La maladie de Lyme commence par une piqûre de tique, mais peut causer des mois ou des années plus tard des douleurs physiques, une grande fatigue, des troubles cardiaques ou la paralysie.

Maladie de Lyme: un expert appelle à l’action

Un expert international de la maladie de Lyme croit que les médecins ne peuvent plus rester les bras croisés. Il demande au gouvernement du Québec de permettre le traitement de cette maladie, même si la recherche scientifique à ce sujet est encore en cours.

«On ne peut pas laisser les malades continuer d’être en errance, souffrir et même mourir», soutient le médecin et professeur Christian Perronne en entrevue téléphonique au Soleil. Le chef du Département des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Raymond-Poincaré, en France, sera à l’Assemblée nationale le 22 mars pour s’adresser aux parlementaires.

Il plaidera en faveur d’une reconnaissance par les autorités de la forme grave de cette maladie. Celle-ci commence par une piqûre de tique, mais peut causer des mois ou des années plus tard des douleurs physiques, une grande fatigue, des troubles cardiaques ou la paralysie. «Il faut accepter de sortir des règles habituelles et traiter maintenant. Mais il faut que ce soit encadré. Il ne faut pas non plus tomber dans une dérive de médecins qui prescrivent un peu n’importe quoi», croit M. Perronne, qui traite des patients atteints de la maladie de Lyme depuis 20 ans, avec un taux de succès de 80 %.

M. Perronne dit comprendre la méfiance des médecins québécois à l’égard de cette maladie, car cette méfiance est mondiale. Il s’agit selon lui d’une maladie mal comprise, pour laquelle peu de recherches indépendantes ont été faites au cours des dernières années. «Il y a encore des gens qui tentent de garder le couvercle sur la marmite, mais ça va exploser. Les malades, on ne peut plus non plus les faire taire, car ils sont trop nombreux et ils souffrent.»

Le 7 février, des Québécois atteints de la maladie de Lyme sont venus déposer une pétition de 9000 noms à l’Assemblée nationale. Ils demandent que leur maladie soit reconnue et traitée au Québec, au lieu de devoir s’exiler aux États-Unis ou ailleurs pour se payer des traitements coûteux.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, avaient alors rencontré rapidement les médias pour tenter de calmer le jeu, en défendant les mécanismes de surveillance de la maladie et la compétence des médecins québécois à ce sujet. Le ministre Barrette avait invité les malades à se méfier des charlatans qui cherchent à les attirer aux États-Unis.

M. Perronne dit ne pas être surpris d’une telle réaction, qu’il a vue dans d’autres pays, devant cette maladie complexe. «En France, c’est en train de changer. Les médecins qui traitent la maladie de Lyme ne sont plus poursuivis», explique-t-il.

Lui-même s’est souvent fait traiter de farfelu ou de charlatan parce qu’il s’intéressait à cette infection. «Les patients se font dire qu’ils ont une maladie imaginaire. C’est très difficile pour eux», témoigne l’auteur du livre La vérité sur la maladie de Lyme.

Rares auditions publiques 

Le député du Parti québécois Sylvain Pagé est «agréablement surpris» que le gouvernement ait «cheminé» et accepté en fin de compte d’entendre parler de la maladie de Lyme en auditions publiques. La commission de la santé et des services sociaux de l’Assemblée nationale a reçu 82 pétitions depuis 2014 et c’est la première dont elle accepte de se saisir.

«C’est tellement nouveau ce type de maladie chez nous qu’on doit reconnaître qu’on a moins d’expérience par rapport à d’autres pays», indique M. Pagé. Le réchauffement climatique fait en sorte que la tique responsable de la maladie de Lyme est de plus en plus présente dans les forêts du sud du Québec.

Les auditions publiques permettront aussi d’entendre l’Association québécoise de la maladie de Lyme (AQML), qui aura des statistiques sur ses membres, de même que le Directeur national de santé publique et l’Institut national de santé publique du Québec, qui surveille l’évolution de la maladie de Lyme depuis quelques années.

La commission devrait produire un rapport en avril sur la question. «Avec de la volonté politique, je crois qu’il est possible de faire bouger les choses», indique M. Pagé.