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Des tiques ont engendré plusieurs cas d’anaplasmose au cours des dernières semaines dans le secteur de Bromont.
Des tiques ont engendré plusieurs cas d’anaplasmose au cours des dernières semaines dans le secteur de Bromont.

Les tiques causent de nouvelles infections en Estrie

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
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L’Estrie est l’épicentre de la maladie de Lyme depuis plusieurs années au Québec. Or, les tiques causent également d’autres types d’infections. La Santé publique est sur le qui-vive, car on a recensé au cours des dernières semaines plusieurs cas d’anaplasmose, un agrégat jugé «inhabituel», dans la région de Bromont.

«Pour le moment, on a six cas d’anaplasmose répertoriés qui ont tous un lien avec Bromont et ses environs», a indiqué en entrevue le Dr Philippe Martin, microbiologiste infectiologue au CIUSSS de l’Estrie. La Voix de l’Est a appris que plusieurs autres cas d’anaplasmose pourraient s’ajouter au bilan actuel. Ce qu’a corroboré le spécialiste. «On a une suspicion beaucoup plus élevée. On voit des patients qui viennent [du secteur de Bromont]. C’est donc possible que le nombre de cas augmente.» Selon nos informations, au moins sept autres cas potentiels d’anaplasmose dans la région font actuellement l'objet d'une enquête.

Les tiques à pattes noires, qui ont une durée de vie moyenne de deux ans, sont notamment des vecteurs de la maladie de Lyme et de l’anaplasmose. Elles sont infectées lorsqu’elles sont à l’état de larves en se nourrissant du sang de souris. Elles deviennent par la suite des nymphes, juste avant le stade adulte. C’est à ce moment qu’elles transmettent une ou des bactéries néfastes à l’humain en le piquant, principalement quand elles commencent à être actives au printemps (entre 4 à 10 degrés Celsius). La personne infectée peut ensuite développer la maladie si elle n’est pas traitée rapidement.


« On fait très peu de diagnostics. C’est une maladie méconnue des médecins, surtout en première ligne. C’est donc bien possible que des gens soient passés dans les mailles du filet au cours des dernières années. On veut donner des indices aux cliniciens pour savoir quand la suspecter. »
Dr Philippe Martin, microbiologiste infectiologue au CIUSSS de l’Estrie

Similitudes

En raison du nombre élevé de cas d’anaplasmose actuel en Estrie, la Santé publique veut autant sensibiliser la population que le corps médical à cette nouvelle menace grandissante. «On fait très peu de diagnostics. C’est une maladie méconnue des médecins, surtout en première ligne. C’est donc bien possible que des gens soient passés dans les mailles du filet au cours des dernières années. On veut donner des indices aux cliniciens pour savoir quand la suspecter», a dit le Dr Martin.

La maladie de Lyme et l’anaplasmose ont plusieurs similitudes, notamment au niveau des symptômes. Fièvre, maux de tête et douleurs musculaires, entre autres. Toutefois, certains aspects diffèrent. «L’anaplasmose ne fait pas d’érythème cutané [rougeur], ou très rarement. Lors d’une prise de sang, on voit également les plaquettes à la baisse et les globules blancs aussi. Souvent, le foie a également une petite hépatite, que l’on ne voit pas avec la maladie de Lyme, a indiqué l’infectiologue. C’est ce qui a sonné l’alarme avec les cas à Bromont.» Notons que dans le cas de l’anaplasmose, on recense des nausées, vomissements et diarrhée dans environ 20 % des cas.

Par ailleurs, certains patients piqués par des tiques infectées pourraient développer à la fois la maladie de Lyme et l’anaplasmose. C’était le cas de l’une des six personnes infectées à Bromont recensées par la Santé publique, a spécifié le Dr Martin.

Traitement

Dans le cas de l’anaplasmose, les échantillons prélevés sur des individus potentiellement infectés sont envoyés au laboratoire national de microbiologie de Winnipeg. Les délais pour obtenir les résultats sont d’environ deux semaines.

Étant donné le nombre élevé de cas de maladie de Lyme répertorié annuellement en Estrie, principalement dans les réseaux locaux de services (RLS) de la Haute-Yamaska et La Pommeraie (incluant Bromont), un traitement préventif est disponible dans les pharmacies depuis 2019. Le RLS du Val-Saint-François s’ajoute en 2021. Le traitement consiste à administrer une dose d’antibiotique, la doxycycline, aux individus que l’on suspecte d’avoir été piqués par une tique. Celui-ci peut être prescrit par un médecin ou un pharmacien.

Bien que la doxycycline serve à endiguer la maladie de Lyme et l’anaplasmose chez les patients infectés, l’antibiotique n’est pas homologué pour prévenir cette dernière. «On ne sait pas si [cela] fonctionnerait. Il n’y a pas eu d’étude sur le sujet, a mentionné le Dr Martin. Il y a un contact moins prolongé avec la tique qui peut transmettre l’anaplasmose, alors que pour la maladie de Lyme, la tique doit rester attachée [au corps] durant près de 24 heures.»

Par ailleurs, la plupart des gens qui auront été piqués par une tique en Estrie, même ceux qui ont l’anaplasmose, auront droit à leur prophylaxie, car ils répondent aux critères pour la maladie de Lyme, a spécifié l’infectiologue.

Dr Philippe Martin, microbiologiste infectiologue au CIUSSS de l’Estrie.

L’anaplasmose semble faire moins de complications que la maladie de Lyme, qui provoque parfois des paralysies du visage et des atteintes au niveau du coeur, a dit le représentant du CIUSSS. L’anaplasmose peut toutefois avoir de sévères répercussions, surtout chez les gens ayant un système immunitaire affaibli.

Protection

Plusieurs mesures simples peuvent protéger les individus contre les piqûres de tiques. La Santé publique conseille notamment d’utiliser un chasse-moustiques sur les parties du corps exposées. Il est aussi recommandé de porter des vêtements longs de couleurs claires et des souliers. On peut également entrer le bas du pantalon dans ses chaussettes et son chandail dans le pantalon et marcher dans les sentiers dégagés.

Un examen de tout le corps après une activité extérieure dans un environnement à risque est également préconisé pour s’assurer qu’aucune tique ne se soit accrochée. Une tique doit être retirée le plus rapidement possible de la peau.

La Santé publique recommande de placer la tique dans un contenant et de noter la date et le lieu où a eu lieu la piqûre. Ces renseignements pourront aider le médecin lors du diagnostic.

Migration

La migration de tiques des États-Unis vers l’Estrie pourrait être en partie responsable de l’agrégat «inhabituel» de cas d’anaplasmose répertorié. «Il y a [des tiques infectées] au Maine et dans le Vermont. À New York, il y avait déjà de l’anaplasmose. On se doutait que c’était une question de temps avant d’en avoir ici, a fait valoir le Dr Martin. Dans les dernières années, on avait quelques tiques porteuses de l’anaplasmose. Mais, on avait recensé seulement quatre cas humains au Québec l’an passé et un seul en Estrie.»

Une future menace

Les tiques à pattes noires transmettent également la babésiose, principalement aux animaux. Selon le Dr Martin, aucun cas de babésiose chez l’humain n’a été recensé au Québec. «Il y a eu quelques suspicions à l’Hôpital Brome-Missisquoi-Perkins. Des échantillons ont été envoyés, notamment au centre de maladies tropicales McGill, qui ont jugé qu’il n’y avait pas de babésiose. Et les tests envoyés à Winnipeg n’ont pas démontré de babésiose non plus.»

L’infectiologue a indiqué qu’une seule tique ayant la babésiose a été répertoriée à Lac-Mégantic. Selon nos sources, des spécimens porteurs de la maladie ont été retrouvés dans le secteur de Bromont. Le Dr Martin n’était pas en mesure de confirmer cette information.

Le spectre d’éventuels cas de babésiose en Estrie est toutefois bien tangible. «On se doute que ça va probablement arriver au cours des prochaines années», a concédé le Dr Martin.

Contrairement à la maladie de Lyme et l’anaplasmose, qui sont causés par des bactéries, la babésiose est engendrée par un parasite. Les symptômes s’apparentent à ceux de la grippe. «Les tests sont différents et le traitement ressemble à celui de la malaria», a mentionné le spécialiste.

La vigilance sera de mise au cours des mois à venir, a indiqué le microbiologiste infectiologue. «On croit que l’on devra continuer de faire de la surveillance active des tiques en Estrie. On doit savoir quel pourcentage de tiques est infecté. Il va aussi falloir réorganiser les services diagnostics. Le fait d’avoir à envoyer les tests à Winnipeg, ce sont d’énormes délais. On aimerait pouvoir faire les tests sur place pour offrir un diagnostic rapide aux gens de l’Estrie.»