« L’automne 2018, ça avait été compliqué, on avait fini tard. C’était exceptionnellement tard. Mais cette année, c’est pire que l’année dernière », commente Jean-François Ridel à propos de la récolte du maïs, qui est en retard de plusieurs semaines.

Les cultivateurs de maïs n'ont pas le moral

Avec un printemps tardif, un début d’été pluvieux et du gel en septembre, les agriculteurs de la région ne l’ont pas facile cette année. La récolte du maïs est en retard de trois semaines. Enfin, la neige et la glace des derniers jours compliquent les choses.

« L’automne 2018, ça avait été compliqué, on avait fini tard. C’était exceptionnellement tard. Mais cette année, c’est pire que l’année dernière », commente Jean-François Ridel, de la ferme Ridel à Saint-Césaire, qui est également vice-président du Syndicat de l’UPA de Rouville. « Ce sont des cours de yoga ou de zénitude dont on va avoir besoin, lance-t-il à la blague. Il y a des gens qui sont très très très moroses. »

La température donne des maux de tête aux agriculteurs de la région. En effet, il fait actuellement trop froid pour que la neige et la glace fondent, mais en même temps pas assez pour que la glace ne se transforme pas en neige collante lors de la récolte — elle reste alors collée au maïs, ce qui empêche la récolte.

Pour qu’il fasse assez froid et que la neige soit évacuée en même temps que les résidus, les agriculteurs ont été contraints de travailler durant la nuit de vendredi à samedi. Il faisait cependant trop chaud les nuits suivantes pour continuer.

De la colle

« C’est une nouvelle dynamique, on n’est pas habitué à ça. On a travaillé durant la nuit de vendredi à samedi, donc il y a plein de neige qui s’est retrouvée dans la machine », expose-t-il en montrant la moissonneuse-batteuse aux représentantes de La Voix de l’Est.

Il a fait un essai, samedi midi, profitant du moment le plus chaud de la journée, mais il restait encore de la glace et il a dû s’arrêter moins de cinq minutes plus tard pour ne pas abîmer la machinerie.

« Il y a une fenêtre entre - 6 et 2 degrés Celsius où ça ne va pas bien, explique M. Ridel. Quand le maïs rentre dans la machine, la pression de l’air augmente, ce qui fait augmenter la température de l’air. La glace devient de la slush et elle colle dans la machine. Puis, étant donné qu’on a eu une mauvaise saison, on se ramasse avec des grains de maïs qui sont plus fragiles. Les grains cassent et la farine qu’ils contiennent fait de la colle avec l’eau. »

Trop humide

Certaines entreprises agricoles n’ont pas commencé à récolter le maïs, qui entre dans la composition de la moulée des animaux de ferme, et quelques champs de soya sont toujours intouchés.

« C’est catastrophique d’avoir encore du soya dans le champ », affirme Christian St-Jacques, président de l’UPA de la Montérégie.

Si Jean-François Ridel a récolté tout son soya, seuls 20 % de ses grains de maïs ont déjà été récoltés. De plus, la qualité du grain est moins bonne en raison du gel hâtif de septembre.

Certains agriculteurs auront été visionnaires et auront planté un hybride qui arrive à maturité plus rapidement. Dans leur cas, la qualité est meilleure.

« Le gel a arrêté la saison de la végétation, reprend M. St-Jacques. Il a arrêté sa photosynthèse et il ne s’est pas rendu à maturité ce qui fait qu’il a un très haut taux d’humidité. »

« Étant donné qu’on a eu une mauvaise saison, on se ramasse avec des grains de maïs qui sont plus fragiles » explique Jean-François Ridel.

En temps normal, M. Ridel récolte du maïs avec 24 % d’humidité. Avec le séchoir, le taux d’humidité descend à 14 %. « Là, on part à 34 % d’eau. C’est deux fois plus d’eau à sortir. Ça prend deux fois plus de temps. »

La neige attendue entre lundi soir et mardi viendra compliquer encore plus les choses. Les plants de maïs, sous le poids de la neige, pourraient être plus difficiles à récolter et pourraient même casser.

Dans ces circonstances, la saison de la récolte pourrait se rendre jusqu’en janvier. Les agriculteurs devront s’armer de patience... et peut-être suivre des cours de yoga.