L’UPA-Estrie et ses partenaires ont organisé une activité Bières et fromages il y a quelques jours au Centre de foires de Sherbrooke pour amasser des fonds pour son initiative de travailleuse de rang. Caroline Poulin était au rendez-vous (3e sur la photo) avec Marcel Blais, vice-président du Syndicat des producteurs de lait de l’Estrie, René Beauregard, directeur ACFA, et Lynne Martel-Bégin, vice-présidente de l’UPA-Estrie.

L’Estrie a sa travailleuse de rang

Les producteurs de l’Estrie affichant un taux de détresse psychologique grandissant auront enfin accès aux services d’une travailleuse de rang. Cette dernière ne chômera pas avec l’incertitude qui se fait sentir encore plus fort depuis l’adoption de l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC).

Caroline Poulin arpentera les rangs et les campagnes de l’Estrie au cours des trois prochaines années afin de prévenir les différents types de détresse psychologique et mener un suivi avec les producteurs atteints.

« C’est une initiative du milieu qui m’amène ici, explique-t-elle. Ce sont les MRC et l’UPA qui ont sonné l’alarme à la suite de plusieurs consultations révélatrices avec les producteurs. On estime que la moitié des producteurs agricoles vivent un fort niveau de détresse psychologique causé par le stress quotidien, les accidents de travail et l’incertitude des marchés depuis l’entrée en vigueur de l’AEUMC. Les producteurs laitiers représentaient déjà 70 % de notre clientèle avant ce revirement de situation. »

La travailleuse de rang, la sixième du genre au Québec, privilégie une approche humaine dans ses interventions et prévoit aller à la rencontre des producteurs étalés sur le territoire estrien pour évaluer leurs besoins et déterminer les moyens à prendre pour les soulager. 

« Les interventions vont prendre plusieurs formes. Une ligne de support Au cœur des familles agricoles (ACFA) est ouverte 24 heures sur 24 et un rendez-vous peut être pris pour aller évaluer les besoins. Que ce soit des appels téléphoniques, un suivi psychosocial ou des rencontres en personne, des interventions seront faites pour aider les producteurs dans le besoin. Je vais aussi faire une tournée des rangs dans les prochaines semaines pour aller me présenter, rencontrer les gens et leur expliquer les services qui leur sont offerts », explique-t-elle quant à la nature de ses interventions.

Incertitude et spéculation

Plus précisément, le rôle de Caroline Poulin est d’assister les producteurs dans leur prise de conscience et d’identifier les problématiques, pouvant ainsi trouver des solutions pour renverser la situation.

« Je dois tout d’abord être au courant de ce qui se passe au niveau politique, économique et social. Il faut que je sache détecter les signes de détresse chez les producteurs au niveau de la santé mentale et physique et les inviter à me communiquer leurs inquiétudes pour les référer à la bonne personne si nécessaire, décrit-elle. Je dois faire un travail de liaison entre eux et les autres organismes communautaires pour m’assurer qu’ils sont entre bonnes mains, tout en brisant l’isolement dans lequel ils peuvent vivre. »

En plus de leur apporter du support quotidiennement et d’identifier leurs besoins, la travailleuse de rang doit aussi être aux côtés des producteurs pour les soutenir lors d’étapes charnières. 

« Que ce soit les transferts de ferme intergénérationnels, des divorces, des séparations, des départs à la retraite ou encore des événements tragiques, on est là pour les aider. Même s’ils vivent une réalité différente en travaillant sans arrêt sur la ferme, ils ont aussi leur réalité de Monsieur, Madame Tout-le-Monde qui peut les affecter », précise-t-elle, indiquant qu’ils n’ont pas toujours le temps d’aller chercher de l’aide. 

La ligne de support Au cœur des familles agricoles est en fonction 24 heures sur 24 au 450 768-6995. Une maison de répit est aussi disponible à Saint-Hyacinthe pour accueillir les producteurs en détresse. « Il faut s’assurer du bien-être de nos producteurs avec la prévention et le suivi. Ils ont une réalité touchante qui est loin de la nôtre et comme ils ne demandent pas toujours de l’aide, on se doit de leur tendre la main. »