« Il faut aussi mettre en contexte que lorsque la sécurité d’un enfant est compromise, les interventions sont faites sans délai. Cette responsabilité est pleinement assumée par l’établissement », insiste Rémi Brassard, directeur général adjoint aux programmes sociaux et de réadaptation au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Les signalements en attente à la DPJ de l'Estrie en baisse

La situation à la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Estrie était l’une des plus alarmantes présentées dans le rapport annuel du réseau de la protection de la jeunesse rendu public mercredi par la vérificatrice générale du Québec Guylaine Leclerc. Parmi les données frappantes : un délai de 226 jours entre un signalement à la DPJ et l’application de mesures.

Le rapport fait toutefois état de la situation en 2017-2018. Or le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a mis de l’avant de nombreuses mesures pour améliorer la situation de la DPJ depuis ce moment, particulièrement à la suite du décès d’une fillette bien connue de la DPJ à Granby en mai 2019.

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DPJ: des délais d’attente inacceptables, dénonce la vérificatrice générale

La direction du CIUSSS ne comptabilise pas les données de la même façon que la vérificatrice générale. L’organisation ne sait donc pas quel est le délai de traitement maintenant après un signalement à la DPJ de l’Estrie. Elle sait par contre que le nombre de signalements en attente a diminué de façon importante au cours des six derniers mois.

« Il y a maintenant 470 dossiers en attente à la réception et au traitement des signalements. Au pic, au début de l’été, nous en avions 896 », indique Rémi Brassard, directeur général adjoint aux programmes sociaux et de réadaptation au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

En concordance avec les recommandations

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a bien accueilli le rapport de la vérificatrice générale. « Il faut aussi mettre en contexte que lorsque la sécurité d’un enfant est compromise, les interventions sont faites sans délai. Cette responsabilité est pleinement assumée par l’établissement », insiste Rémi Brassard.

La direction du CIUSSS réagit bien aux recommandations émises par la vérificatrice. « Beaucoup de choses ont été intégrées dans notre plan d’action présenté plus tôt cette année, dont les trois principales sont de s’attaquer à nos listes d’attente, d’avoir le personnel requis et de mieux soutenir notre personnel. Notre plan d’action est en concordance avec les recommandations », indique M. Brassard.

Une « capacité théorique » largement dépassée

Une des données marquantes du rapport consiste à évaluer la « capacité théorique » de la DPJ à répondre à la demande en fonction de son nombre d’employés. La loi prévoit qu’un intervenant de la DPJ peut assumer un certain nombre de dossiers par année. Ainsi, quand un établissement atteint la note de 100 %, c’est qu’il a capacité de répondre à la demande en parfait équilibre; le bon nombre d’employés pour le bon nombre de cas à traiter.

Or le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a atteint 336 % et 332 % en 2015-2016 et en 2016-2017, ce qui signifie qu’il y avait trois fois plus de cas à traiter que d’employés pour y répondre.

Puis en 2017-2018, ce chiffre a littéralement bondi : il a grimpé à 764 %!

Le CIUSSS avait donc presque huit fois plus de cas à traiter que d’employés pour les recevoir.

Que s’est-il passé en 2017 pour que la situation dégénère ainsi?

« C’est une combinaison de membres de notre personnel absent du travail (voir autre texte) et de la hausse du nombre de signalements. En effet, le nombre de signalements augmente sans arrêt, année après année. L’an passé (2018-2019), nous avions une hausse de 18 % du nombre de signalements. Cette année, nous nous alignons pour une augmentation de 10 à 12 % encore », explique M. Brassard.

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130 nouveaux postes en Estrie

Des listes d’attente interminables, des employés beaucoup trop nombreux absents du travail, des intervenants peu soutenus dans leurs difficiles tâches en protection de la jeunesse : la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS avait fort à faire pour redresser la barre en mai dernier quand le drame de la fillette de Granby est venue secouer non seulement l’Estrie mais le Québec en entier.

« Pour régler la situation, nous devions ajouter des ressources. C’est ce que nous avons fait. Nous avons créé 100 nouveaux postes à l’interne pour stabiliser les équipes. Nous avons aussi affiché 30 nouveaux postes à l’externe pour avoir du sang neuf dans les équipes pour s’attaquer aux délais d’attente, et la moitié de ces 30 postes ont déjà trouvé preneur », indique Rémi Brassard.

En 2017-2018 quand la vérificatrice générale a fait son rapport, il y avait 33,9 employés équivalents temps complets (ÉTC) à la DPJ de l’Estrie.

« Dans les faits, il y avait un nom sur chaque poste disponible, mais il y avait des absents, que ce soit en congé de maternité ou en assurance-salaire », indique-t-il.

Aujourd’hui, il y 47 ÉTQ à la DPJ, avec des absents là aussi. « Mais les 100 postes que nous avons créés servent à compenser les absences à long terme, les congés et les vacances », insiste M. Brassard.

La direction espère être ainsi prête à la fusion des listes d’ancienneté qui se fera au début de l’année 2020 avec son l’APTS, le syndicat qui représente une majorité des employés au centre jeunesse. Cette fusion permettra aux employés avec beaucoup d’ancienneté d’appliquer des postes n’importe où ailleurs au sein du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Tous les employés surnuméraires qui travaillaient en protection de la jeunesse ont été sécurisés : on leur a offert un poste stable, un poste permanent. Nous avons fait aussi plein de changements qui peuvent sembler petits, mais qui ont un impact sur les conditions de travail. On voit ça comme une roue qui tourne : les employés qui travaillent en protection de l’enfance sont des gens de cœur, des gens passionnés par leur métier. Si les conditions de travail s’améliorent, si l’environnement est meilleur, si la charge de travail est adéquate, si les gens se sentent mieux soutenus, ça va nous aider à garder notre personnel. Le personnel qui est absent en ce moment va aussi revenir au travail dans des conditions de travail qui auront changé », indique-t-il.

Aujourd’hui, pratiquement toutes les équipes sont stabilisées mais il reste encore du travail et du réaménagement à faire. « Il reste encore le secteur de Granby où il y a 6 ou 7 absences à stabiliser », précise M. Brassard.