Dre Mélissa Généreux, directrice de la Santé publique en Estrie, a reconnu que l’incidence de la maladie de Lyme est «assez élevée» dans la région et «s’apparente à celle qu’on connaît aux États-Unis».

Nombre record de cas de maladie de Lyme en Estrie

L’Estrie a fracassé un record cette année. Mais pas nécessairement le plus enviable. En effet, 120 cas de maladie de Lyme ont été recensés, un bond de 166 % comparativement à l’an passé. Sans vouloir être alarmiste, la Direction de la santé publique (DSP) se dit préoccupée par la situation et met l’accent sur la prévention pour freiner la progression de cette infection bactérienne.

En juillet dernier, la DSP estrienne avait enregistré 43 cas de maladie de Lyme sur son territoire, sur un total de 65 à l’échelle provinciale. Les éloquentes statistiques mises à jour un an plus tard ne laissent aucun doute quant au fait que la maladie émanant de piqûres de tiques gagne du terrain. « Il faut reconnaître que l’on est dans une situation où l’incidence de la maladie de Lyme est assez élevée et s’apparente à celle qu’on connaît aux États-Unis depuis plusieurs années », a fait valoir mercredi en point de presse la directrice de la Santé publique en Estrie, Dre Mélissa Généreux, précisant que le réchauffement climatique est en grande partie responsable de cette forte progression de la maladie à travers le globe.

Autre statistique digne de mention : près de 93 % des personnes qui ont développé en 2017 la maladie, dans les municipalités desservies par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie, l’ont contractée dans la région. De plus, « la région sociosanitaire estrienne est de loin la plus touchée au Québec, avec un taux d’incidence de 25 par 100 000 habitants », a souligné la DSP. Il s’agit d’un taux 12 fois supérieur au reste de la province. Brome-Missisquoi et la Haute-Yamaska sont les deux MRC où l’on dénombre le plus de cas, avec un taux de 72 par 100 000 citoyens.

De son côté, Dre Mirabelle Kelly, microbiologiste et infectiologue à l’hôpital de Granby, a voulu se faire rassurante. « Je constate que le nombre de cas est en augmentation, mais c’est quelque chose qui se traite facilement. Je n’ai pas eu dans ma pratique d’échec thérapeutique. Que ce soit des méningites ou des paralysies faciales, tous ces cas ont été traités et vont bien aujourd’hui. »

En mode action

« L’Estrie sait où elle s’en va. On est vraiment en action, a indiqué la Dre Généreux, précisant agir en étroite collaboration avec les dirigeants des MRC de la Haute-Yamaska et Brome-Missisquoi dans le dossier. La maladie de Lyme, ce n’est pas une fatalité. Ça se diagnostique et ça se traite bien. Il n’y a donc aucune indication de cesser nos activités extérieures. Au contraire. Il faut simplement être vigilants et se protéger. »

Plusieurs trucs simples peuvent par ailleurs réduire les risques de contracter la maladie de Lyme. On parle notamment d’aménager de larges sentiers. « Ça permet d’éviter de se frotter sur la végétation où les tiques se cachent », a expliqué Dre Geneviève Baron, spécialiste en santé publique et en médecine préventive au CIUSSS de l’Estrie. 

« Les tiques aiment aussi beaucoup l’humidité. Pour survivre, il ne faut pas qu’elles sèchent. Il faut aussi éviter les tas de feuilles mortes et la broussaille. Tondre la pelouse et éviter d’attirer des rongeurs avec des tas de bois morts sont aussi recommandés », a également cité en exemples Dre Baron. 

Aménager des aires de jeu pour les enfants au soleil, loin de la forêt, et clôturer le terrain pour éviter que des chevreuils, vecteurs de la maladie, y déambulent sont aussi des astuces à considérer.

Traitement

Un traitement à base de doxycycline peut être administré aux gens qui ont été piqués par une tique. Certains critères doivent toutefois être remplis pour recevoir une dose du médicament. Premièrement, l’antibiotique doit être donné moins de 72 heures après le retrait de l’insecte. De plus, ce dernier doit être resté accroché à la peau durant au moins 24 heures. Le médicament est aussi contre-indiqué pour les femmes enceintes et les enfants. 

D’ailleurs, dès 2018, le traitement sera disponible dans les pharmacies communautaires au niveau des GMF. Les gens de la région estrienne n’auront pas besoin de consulter un médecin pour recevoir la médication préventive, car des infirmières qui travaillent en clinique pourront exécuter une ordonnance collective.

En parallèle, des activités de sensibilisation se poursuivront, principalement auprès de citoyens habitant dans des territoires à risque. En ce sens, une nouvelle mouture de l’enquête de santé populationnelle sera aussi menée l’an prochain par la DSP. Des questions seront alors posées au sujet de la maladie de Lyme pour avoir un portrait des connaissances de la population à ce sujet.