Après sa pause hivernale, la marcheuse Lorraine Loranger va parcourir les derniers 2418 kilomètres afin d’atteindre son objectif de 8000.

Marcher pour changer des vies

Lorraine Loranger est déterminée à changer le sort des familles inuites. La Magogoise, qui a côtoyé plusieurs familles alors qu’elle était agente à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), a vu des histoires d’horreurs.

Que ce soit les nombreux parents qui ont perdu leurs enfants à cause du manque de ressources ou encore d’enfants qui ont dû déménager de 20 à 56 reprises, les cauchemars sont nombreux dans les réserves canadiennes. « J’ai l’impression de faire quelque chose. C’est une population qui est ignorée. C’est chez nous, ça se passe ici. Il ne faut pas aller très loin pour voir le tiers-monde », exprime-t-elle.

Les Inuits vivent beaucoup d’inégalités, selon Lorraine Loranger. « Si un homme bat sa femme, les policiers lui demandent de ne pas le refaire. Ils demandent aussi à la femme si elle veut déposer une charge contre son mari. Si la femme dit non, les enfants sont enlevés de la famille. Pour moi, c’est une grande injustice. »

Le contexte dans les villages inuits est particulier. Une vingtaine de personnes peuvent habiter un seul et même loyer. « Il y a 45 pour cent des gens qui vivent dans des logements surpeuplés. Il y a des quatre et demi qui abritent quatre générations. C’est très pénible », s’insurge-t-elle.

De plus, les montants octroyés à une famille inuit ne sont pas le même que ceux accordés à une famille blanche. « Lorsqu’une famille blanche prend un enfant, elle se fait donner 77 $ par jour. Une famille inuit se fait donner 33 $ par jour. Ce sont des injustices », dénonce-t-elle.

Une solution serait, selon Lorraine Loranger, de construire des refuges pour les enfants. « Quand il y a de la tension dans les familles, les enfants pourraient courir vers la maison de répit à la place d’aller se cacher sous leur maison pour rester au chaud », affirme-t-elle.

Des cartes uniques dessinées par Lorraine Loranger sont par ailleurs en vente au coût de 8 $. La totalité de ces recettes vont aux « en haut », comme l’exprime l’artiste-marcheuse.

Encore 2418 kilomètres à parcourir

Le projet de départ de Mme Loranger était de partir de Prince-Rupert et de se rendre en Nouvelle-Écosse à pied, un parcours de 8000 kilomètres. Depuis le début de son aventure au printemps 2016, la femme a déjà parcouru 5582 kilomètres. Son trajet s’est modifié.

« Avec les demandes que j’ai eues pour faire des conférences, je vais avoir fait 8000 kilomètres bien avant d’être rendue, explique Mme Loranger. Lorsque j’aurai atteint mon objectif, je vais faire le reste en auto pour que ce soit plus efficace », poursuit celle qui a pris une pause durant l’hiver.

L’an dernier, la marche a été laborieuse pour Mme Loranger. « Quand je suis partie de la Colombie-Britannique, j’avais le cœur sur la main. Beaucoup de gens m’appuyaient dans mon projet. J’anticipais que ce serait la même chose partout. 

Lorsque je suis arrivée à Edmonton, l’accueil n’était pas pareil. Il fallait que je me débrouille. Ce qui a été difficile, c’est que la distance entre les villes était immense. Je n’ai jamais été aussi sale de ma vie », indique celle qui dormait dans sa voiture ou dans une tente.

Si tout va bien, Mme Loranger devrait reprendre sa longue marche au début du mois d’avril.