Les Méganticois veulent sortir le train du centre-ville

Le Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE) a poursuivi ses rencontres avec la population de Lac-Mégantic et des environs, mardi en après-midi et en soirée, et a fait connaissance avec plus de gens en faveur de la voie de contournement ferroviaire du centre-ville que de personnes contre le projet.
Les audiences du BAPE à Lac-Mégantic au sujet du réaménagement de la voie ferrée pour contourner le centre-ville ont attiré une cinquantaine de personnes en après-midi et près de 70 personnes en soirée. Les témoignages, mémoires et opinions ont été plus émotifs lors de cette deuxième journée d'audiences.
Les gens qui ont présenté des mémoires ou qui sont simplement venus faire part oralement de leurs opinions ont pratiquement tous exprimé leur besoin de voir se construire l'option 3, soit le corridor 1, pour sortir le train du centre-ville sinistré. Cela s'est fait devant une salle beaucoup plus clairsemée d'une cinquantaine de personnes en après-midi et d'environ 70 participants en soirée.
La journée a commencé à 13 h 30 par la longue présentation des résultats de trois études sur la santé des Méganticois, à la suite de la tragédie du 6 juillet 2013, menées par la Santé publique du CIUSSS de l'Estrie-CHUS, en 2014, 2015 et 2016. Elles ont été commentées par Dre Isabelle Samson, personne-ressource représentant le ministère de la Santé et des Services sociaux.
Le président des audiences, Joseph Zayeb, a fait l'inventaire des documents déposés à sa demande par la Ville de Lac-Mégantic et par le représentant du Bureau de la sécurité des transports (BST). Puis les présentations de mémoires ont débuté.
Béland Audet a cassé la glace, en tant que président de la Société de développement économique du Granit (SDÉG), président de l'Institut en culture de sécurité industrielle Mégantic (ICSIM), et propriétaire de Logibel, qui travaille en logistique de transport surtout avec le train et le camionnage. Il a noté des points négatifs dans les tracés proposés. Les coûts évalués de 115 millions$, entre autres, pour le corridor numéro 1, lui ont semblé exorbitants, se comparant au TGV en Europe, beaucoup plus coûteux qu'au Québec.
Ensuite, Gilles Fluet est venu parler en tant que survivant. Il a avoué avoir été irradié par le train en feu, alors qu'il se trouvait au centre-ville le soir de la tragédie de juillet 2013. Il connaissait toutes les 47 victimes, il a perdu ses repères. Il juge nécessaire la voie de contournement pour la survie, la reprise, la guérison et le sentiment de sécurité à retrouver pour les Méganticois.
Paulo Dostie, pour sa part, a énoncé des arguments percutants. «Le train encercle la ville de Lac-Mégantic. On s'est dépêchés de remettre le train sur les rails, pour l'emploi et l'économie. Le statu quo et le statu quo amélioré sont des aberrations, ils feraient fi de la souffrance des gens. Les citoyens ont été tenus à l'écart, n'ont jamais fait partie de la solution. Ça fait quatre ans qu'on attend, nous sommes fatigués. Si on était une tribu mohawk, la voie de contournement serait déjà construite. Le train qui passe nous fait continuellement un doigt d'honneur. Le chien qui mord, on l'euthanasie. Le train, on le sanctifie, au nom de la Sainte Piastre.»
Des témoignages plus émotifs
Des personnes plus émotives que la veille sont venues présenter leurs mémoires, opinions et témoignages aux audiences du BAPE, au Centre sportif Mégantic, mardi.
Ginette Isabel, une citoyenne de Frontenac, devra subir la voie de contournement si elle emprunte le tracé retenu par l'étude de faisabilité, soit l'option 3 et le corridor numéro un, car sa maison se trouve à 235 m seulement de ce tracé. «Ce sera impensable de demeurer si près de la voie ferrée. Je vais devoir m'en aller, quelle sera la valeur de ma maison? Je suis à un an de ma retraite. Je demande à l'initiateur, la Ville de Lac-Mégantic, s'il y aura des dédommagements décents aux personnes expropriées», a-t-elle confié, au bord des larmes. La directrice générale de Lac-Mégantic lui a répondu par l'affirmative.
Aline Gilbert, pour sa part, qui demeure à deux km de Lac-Mégantic, à Nantes secteur Laval-Nord, avait peur de retourner chez elle après la tragédie, car sa maison se trouve près de réservoirs de gaz propane et deux stations-services automobiles, à 300 pieds de la voie ferrée. «Je suis tombée malade, j'ai consulté deux fois. On arrachait les clous de la voie ferrée avec nos mains. Trois inspecteurs sont venus chez moi et m'ont dit que j'étais très en danger. Je veux que mon témoignage aide à mettre la voie de contournement loin des résidences des gens. Tant que la voie ferrée va rester là, on va être préoccupés. Quand elle va passer ailleurs, cela va être une délivrance», a-t-elle admis.
Les docteurs Richard Lefebvre et Gérard Chaput, ont livré leur mémoire en tandem. «Pour circuler en sécurité à Lac-Mégantic, la nécessité d'une voie de contournement ferroviaire ne fait aucun doute», a scandé Dr Lefebvre. Il a évoqué la pétition signée par tous les 26 médecins pratiquant à Lac-Mégantic et sa région, puis leur initiative d'une pétition citoyenne qui a amassé 3665 signatures exigeant une voie de contournement, et ce, dès les premiers mois après la tragédie. «Nous sommes à la merci d'une étude de faisabilité interminable, qui prend plus de temps que ça prendrait pour construire la voie de contournement. Ce projet est une urgence, ce n'est pas un projet futile ni fictif.»
Une citoyenne de Lac-Mégantic, Françoise Turcotte, qui demeure à deux maisons de la voie ferrée, souhaite que la MRC se relève de la tragédie. «Le train passe deux fois en soirée, puis deux fois durant la nuit, il siffle de six à sept fois, c'est agaçant. Il faut que ça change, par respect pour le sommeil des gens. C'est un irritant majeur. Je suis vraiment pour la voie de contournement. Sans parler des vibrations...», a-t-elle fait valoir.
Jean-Pierre Robitaille, quant à lui, voyait le train passer comme un ami, au début, quand il a acheté son terrain, en 2008, avant de prendre sa retraite en 2014. «Le sifflement du train, au début, était agréable, plus doux. Aujourd'hui, il est agressant et il me rappelle la tragédie. À ma grande surprise, j'ai été diagnostiqué choc post-traumatique. Je suis venu m'installer dans ce secteur pour la qualité de vie, la vue, les gens qui prennent le temps de vivre. J'ai été stupéfait lors de la tragédie, je ne suis pas surpris que tous ceux qui ont travaillé par la suite ont dit qu'ils n'étaient pas formés pour ça.»
Le maire de Nantes, Jacques Breton, est venu défendre l'écosystème du Lac Orignal, peu profond, qui se trouve sur le territoire de sa municipalité et, très fragile, ne pourrait souffrir qu'un déversement de pétrole s'y fasse. « Et puis il va falloir déplacer la cour de triage de la CMQR, qui se trouve à Nantes, en haut de la côte. C'est un non-sens, plusieurs mauvaises décisions ont été prises comme celle-là.»