Sophie Séguin, présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, affilié à la FIQ

Les employés épuisés, les syndicats en mode solutions

Les employés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS n’ont connu aucune pause cet été. Ils arrivent à l’automne épuisés, fatigués, débordés, tous secteurs confondus. Avec le déploiement graduel de leurs nouvelles conventions collectives locales, les syndicats sont en mode solution, une équipe à la fois, et espèrent que des changements à venir amélioreront graduellement la situation.

« L’été a été difficile partout, surtout dans les départements spécialisés comme la maternité, la néonatalogie et les centres d’hébergement, où les équipes sont petites. Donc chaque fois qu’il manque quelqu’un, les équipes sont constamment en train de se réorganiser », explique Sophie Séguin, présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, affilié à la FIQ (SPSCE-FIQ), qui représente les infirmières, les infirmières auxiliaires et les inhalothérapeutes du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Toutes les problématiques qu’on avait avant l’été sont encore là. Rien ne s’est amélioré », soutient Emmanuel Breton, directeur au conseil d’administration de l’APTS, le syndicat qui représente les techniciens et professionnels de la santé et des services sociaux du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

La problématique est particulièrement criante dans l’ancien centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) où l’APTS a fait une sortie, au début de l’été, pour dénoncer le temps supplémentaire obligatoire (TSO) et le climat de violence dans les résidences à assistance continue (RAC). « L’été au CRDI se résume à : congés refusés, TSO en grand nombre, pas beaucoup de suivis auprès des employés parce qu’il n’y a pas beaucoup de gestionnaires, qui sont eux-mêmes débordés », précise Emmanuel Breton.

À la direction de la protection de la jeunesse (DPJ), on a pu compter sur l’aide de retraités et sur des travailleuses enceintes en retraits préventifs pour tenter de faire fondre les listes d’attente. « Après la tragédie du 1er mai (NDLR Le décès d’une fillette de Granby connue de la DPJ), nous avons suggéré que les intervenantes aient des cellulaires ou des tablettes avec un accès internet pour pouvoir travailler quand elles sont en dehors du bureau. Par exemple, une intervenante doit passer à la cour à 9 h et, finalement, elle passe à 15 h. Entre les deux, si elle pouvait travailler sur ses dossiers avec une tablette ou un téléphone, ce serait un gain d’efficacité important », cite en exemple M. Breton.

La commande a finalement été passée par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS... la semaine dernière. « Pourquoi ç’a pris quatre mois? » s’interroge M. Breton.

Tant du côté du SPSCE-FIQ que de l’APTS, les nouvelles conventions collectives commencent à se mettre en place, petit à petit, ce qui laisse aux deux syndicats l’espoir que les choses changeront graduellement.

Emmanuel Breton, directeur au conseil d’administration de l’APTS

« On essaie des affaires »

Car tout n’est pas perdu, affirme Sophie Séguin, qui croit que l’application de la nouvelle convention collective du SPSCE-FIQ apportera ses gains dans un horizon un peu plus lointain, le temps que les ajustements se fassent.

« Nous sommes en mode solutions pour aider aux endroits où il y a le plus de difficultés, et l’employeur est dans le même mode avec nous », ajoute-t-elle.

Çà et là, des solutions sont mises en place.

« Dans certains départements comme la maternité, la néonatalogie et la pédiatrie, les équipes sont passées à des journées de 12 heures de travail. Ça soulage un peu les équipes, car il faut trouver deux personnes au lieu de trois pour faire un 24 heures, et ça permet aux employés de se libérer une journée pour récupérer », indique-t-elle en rappelant que cette proposition venait des membres eux-mêmes.

« On essaie des affaires ; on n’impose pas des projets ; on y va un centre d’activités à la fois. On est là-dedans actuellement », indique-t-elle.

L’APTS a été le dernier des quatre syndicats à signer une entente avec le CIUSSS de l’Estrie-CHUS. L’application de sa nouvelle convention collective est donc moins avancée.

Au niveau national, l’APTS amorce une campagne de sensibilisation au travail qui est effectué dans les centres jeunesse entre autres.

« Comme syndicat, nous avons dénoncé ce qui se passe à la protection de la jeunesse parce qu’il fallait le faire, parce qu’il fallait que des actions soient posées. Maintenant, dans notre vision, il faut revaloriser ces postes-là. C’est nécessaire ce qui se passe au centre jeunesse, c’est vital pour notre société et pour nos jeunes, et ça nous prend des gens qui accepteront d’y travailler », explique-t-il.