Dr Mélissa Généreux

Les Estriens préoccupés par la légalisation du cannabis

Près des deux tiers des Estriens sont préoccupés par la légalisation du cannabis, qui deviendra légal au Québec à compter du 17 octobre.

La moitié des 1600 adultes sondés se sont d’abord montrés inquiets que les jeunes puissent commencer à en consommer en bas âge et des conséquences négatives sur la santé mentale. C’est ce qui ressort d’un sondage en ligne initié par la direction de la Santé publique de l’Estrie.

L’idée derrière le sondage était de connaitre les principales préoccupations de la population estrienne afin d’adopter des mesures dans différents secteurs qui répondront aux craintes les plus pressantes. Près de 1600 personnes ont répondu au sondage en ligne du 14 juin au 4 juillet. 

« C’est un échantillon vraiment important, qui traduit un réel intérêt pour cette question », souligne la directrice de la Santé publique en Estrie, Dre Mélissa Généreux.

Près de la moitié (46 %) des gens se disent en faveur de la légalisation. Presque personne n’a répondu « neutre » à la question de savoir s’ils étaient ou non en faveur de la légalisation. « C’est une question qui ne laisse personne indifférent », conclut Dre Généreux.

Les Estriens se sont dits en grand nombre inquiets que la légalisation amène des adolescents à avoir accès à la marijuana à un très jeune âge.

« Nous ne sommes pas inquiets de notre côté, car ce sera légal pour les gens de 18 ans et plus, et nous savons que nous allons travailler en prévention très tôt auprès des enfants et des parents. Le profit généré par la vente de cannabis sera réinvesti dans la prévention. Ce profit-là, avant, allait au marché noir », met en contexte Mélissa Généreux.

Du côté des incidences pour la santé mentale, la directrice de la Santé publique dit qu’il reste beaucoup de travail à faire pour trouver des corridors dans le système de santé, pour venir en aide aux gens plus vulnérables, pour placer les points de vente dans des endroits stratégiques. Mais le dossier chemine.

Puis, quelque 51 % des répondants démontrent une ouverture pour permettre la consommation de cannabis dans certains lieux publics extérieurs, mais ils sont plus réticents pour les espaces verts (37 %), les berges ou les plages (35 %).

« Les données que nous avons récoltées sont très transparentes. Nous allons les partager avec toutes les municipalités pour les aider à prendre des décisions sur les lieux où elles auront à décider si elles permettent ou non la consommation, comme les espaces verts et les festivals par exemple », ajoute Mélissa Généreux.

UNE LOI QUI VISE LE JUSTE MILIEU

Dre Généreux tient à rappeler qu’à la base, ce projet de loi se veut positif d’un point de vue de santé publique.

« L’utilisation du cannabis est là depuis très longtemps et elle est là pour rester. Quand nous étions dans la totale prohibition, il y avait des problèmes élevés dû au cannabis : le marché noir, le crime organisé, le manque de contrôle sur la qualité des produits... Si nous étions dans la légalisation à l’extrême, avec marketing et promotion dans le but d’en vendre toujours plus, ça ne fonctionnerait pas non plus. Ce que la loi vise, c’est le juste milieu. Ce ne sera plus un produit prohibé, il sera légal, mais ce sera bien encadré. Il n’y aura pas de promotion et on ne sera pas dans une logique de faire des profits à tout prix, on pourra contrôler la qualité et la quantité dans les produits, on peut s’assurer que les produits ne sont pas contaminés par d’autres substances et on pourra mettre en place des systèmes de repérage », explique Dre Généreux.

« C’est une approche pragmatique. Comme société, nous sommes maintenant dans le moins pire des scénarios », ajoute-t-elle.