Donald Pouliot, de la Ferme Donabelle, a commencé à récolter ses fraises samedi dernier. Misant sur la culture sous bâches, celui-ci réussit généralement à produire dès le début du mois de juin.
Donald Pouliot, de la Ferme Donabelle, a commencé à récolter ses fraises samedi dernier. Misant sur la culture sous bâches, celui-ci réussit généralement à produire dès le début du mois de juin.

Les fraises arrivent à point

Officiellement déclarée, la saison des fraises est accueillie à bras ouverts par les consommateurs, après un interminable printemps. Tandis que certaines fermes offrant de l’autocueillette se préparent tranquillement à une expérience légèrement modifiée, cette année, certains producteurs spécialisés dans la culture sous bâches, comme la Ferme Donabelle à Compton et la Ferme St-Élie à Sherbrooke, conquièrent déjà les estomacs depuis quelques jours.

Samedi dernier, le kiosque de la ferme Donabelle a ouvert pour une première fois de la saison. Les fraises, qui sont arrivées plus tôt que lors des deux années précédentes, ont suscité un achalandage monstre chez le producteur. Tellement que jeudi, celui-ci a décidé de fermer son kiosque habituellement ouvert tous les jours, question de s’assurer d’avoir suffisamment de fruits pour le prochain week-end. 

« On a essayé de se l’expliquer, à la ferme. Je pense que les fraises arrivent à un moment précis où on prône l’achat local et où on se déconfine. Les gens ont besoin de sortir et de venir manger quelque chose de frais », avance le propriétaire Donald Pouliot, qui souligne que pour sa culture, qui utilise notamment des pellicules de plastique noires pour réchauffer le sol plus rapidement, une ouverture le 6 juin se classe dans la moyenne. C’est plutôt les conditions météorologiques des deux dernières années qui avaient été peu favorables.  

« Cette année, on a eu très peu de précipitations au mois de mai, alors pas beaucoup de pression pour les maladies dans les champs. À ce sujet, c’est le meilleur printemps que j’ai vu depuis que je fais de la culture de fraises. Par contre, on a eu à affronter des bons gels, il y a deux semaines. On a travaillé une journée complète pour protéger tout ça. »

Le printemps a en effet été froid, mais la surprenante canicule de mai est venue rattraper les dégâts causés, explique Yvon Lessard de la Ferme St-Élie. « C’est l’abondance, dit celui qui fournit pour l’instant quelques commerces. Et la demande est très forte, plus que l’an dernier. On ne fournit pas! » 

Pour les producteurs qui misent sur la culture traditionnelle, en plein sol, le froid aura cependant bel et bien retardé la saison, explique M. Lessard, qui se charge de sonder chaque semaine les producteurs de l’Estrie sur l’état de leurs champs pour l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec. On espère les fruits pour le 27 juin dans ce type de cultures.

Gérald Sévigny ouvrira l’autocueillette autour du 24 juin, à la Ferme fruitière Sévigny. Le producteur d’expérience adaptera l’expérience au consignes sanitaires du gouvernement.

Autocueillette et COVID-19

Le gouvernement ayant autorisé l’autocueillette dans les fermes cet été, Gérald Sévigny de la Ferme fruitière Sévigny, à Saint-François-Xavier-de-Brompton, se prépare à répondre à la demande dès le 24 juin de son côté. Il devra faire respecter les deux mètres de distanciation en tout temps et fournir lui-même les contenants aux cueilleurs, qui ne sont pas autorisés à apporter les leurs en raison des risques de propagation. « On va simplifier le tout. On donne un choix de possiblement trois contenants à 5, 10 ou 20 $. La personne choisit son contenant, va ramasser au champ et n’a pas à revenir faire la ligne », soutient le producteur.  

Dès l’ouverture de l’autocueillette, les gens seront invités à récolter leurs fruits en matinée ou en soirée. Un horaire que M. Sévigny a adapté avec les années pour éviter d’exposer son personnel et ses clients aux grandes chaleurs, et afin de permettre aux travailleurs de vivre eux aussi l’expérience. 

Ses fruits sont également vendus en kiosque, mais il conseille aux gens de commander à l’avance. « On veut qu’ils soient frais cueillis! » dit-il. 

La Ferme St-Élie a pour sa part décidé de ne pas offrir d’autocueillette de fraises cette année. M. Lessard justifie sa décision par défi que représentent les consignes du gouvernement dans des champs aussi fréquentés que les siens. « Si les consignes de distanciations s’assouplissent, on verra à ce moment-là », note-t-il cependant. 

Le kiosque de la ferme ouvrira cependant le 19 juin à 8 h, et l’autocueillette sera offerte pour les framboises, une fois la saison arrivée. 

Les directives sanitaires pour l’autocueillette impliquent que les cueilleurs ne présentent aucun symptôme de la COVID-19, se lavent les mains avant et après la cueillette et respectent la distanciation sociale. La dégustation directement dans le champ est également interdite. 

Main-d’œuvre 

De nombreux producteurs peinent toujours à combler leurs besoins de main-d’œuvre, affirme Jennifer Crawford, directrice générale de l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec. Selon elle, il manquerait toujours entre 30 et 50 % des travailleurs dans ce créneau au Québec, comme c’est le cas pour la plupart des maraîchers. 

« On est encore en attente de nos travailleurs étrangers. L’administration dans leurs pays d’origine est au ralenti en raison de la pandémie. Au Mexique, c’est complètement paralysé. Ça devient stressant. On commence tout juste à récolter, mais si ça ne se règle pas d’ici la fin juin, on va devoir trouver une solution », dit-elle.

En Estrie, les risques que des fraises soient laissées dans les champs seraient moins sérieux, puisque la majorité des producteurs ont basé leur modèle d’affaires sur l’autocueillette. 

Gérald Sévigny confirme être hors d’ennuis. « Mes travailleurs sont les mêmes depuis dix ou quinze ans chez nous, affirme-t-il. Ce sont des locaux. » 

Coup de chance? « Oui, mais il faut les payer pour les garder », plaide M. Sévigny.

À la ferme Donabelle, tous les travailleurs guatémaltèques qui étaient attendus pour l’été sont arrivés à bon port. Une fois qu’ils auront tous terminé leur quarantaine préventive de 14 jours, la ferme pourra passer à la vitesse supérieure. Une quinzaine de personnes récoltent chaque jour dans ses champs.