Stéphane Vaillancourt, lui-même producteur de maïs et aussi président des Producteurs de grains de l’Estrie, affirme que la situation est difficile en ce moment dans les champs de maïs et de soya de la région.

Les cultures de maïs et de soya menacées par le gel

Les producteurs de maïs et de soya sont sur le qui-vive. Ils ont déjà dû se résoudre à ne pas semer sur 1000 des 17 000 hectares disponibles à la culture des céréales en raison d’un printemps anormalement pluvieux et de la fonde tardive de la neige. Mais voilà que les producteurs pourraient perdre une grande partie de leurs cultures si un gel au sol survient avant le début octobre sur le territoire estrien.

Un certain nombre de producteurs ont d’ailleurs eu déjà froid dans la nuit de jeudi à vendredi : la température a atteint le point de congélation dans certains secteurs de l’Estrie, notamment à Waterville, Stanstead, Saint-Edwidge et Saint-Malo. En agriculture, l’Estrie est reconnue comme une région où on retrouve de nombreux microclimats.

« Si le gel a endommagé les cultures, les plants vont commencer à vouloir mourir dans trois à sept jours. Il faut attendre, on en est là », déplore Stéphane Vaillancourt, lui-même producteur de maïs et aussi président des Producteurs de grains de l’Estrie.

« Dans les champs en ce moment, ce n’est pas reluisant », soupire-t-il.

À la Financière agricole de l’Estrie, aucun appel n’est rentré vendredi de la part d’agriculteurs voulant déposer un avis de dommages. « On sait qu’il y a eu du gel. Mais un gel à 0 degré, ce n’est pas encore la catastrophe. Ça prend souvent une température de -2 degrés pour avoir une gelée mortelle pour les plants », souligne Patrice Blais, directeur régional du bureau de Sherbrooke de la Financière agricole.

Plusieurs semaines de retard

« L’année est particulièrement difficile pour les producteurs des grandes cultures comme le maïs, le soya et le foin. Le printemps a été tellement pluvieux et les sols étaient tellement détrempés que nous avons semé beaucoup plus tard que d’habitude. Nous avons fait les semis avec un retard record de deux à trois semaines selon les régions. C’est un retard difficile à rattraper », explique Stéphane Vaillancourt.

L’été qui a suivi n’a pas aidé : le soleil s’est souvent fait discret derrière un couvert nuageux... Résultat, le manque d’ensoleillement a aussi causé du retard, une bonne semaine de plus qui s’est ajoutée au retard initial. Si la saison de la pomme est bonne, elle sera un peu plus tardive que d’habitude pour cette raison également.

« Même si les plants arrivent tous à maturité avant le premier gel, les plants seront probablement moins grands que par les années passées. Ce sera un manque à gagner qui s’ajoutera au 6 % des terres qui n’ont pas été semées au printemps », fait savoir Patrice Blais.


« Nous avons fait les semis avec un retard record de deux à trois semaines selon les régions. C’est un retard difficile à rattraper. »
Stéphane Vaillancourt, producteur

Si le réchauffement climatique est inquiétant, il pourrait toutefois jouer en faveur des producteurs de grains cette saison-ci. En effet, historiquement, c’est à la fin septembre qu’arrivaient les premiers gels importants dans la région. « Depuis quatre ou cinq ans, ça va plutôt vers la mi-octobre », précise Patrice Blais.

Résultat, les plants pourraient atteindre la maturité.

La situation actuelle a cependant peu d’effet sur la saison du maïs consommé par les humains, une variété appelée « le maïs sucré ». « Le maïs sucré a besoin de moins de jours pour se développer. Le coton monte à environ cinq pieds, contrairement au maïs pour les animaux qui peut monter à 14 pieds », nuance Stéphane Vaillancourt.

Il faut aussi préciser que les producteurs de l’Estrie cultivent peu de maïs sucré en raison des températures moyennes qui sont plus basses qu’ailleurs au Québec. La majorité des cultures sont destinées à nourrir les animaux de ferme.

Et quels seront les impacts si un gel survient et qu’une partie importante de la production de maïs et de soya meurt avant d’avoir atteint la maturité? « Le Québec devra importer des grains des États-Unis. Ça va coûter plus cher aux producteurs qui vont devoir assumer leurs pertes en plus de payer plus cher pour leur maïs et leur soya. Ils vont payer des deux bords », déplore le président des Producteurs de grains de l’Estrie.