inclut aussi plusieurs activités sportives, dont un club de soccer local ou un tournoi de golf au profit de camps musicaux pour les jeunes issus de milieux défavorisés.

Il fournit également près de 250 $ de fruits et légumes invendus par semaine aux Cuisines de l’amitié, des rencontres permettant de briser l’isolement social en enseignant du même coup aux participants à préparer des aliments sains, en plus de soutenir le Festival des gourmands et de verser des bourses à quelques écoles par années pour qu’elles enseignent aux enfants à bien manger.

« Quand on fait de bonnes affaires, c’est important de redonner à la communauté. Ce sont les clients qui font vivre la Coop et ça fait une roue qui tourne et tout le monde est gagnant! Ça fonctionne pour vrai! », lance avec conviction M. Boisvert. Celui qui a commencé à travailler à la Coop à 16 ans affirme que lorsqu’il est arrivé à la direction de l’entreprise, elle était en difficultés, mais qu’elle se porte désormais très bien.

Relève recherchée

Avec une telle implication, c’est sans surprise que le directeur général appréhende quelque peu de quitter le navire, surtout que l’appel de candidatures pour trouver la personne qui lui succédera n’est pas encore enclenché.

« C’est au conseil d’administration de décider des critères de sélection pour le candidat, mais j’espère qu’ils chercheront un résident d’Asbestos ou au moins de la MRC... Tu ne peux pas autant t’impliquer quand tu viens de l’extérieur, tu es moins présent et c’est normal. On l’a vécu avec d’autres organismes ou compagnies, alors j’espère que ça va être clair à l’embauche. »

Il ajoute toutefois que peu importe la personne choisie, celle-ci pourra compter sur son appui quand elle en aura besoin. « Je quitte parce que j’ai besoin de repos, mais j’ai encore la passion! Je serai toujours à l’écoute parce que la Coop, c’est comme mon bébé. »

Six mois à l’avance

C’est d’ailleurs pourquoi il a averti de son départ à la retraite plus de six mois à l’avance, soit en juin dernier. « Je donne [au conseil d’administration] le temps de chercher. Je ne pars pas à la course! S’ils ne trouvent pas d’ici la fin de l’année, je peux rester un peu plus, parce que je souhaite qu’on le meilleur candidat possible! »

De son côté, même si M. Boisvert compte profiter d’une pause bien méritée, il continuera de s’impliquer auprès de sa communauté. « On ne peut pas vraiment rester inactif quand on a passé sa vie à être actif! »