Marie-Eve Rheault, agente de développement chez ConcertAction Femmes Estrie, et Magalie Roy, intervenante sociale à la Coop de solidarité l'Autre-Toit, ont participé à l'élaboration de la nouvelle stratégie régionale pour améliorer l'accessibilité et la sécurité des ressources et des services offerts aux femmes en situation ou à risque d'itinérance.

L'Estrie se mobilise pour les itinérantes

Les femmes ne vivent pas l'itinérance de la même façon que les hommes et c'est pour mieux les accompagner que ConcertAction Femmes Estrie et ses partenaires lancent une stratégie régionale pour améliorer l'accessibilité et la sécurité des ressources et des services offerts aux femmes en situation ou à risque d'itinérance. Les grandes lignes du projet Femmes itinérantes à l'abri de la violence ont été dévoilées lors d'un point de presse organisé mardi à la Chaudronnée de L'Estrie.
La stratégie a été élaborée à la suite d'une étude menée au printemps 2016 auprès de 62 femmes de la région en situation ou à risque d'itinérance et 61 intervenants travaillant auprès d'elles.
« Ces femmes nous ont parlé de leurs besoins et de leur expérience auprès des ressources disponibles dans la région. Les femmes sont souvent en itinérance cachée, c'est-à-dire qu'on les voit peu dans la rue, contrairement aux hommes qu'on peut voir mendier, et elles fréquentent peu les ressources », explique Marie-Eve Rheault, agente de développement chez ConcertAction Femmes Estrie, qui précise que les études démontrent que, de façon générale, environ 25 pour cent des personnes itinérantes sont des femmes.
« Au cours de la dernière année, ce sont plus de 300 femmes qui ont fréquenté des ressources en hébergement à Sherbrooke, soit 22 pour cent de la clientèle. Et ce chiffre est trompeur, car il n'inclut pas toutes les femmes qui sont venues manger à la Chaudronnée, par exemple, et qui se promènent d'une maison à l'autre, parfois en échangeant des faveurs sexuelles contre un endroit où dormir, sans avoir réellement un chez-soi », ajoute Mme Rheault.
Les femmes en situation ou à risque d'itinérance ont plusieurs éléments en commun. La majorité des femmes rencontrées sont peu scolarisées et vivent souvent de l'aide sociale. « Environ 85 pour cent d'entre elles ont vécu de la violence. C'est pourquoi elles nous ont exprimé le besoin d'avoir des endroits sécuritaires non mixtes où elles pourraient échanger et constater qu'elles ne sont pas seules. Un centre de jour et un centre d'hébergement d'urgence et de transition réservés aux femmes répondraient à leurs besoins », relate Mme Rheault spécifiant que la violence et la dépendance à l'alcool ou à la drogue sont ciblées comme étant les principales causes ayant mené à la perte de leur dernier logement.
Collecte de cellulaires
À la suite de l'étude, plus d'une cinquantaine d'intervenants provenant de différents secteurs (hébergement, santé, jeunesse, police) ont mis leurs efforts en commun pour créer une stratégie régionale. Un bottin réunissant les ressources destinées aux femmes et un système de réseautage seront créés.
Aussi, une collecte de cellulaires pour femmes en difficulté est organisée. « Un cellulaire sans ligne active permet quand même de faire un appel à l'aide au 911. Cet appel peut faire toute une différence pour une femme en danger », note Magalie Roy, intervenante sociale de l'équipe APPART de la Coop de solidarité l'Autre-Toit, ajoutant que la population peut faire don de leur ancien cellulaire à la boutique t.a.f.i. au 81 rue Wellington Nord ou à l'Association Fédérative des Étudiants de l'Université de Sherbrooke.