Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, et la vice-chef, Véronique Hivon, croient pouvoir conquérir les jeunes électeurs.

Lisée promet internet haute vitesse

Assurer un accès à l’internet haute vitesse et au réseau cellulaire constituera une des promesses phares de la campagne du Parti québécois. C’est ce qu’a déclaré le chef Jean-François Lisée lors d’une table éditoriale organisée dans les bureaux de La Tribune mercredi.

« On pense qu’il y a deux problèmes. Il y a encore de zones habitées qui sont en découverture à la fois d’internet moyenne vitesse et qui sont en découverture cellulaire. C’est clair que pour nous, d’ici la fin du mandat, il faut agir pour qu’il n’y ait plus de zones habitées qui n’aient pas de connexion cellulaire ou internet. Il faut remplacer le cuivre, qui empêche d’avoir réellement accès à la haute vitesse, [par la fibre optique]. Il faut amorcer ce virage rapidement », déclare M. Lisée.

Sans dévoiler précisément les mesures que le Parti québécois veut mettre en place, il mentionne que les MRC pourraient être mises à profit. « Les MRC qui veulent s’engager dans ce processus seront les meilleures partenaires possible. Il y a déjà des MRC qui le font, notamment dans la région de Nicolet et de Lanaudière. Personne n’est plus déterminé à brancher son coin de pays que ceux qui représentent ce coin de pays. En plus, ça peut leur donner un revenu supplémentaire permanent. Je n’en dis pas plus pour le moment », ajoute-t-il. 

Démobilisation libérale

M. Lisée et la vice-chef Véronique Hivon ont par ailleurs espoir de profiter de la démobilisation libérale pour faire de gains en Estrie. Historiquement, des candidats péquistes ont déjà été élus dans les circonscriptions de Saint-François et de Sherbrooke, mais ils n’ont jamais fait de percée dans Orford, Mégantic ou Richmond. « Le Parti québécois a toujours été compétitif et les pertes en 2014 ont été attribuables à l’abstention des électeurs péquistes. Si on retrouve nos électeurs naturels et qu’on en trouve davantage, nous serons compétitifs dans les circonscriptions que nous avons déjà eues.

« Dans toutes les partielles depuis deux ans et demi, les libéraux qui donnent leur intention de vote au Parti libéral, au moment du vote, ils disparaissent. Nous avons eu des victoires à cause de ça. Ce sera un facteur important que nous ne pouvons pas mesurer à l’avance. Il y a des gens qui continuent à donner leur intention de vote qui ne se présenteront pas aux urnes parce qu’ils considèrent que leur parti est en fin de cycle, qu’il a énormément déçu. [...] M. Couillard n’est plus crédible. Beaucoup de libéraux vont magasiner ailleurs », dit M. Lisée.

Si les candidats péquistes dans Orford et Mégantic ont été nommés tardivement, le chef ne croit pas qu’il y aura un impact le jour de l’élection. « Les gens connaissent les candidats essentiellement dans les trois dernières semaines de campagne. Le fait que Guillaume Rousseau soit sur le terrain depuis longtemps est un avantage pour lui, mais à la fin, la valeur des candidats est plus importante que la date à laquelle ils ont été nommés. »

Quant au vote des jeunes, qu’un sondage Léger mené pour Le Devoir et The Montreal Gazette attribuait davantage au PLQ et à la CAQ, le PQ estime pouvoir le conquérir. « Il y a beaucoup de volatilité dans les intentions de vote des jeunes dans les derniers mois. Nous sommes très présents auprès des jeunes familles avec entre autres des mesures d’équité dans les congés parentaux. Nous serons vraiment collés sur les préoccupations des Y. À l’investiture de Guillaume Rousseau, la salle était bondée de jeunes », commente Mme Hivon.

Jean-François Lisée en profite pour parler de la grève étudiante de 2012, qui a créé « une rupture entre les jeunes et le parti au pouvoir ». « C’est extraordinaire que les jeunes libéraux ne rappellent pas ça. Le parti qui a été du côté de la jeunesse, c’est le Parti québécois. »

Décontamination des sols à Sherbrooke : pas question de faire une exception

Jean-François Lisée tourne au ridicule la promesse de François Legault d’accorder un fonds de 10 M$ pour décontaminer les sols à Sherbrooke. Pour soutenir les aéroports régionaux, il propose par ailleurs une mesure de compensation pour les compétiteurs d’Air Canada qui pourraient être victimes d’une stratégie de « prédation ». 

« Bientôt, François Legault vient à la Chambre de commerce de Montréal. Et nous [à Montréal], nous avons besoin de 400 M$ pour décontaminer. On va faire une règle de 3 avec les montants promis à Sherbrooke », illustre M. Lisée

Le chef du Parti québécois se tournerait plutôt vers le programme ClimatSol-Plus, qui compte 250 M$ et qui permet de financer certaines décontaminations. À la Ville de Sherbrooke, on affirmait cet été que ce programme est trop sévère pour permettre certaines décontaminations sur son territoire. « Nous avons toujours dit que ces sommes ne sont pas suffisantes. Nous devons faire un effort supplémentaire parce que ces zones industrielles aujourd’hui abandonnées sont les sources passées de notre richesse. Il faut renvoyer l’ascenseur aux villes industrielles qui ont participé à la création de la richesse du Québec. »

« Est-ce que je veux que Sherbrooke ait 10 M$ pour ses sols contaminés ? Bien sûr, mais je veux qu’elle les ait pas parce qu’un chef de parti décide que ça lui donnera peut-être une circonscription de tailler une promesse sur mesure qui lui posera un problème politique dans toutes les autres villes. »

Aéroport de Sherbrooke

Concernant l’aéroport de Sherbrooke, M. Lisée se dit prêt à fournir une petite participation si un montage financier avec le fédéral est déposé. « On fera ce qu’il faut pour que ça réussisse. »

Selon lui, les aéroports des grandes villes doivent être desservis par des vols commerciaux avec une tarification raisonnable. « Mais à cause du quasi-monopole d’Air Canada, on paie nos billets presque 50 % plus cher que dans les autres provinces parce qu’ils réussissent toujours à faire une guerre de prix quand il y a un concurrent. On a un bureau de la concurrence à Ottawa qui ne fait pas sa job parce que c’est clair qu’Air Canada a une pratique prédatrice. »

« Nous pouvons évaluer le prix de référence pour un trajet et si quelqu’un essaie de casser le prix pour tasser un concurrent, nous payerons au concurrent la différence avec le prix de référence. La seule présence de ce programme convaincra Air Canada de ne pas casser les prix. On a parlé à d’autres transporteurs qui disent que si [nous établissons] ça au Québec, [ils viendront]. »

Jean-François Lisée affirme dans la même veine souhaiter l’arrivée d’un train de passagers qui effectuera la liaison entre Montréal et Sherbrooke. « Pour le train, il y a plusieurs façons de le faire. C’est une entreprise privée à but lucratif. Peut-être qu’Investissement Québec pourrait investir. On peut aussi y voir une mesure de réduction des gaz à effet de serre. Peut-être que le Fonds vert pourrait être mis à contribution. On veut aussi rétablir les fonds de développement de projets régionaux. Dans les fonds qu’on accordera à l’Estrie, les préfets pourront décider d’investir dans le train. »

Enfin, en matière d’infrastructures souterraines, les égouts et l’aqueduc par exemple, M. Lisée veut que « les projets prioritaires soient traités de façon prioritaire et qu’on puisse remettre à niveau nos infrastructures ». Il se garde de prendre un engagement spécifique pour Sherbrooke, mais se montre critique envers le gouvernement de Philippe Couillard qui, selon lui, « a été le plus lent de toutes les provinces à obtenir de l’aide du fédéral pour les municipalités ».