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Grâce aux dons récoltés par Solidarité-Haïti en Estrie, les écoliers de la commune de Juanaria ont accès à une bibliothèque bien garnie.
Grâce aux dons récoltés par Solidarité-Haïti en Estrie, les écoliers de la commune de Juanaria ont accès à une bibliothèque bien garnie.

L’Estrie reste bien solidaire d’Haïti

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
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SHERBROOKE — Pandémie ou pas, les Estriens restent sensibles au sort de la communauté haïtienne. La dernière année a permis d’amasser 21 000 $ en dons pour soutenir les projets de Solidarité-Haïti en Estrie sur cette île des Caraïbes, en hausse de 2000 $ sur 2019.

« Nos donateurs sont pour la plupart des personnes âgées et des retraités, ce sont des gens qu’on a contactés et qu’on a fidélisés un à un à travers les années et ils nous sont fidèles en donnant chaque année », salue le responsable des projets pour Solidarité-Haïti en Estrie, Jean Charron.

L’année 2020 a été marquée par l’ouverture d’une bibliothèque à l’école Paul-et-Isabelle-Côté à Juanaria, l’une des cinq régions de la commune de Hinche sur le Plateau central du pays où l’organisme estrien concentre ses interventions.

Trois écoles primaires (Saint-Denis-de-Brompton, Sherbrooke et l’Acadie en Montérégie) ainsi que l’organisme Estrie-Aide ont contribué directement à ce projet de près de 30 000 $ en amassant des livres pour les 500 élèves de la petite école haïtienne. 

« On a envoyé les livres et les étagères par bateau, ce qu’on ne fait pas souvent, alors on en a profité pour envoyer huit machines à coudre », raconte M. Charron. 

« C’était au départ pour répondre à un besoin exprimé par l’association des femmes de coudre des serviettes hygiéniques lavables. Mais depuis que la pandémie est arrivée, ils se servent des machines pour coudre des masques et on peut voir sur les photos qu’ils m’envoient qu’ils sont très assidus à les porter! »

La dernière année a aussi été marquée par la fin d’une collaboration de 10 ans avec La Fouillerie de Saint-Denis-de-Brompton, une friperie gérée par l’AFEAS locale qui permettait de remettre de 1000 à 1500 $ par année à Solidarité-Haïti en Estrie. 

La friperie a fermé ses portes avec le confinement du printemps dernier et a conclu à une fermeture définitive cet été étant donné que le bâtiment qui l’abrite doit subir une rénovation majeure dans les prochaines années.

La bibliothèque de l’école Paul-et-Isabelle-Côté à Juanaria en Haïti.

Vingt ans d’implication

Voilà plus de 20 ans que Jean Charron s’implique pour contrer les difficultés de la paysannerie en Haïti. L’homme de Saint-Élie-d’Orford qui a fait son cours classique chez les pères missionnaires avant de devenir lui-même enseignant a toujours eu un intérêt marqué pour la coopération internationale.

Au moment de la retraite, il a choisi d’œuvrer en Haïti et s’y rend presque chaque année depuis 2001. Sauf en 2020, à cause de la pandémie bien sûr, et en 2019, à cause de troubles politiques trop importants dans le pays.

Depuis cinq ou six ans, il est très fier de pouvoir compter sur un avocat de Hinche, Acfénès Antoine, né d’une mère paysanne et formé par une communauté religieuse là-bas, pour bien gérer sur place les dons faits par les Estriens. 

« C’est à cause de la confiance que nous avons en lui que nous pouvons nous tourner vers nos donateurs et investisseurs avec assurance. Nous savons que nos fonds sont utilisés au mieux. Son bon jugement et sa capacité à rendre compte de l’utilisation des fonds que nous lui confions nous rassurent », exprime Jean Charron.

La bibliothèque étant désormais ouverte et fréquentée, c’est l’alphabétisation des adultes et une pépinière mise en place par l’Organisation citoyenne contre la pauvreté fondée par l’avocat Acfénès Antoine qui retiendra l’attention de Solidarité-Haïti en Estrie en 2021. À plus long terme on travaille à développer un projet pour répondre aux besoins de logements sociaux des Haïtiens.

À l’école, ajoute M. Charron, les dons des Estriens contribuent à maintenir la cantine où on sert 533 repas par jours aux écoliers et à 33 membres du personnel.

« Les Petits déjeuners ici au Québec on trouve que c’est important, mais vous imaginez bien qu’en Haïti, le petit déjeuner, c’est le repas de la journée », lance-t-il.

Grâce aux dons récoltés par l’organisme Solidarité-Haïti en Estrie, les écoliers de la commune de Juanaria ont accès à une bibliothèque bien garnie.

Covid et séisme

Un moulin à manioc de 45 000 $ pour lequel Solidarité-Haïti en Estrie amasse de l’argent depuis trois ans devrait aussi être inauguré en 2021, mais M. Charron ne pourra vraisemblablement pas être sur place pour l’occasion, étant donné les restrictions de voyager liées à la pandémie de coronavirus.

Il y a du reste très peu de cas de COVID-19 en Haïti, selon M. Charron. 

Quant au 11e anniversaire du séisme du 12 janvier 2010, il témoigne que l’événement a laissé peu de traces sur le plateau central.  

« L’impact est venu par après le tremblement de terre, quand les gens qui avaient tout perdu à Port-au-Prince sont retournés dans les campagnes. Avec l’hospitalité qui est primordiale en Haïti, ils se sont retrouvés dans leur petite cambuse qui n’est déjà pas assez grande pour leur famille, à accueillir et à nourrir le cousin et ses quatre enfants. C’est ça qui a été terrible », témoigne M. Charron.

« C’est la même chose pour les ouragans. Quand ils arrivent sur le plateau central, ils ont perdu de leur puissance et sont devenus une tempête tropicale. À cet endroit ce sont des gens qui ne vivent pas les mêmes déboires que ceux de la côte. »