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Les intervenants sociaux du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ont dû donner des références aux usagers pour les aider en attendant qu’il reçoive des services, dont l’outil Allez mieux à ma façon, une brochure pour l’autosoin en santé mentale.
Les intervenants sociaux du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ont dû donner des références aux usagers pour les aider en attendant qu’il reçoive des services, dont l’outil Allez mieux à ma façon, une brochure pour l’autosoin en santé mentale.

Les délais se sont allongés en santé mentale

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
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Les délais d’attente se sont allongés pour obtenir des services en santé mentale au cours de la dernière année en Estrie. Il y avait un délai moyen de 13,6 jours pour accéder au guichet d’accès en santé mentale le 2 janvier 2020. Un an plus tard, après le déferlement de la pandémie sur le Québec, ce délai est passé à 19,6 jours, une augmentation de 44 %.

Idem du côté de l’accès moyen pour un premier service en psychiatrie adulte. Le délai d’attente pour obtenir un premier service est passé de 59 jours le 4 janvier 2020 à 74 jours à la même date en 2021, une augmentation de 25 %.

Chez les jeunes, la situation est demeurée stable mais toujours aussi problématique : il y avait 519 usagers en attente de services en première et en deuxième lignes le 7 novembre 2019, et presque le même nombre un an plus tard avec 575 usagers en attente.

Dans une chronique de Mickaël Bergeron parue récemment dans La Tribune, trois travailleuses sociales déploraient récemment ce qu’elles décrivaient comme un « stratagème pour vider les listes d’attente et améliorer les statistiques » en santé mentale. 

« Que ce soit présenté comme un appel de courtoise ou comme un appel d’évaluation rapide, les gens sur les listes d’attente sont appelés afin de vérifier, dit-on, comment vont ces personnes. Mais l’objectif n’est pas de donner un service, mais de vider la liste d’attente », déploraient-elles.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS explique qu’une directive concernant les appels téléphoniques aux usagers en attente de services a été émise par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) le 3 décembre pour tous les établissements de santé.

« La directive avait pour objectif de conduire un appel de courtoisie et, selon le jugement de l’intervenant effectuant l’appel, de référer l’usager au service approprié s’il y avait lieu. Cette directive était destinée à quelques directions cliniques de l’établissement, dont la Direction des programmes de santé mentale et dépendances et la Direction du programme jeunesse du CIUSSS de l’Estrie-CHUS », explique la porte-parole du CIUSSS de l’Estrie-CHUS Geneviève Lemay.

On peut lire dans la directive qu’il y avait plusieurs autres mesures à implanter, par exemple d’appeler tous les usagers, les personnes en attente de services et les personnes proches aidantes vulnérables; de valider l’état de la personne; de transmettre toute information opportune sur les outils de soutien disponibles.

Les intervenants devaient aussi repérer les besoins psychosociaux émergents dus au contexte pandémique et analyser le niveau de mise en priorité de la demande de service, s’il y a lieu, puis référer les usagers en détresse aux services répondant à leur besoin.

« Cet exercice a été conduit jusqu’au 23 décembre, et ce, dans l’ensemble de nos réseaux locaux de services (RLS). Lors de l’appel, l’intervenant avait pour mandat de procéder à une évaluation de la situation de l’usager selon les pratiques habituelles instaurées notamment dans nos guichets d’accès en santé mentale. Au besoin, de l’encadrement clinique a pu être offert pour outiller les intervenants responsables des appels », souligne Mme Lemay.

Autosoin

Au cours de ces appels, des références étaient offertes aux usagers, dont l’outil « Allez mieux à ma façon», une brochure pour l’autosoin en santé mentale.

« L’autosoin, c’est un running gag, estime une des travailleuses sociale interrogées plus tôt en janvier par La Tribune. C’est correct si la situation s’y prête, mais on nous demande de pousser pour que les gens acceptent. Comme ça, on les retire de la liste d’attente. Comme si la situation était réglée! Sauf qu’il n’y a pas de suivi avec ces personnes pour s’assurer que le guide était suffisant ou pour les accompagner dans le processus. Elles sont considérées comme "traitées".»

« Dans le cadre de ces appels, un accent supplémentaire était effectivement porté sur l’outil Allez mieux à ma façon. Cet outil peut contribuer au mieux-être par la mise en place d’actions concrètes et adaptées si la personne vit des difficultés liées au stress, à l’anxiété ou à la détresse » précise la porte-parole du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Toutefois, au sein de la Direction des programmes de santé mentale et dépendances, nous avons soutenu le message que cet outil ne peut remplacer les traitements conventionnels comme les rencontres individuelles ou de groupe avec un professionnel et ne peut donc s’y substituer pour répondre à la demande initiale », nuance Geneviève Lemay.

Les patients ne perdent donc pas leur place sur la liste d’attente s’ils acceptent de recevoir le document par courriel ou par la poste.

« Dans l’éventualité qu’un usager n’était pas rejoint par téléphone, une communication écrite lui était acheminée (…) avec différents documents inclus. Il était spécifié dans la lettre que cette communication n’aurait aucune incidence sur la demande initiale de service qui était maintenue en liste d’attente », assure-t-on du côté du CIUSSS.

4,5 % du budget en santé mentale

Le budget consacré annuellement aux programmes de santé mentale et dépendance au CIUSSS de l’Estrie-CHUS représente annuellement un peu moins de 4,5 % du budget, soit entre 52 millions en 2015-2016 et 63 millions $ en 2018-2019.

Mais l’argent ne représente pas le seul souci dans ce secteur d’activités.

« Il est essentiel de rappeler que l’aspect budgétaire n’est pas le principal défi en santé mentale! L’organisation des services et l’accessibilité à ceux-ci sont d’une très grande importance. Il faut repenser ,en collaboration avec nos partenaires dont ceux du milieu communautaire, comment l’ensemble des ressources doit se concerter et se mobiliser pour répondre aux besoins évolutifs des usagers en se rapprochant des endroits qu’ils fréquentent et de leurs milieux de vie », indique-t-on du côté du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.