Accompagné sur la photo par Jean-Claude Morin, le spécialiste en environnement Raymond Cloutier tient ici une coquille de moule zébrée. La taille de l’objet peut surprendre, considérant la crainte qu’inspire ce type de mollusque.

Moule zébrée : des infrastructures en danger?

Constatée l’été dernier seulement, l’arrivée de la moule zébrée au lac Memphrémagog est-elle inquiétante? Le spécialiste en environnement Raymond Cloutier et l’ancien conseiller municipal Jean-Claude Morin en sont convaincus. Ils espèrent une mobilisation dans le milieu pour éviter que cette espèce envahissante cause des problèmes majeurs aux riverains et aux municipalités puisant leur eau dans ce lac.

MM Cloutier et Morin ont été impliqués dans la lutte à la moule zébrée dès les balbutiements de ce combat dans la région de Magog. Au milieu des années 1990, les deux hommes ont fortement contribué à la création de nouvelles stations de lavage des bateaux autour du lac Memphrémagog.

Tous les deux ont le sentiment que le monde municipal pourrait en faire davantage pour contrer la menace engendrée par la moule zébrée.

« Sans faire peur à tout le monde, je veux allumer les riverains du Memphrémagog parce que ce seront leurs prises d’eau dans le lac qui seront bloquées un jour, si la situation s’aggrave. Il faut aussi que les Villes de Magog et de Sherbrooke soient actives dans le dossier », affirme Raymond Cloutier.

Les spécimens de moule zébrée qu’on retrouve dans les plans d’eau, au Québec, sont habituellement de très petite taille. L’espèce se reproduit toutefois rapidement lorsque les conditions propices sont réunies.

En outre, les riverains du lac Champlain ont pu constater à quel point la propagation s’effectue vite parfois. L’une des nombreuses municipalité situées autour de ce lac, en l’occurrence Elizabethtown, a par exemple déjà vu sa prise d’eau être bouchée par cette espèce envahissante.

« Je pense qu’il y a eu un laisser-aller du côté des municipalités dans la région ici, estime M. Cloutier. On a longtemps été épargné par le problème au Memphrémagog et voilà que l’espèce non désirée y est présente. Je me demande quel genre de suivi a été fait pour qu’on en arrive là. »

Les infrastructures en danger?

Raymond Cloutier souligne que les coûts risquent d’être élevés pour les Villes de Magog et de Sherbrooke, advenant que l’espèce indésirable se multiplie à grande vitesse dans le lac qui leur sert de réservoir d’eau potable.

« Les prises d’eau de ces deux villes sont dans le lac Memphrémagog et elles pourraient être bloquées par ces moules. Et puis il y a le barrage que possède Magog au centre-ville. Lui aussi est à risque. »

Jean-Claude Morin déplore pour sa part la situation. Je suis frustré de voir comment les choses ont évolué. « Dans le temps, ça n’avait pas été facile de convaincre le conseil municipal de Magog d’investir dans la prévention. J’ai l’impression qu’on ne s’occupe pas suffisamment de notre eau. Il faut se rendre compte que les économies qu’on fait en ce moment, en laissant aller les choses, nous coûteront cher tout à l’heure », dit-il.

M. Morin préconise la mise en service d’un nombre accru de stations de lavage des bateaux. « C’est crucial de bien les laver. Quand on nettoie toutes les composantes correctement, on a de bons résultats », soutient-il.

La MRC aux aguets

La moule zébrée représente une réelle menace aux yeux de la MRC de Memphrémagog. Cela explique pourquoi elle a accepté de coordonner les activités d’une nouvelle table de travail qui se penche notamment sur les problèmes que pourrait engendrer cette espèce envahissante dans la région.

Coordonnatrice de projets à la MRC de Memphrémagog, Alexandra Roy confirme qu’une infestation de moules zébrées qui se manifesterait dans le secteur des prises d’eau des Villes de Sherbrooke et de Magog pourrait avoir un « impact majeur ».

« On a beaucoup travaillé sur le dossier depuis l’été dernier et on est sur le point de transmettre de l’information à la population, révèle Mme Roy. On a posé des actions urgentes et on a l’intention de continuer dans le même sens. »

D’après elle, le lavage des bateaux constitue une mesure tout à fait incontournable, si on désire endiguer la prolifération de la moule zébrée dans les plans d’eau de la région. « La seule approche qui fonctionne pour empêcher l’arrivée d’espèces envahissantes dans un lac, c’est le lavage à pression. Et, sans machine à pression, on doit utiliser la méthode du laver-drainer-sécher. »

Alexandra Roy concède que les efforts déployés par les municipalités pour contrer la problématique ne sont pas infaillibles. Mais elle assure que le dossier est traité avec sérieux.

« On forme les préposés des stations de lavage pour que leur travail soit le plus efficace possible. La patrouille nautique peut également remettre des constats d’infraction si une personne n’a pas le certificat confirmant qu’elle est en règle. À la fin par contre, ça prend de la bonne volonté de la part des gens. Et c’est à leur avantage de coopérer parce qu’on parle de protéger une ressource importante », note-t-elle.

Mme Roy souligne que les colonies de moules zébrées découvertes dans le lac Memphrémagog présentaient une densité relativement faible de spécimens.

« La température, le pH et le taux de calcium sont trois éléments qui ont une incidence sur la prolifération de cette espèce. On a fait beaucoup d’échantillonnage pour mesurer ces éléments à différents endroits et mieux comprendre la situation. On a pensé pendant un bon moment que le risque était faible dans le Memphrémagog, mais on veut approfondir la question. »