Une embâcle a fait déborder la rivière Eaton à Cookshire-Eaton vendredi provoquant l'évacuation d'environ 70 personnes.

L’heure est au nettoyage à Cookshire-Eaton

Il n’y avait personne au domicile des Yergeau vendredi soir lorsque la rivière Eaton est sortie de son lit : Jeanine était chez la coiffeuse alors que Danny faisait l’épicerie.

« C’est arrivé vite, en l’espace d’une heure, raconte Danny Yergeau. Ils m’ont laissé rentrer à l’intérieur parce que j’étais parti à l’épicerie. J’ai des affaires dans le garage qu’il fallait que je sauve. »

Les biens qu’il avait peur de perdre sont de grande valeur : une voiture neuve, nombre d’outils à gaz et électriques et des armes à feu. « J’ai eu le temps de surélever quelques objets pour éviter qu’ils soient détrempés, relate l’homme. En l’espace de cinq minutes, l’eau venait me rejoindre à l’arrière de la maison, au garage. J’en avais jusqu’aux genoux. »

Un embâcle s’est formé dans la rivière à la hauteur de leur paisible quartier et les inondations subséquentes ont touché 30 résidences. Celle des Yergeau a été durement touchée, alors que cinq pieds d’eau se sont accumulés en l’espace d’une heure dans le sous-sol.

« L’eau est entrée par les châssis et non par le sol, se rappelle M. Yergeau. Elles sont isolées à la mousse, mais l’eau est passée au travers quand même. Sur le coup, on ne pouvait rien faire pour l’empêcher de rentrer. »

Des billots flottants

Heureusement pour les Yergeau, leur sous-sol sert principalement à remiser le bois de chauffage et le mobilier se limite au foyer ainsi qu’à leur chauffe-eau. Ils ont cependant eu tout un dégât à nettoyer, ce qu’ils ont fait dès leur retour à la maison.

« Les cordées de bois sont toutes tombées, ça flottait partout! » s’esclaffe Mme Yergeau en se remémorant la scène. « Une chance que mon fils avait déjà une pompe dans le sous-sol. » Elle ne fut toutefois pas suffisante pour empêcher les dégâts.

« La première étape a été de ramasser le bois. Après ça, j’ai mis une pompe dans l’escalier et on a sorti l’eau par la fenêtre. Une chance que l’eau n’est pas montée jusqu’en haut, pondère-t-il. On a seulement le chauffe-eau à changer et beaucoup de ménage à faire. »

Certains voisins n’ont pas été aussi chanceux, selon l’homme de Cookshire-Eaton. « Samedi matin, on a vu les voisins sortir tous leurs meubles du sous-sol. Ils ont tout jeté, ça doit être épouvantable. On voulait se faire un petit salon au sous-sol pour regarder le foyer mais on s’est ravisés. »

Négligence?

Selon eux, il est clair que les autorités locales auraient pu essayer de prévenir la formation de l’embâcle plus activement. « Ils ont un accès direct à la rivière justement pour aller travailler là récemment. Un terrain a été dégagé exprès pour ça et ils n’ont pas été en mesure d’agir, ajoute-t-il. D’après moi, ils ont pris cela à la légère. Tout est pardonnable. »

Les inondations sont presque annuelles dans le quartier mais celle de vendredi évoque des souvenirs d’un débordement manifestement plus important survenu il y a 35 ans. « On s’était fait évacuer par bateau, se rappelle Mme Yergeau, qui habite la demeure en bordure de rivière depuis 1977. Il y avait eu un pied d’eau dans la cuisine cette fois-là, on n’a jamais vu rien de pire. »

Une couche de boue reste à nettoyer sur le sol et une des deux pompes déployées par Danny se fait encore entendre au loin lorsque Mme Yergeau résume la situation adroitement : « Vaut mieux en rire que brailler tout le temps! » Reste maintenant à souhaiter que la rivière continue à couler paisiblement dans son lit.

Eastman surpris par une inondation hivernale

Les résidents de la rue Martin ont l’habitude des inondations, mais ils ne s’attendaient pas à vivre ce type de problème en plein hiver. Pas plus que les autorités municipales d’Eastman, d’ailleurs.

« Au printemps, l’eau du lac d’Argent monte toujours et il y a régulièrement des terrains qui sont inondés sur la rue Martin dans ce temps-là, indique le directeur du service incendie de la municipalité d’Eastman, Daniel Lefebvre. On a été pas mal surpris, en fin de semaine, de voir qu’une inondation se produisait encore dans ce secteur. L’eau a beaucoup monté comparativement à d’habitude. »

Cette fois-ci, le responsable est un ruisseau, coulant de l’est vers l’ouest, qui relie les lacs d’Argent et Orford. Un embâcle s’est formé près du lac d’Argent, à l’intérieur du petit cours d’eau, et cela a eu des répercussions dans le secteur de la rue Martin. « Le ruisseau était très gros », dit M. Lefebvre.

Puisque le secteur est souvent inondé, plusieurs des résidences qu’on retrouve à cet endroit ne possèdent pas de véritable sous-sol. Ce sont plutôt des vides sanitaires d’une profondeur d’environ un mètre qui se trouvent sous ces constructions.
Une résidence avec sous-sol aménagé fait néanmoins partie des maisons qui ont été touchées. Dans ce cas, plus de 50 centimètres d’eau auraient pénétré à l’intérieur. Des travaux seront évidemment nécessaires pour remettre les lieux en état. - Jean-François Gagnon