Le champ de maïs-grain d’André Bergeron, aux abords de Saint-François-Xavier-de-Brompton parle de lui-même en ce qui a trait aux dégâts de la sécheresse présentement vécue par les agriculteurs de la région et du reste de la province.
Le champ de maïs-grain d’André Bergeron, aux abords de Saint-François-Xavier-de-Brompton parle de lui-même en ce qui a trait aux dégâts de la sécheresse présentement vécue par les agriculteurs de la région et du reste de la province.

Les agriculteurs prient pour de l’eau

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Le maïs a cessé sa croissance, les tiges de blé sont restées courtes, le soya a pris deux à trois semaines de retard et le foin est récolté déjà presque séché : la situation est « assez catastrophique », résume le président des Producteurs de grains de l’Estrie, Stéphane Vaillancourt.

Alors qu’on prédit un mois de juillet chaud et sans grandes précipitations, la pluie et le temps plus frais se font désirer depuis un moment déjà dans les champs de la région. Même si les producteurs de l’Estrie se considèrent comme « chanceux » en comparaison aux régions avoisinantes, les cultivateurs de soya et de céréales prévoient tout de même devoir faire une croix sur 20 à 25 % de leurs champs cette année en raison des conditions météorologiques, tandis que les producteurs de maïs doutent de la qualité sur laquelle ils pourront compter, indique M. Vaillancourt.  

Le champ de maïs-grain d’André Bergeron, aux abords de Saint-François-Xavier-de-Brompton, parle de lui-même. « Les feuilles ont commencé à friser, on voit vraiment le manque d’eau, dit celui dont le maïs est destiné à la consommation animale. On va avoir une récolte, mais la question, c’est de savoir quelle sorte de récolte on va avoir. »

« Le maïs a facilement deux semaines de retard, explique Stéphane Vaillancourt. Il a déjà accumulé ses énergies et ses nutriments pour faire son épi, alors on sait que ce sera une année de bonne à médiocre. »

Dans la couronne de Sherbrooke, les champs n’ont reçu que quelques millimètres depuis les cinq ou six dernières semaines, rapporte ce dernier. Comme dans le reste de la région, la pluie annoncée pour mercredi par Environnement Canada pourrait ainsi être précieuse pour la survie de certaines cultures avant que n’arrivent les chaudes journées de jeudi et vendredi. 

Un secteur fait cependant miraculeusement exception, précise-t-il : la région de Coaticook a connu au moins 30 à 35 mm de pluie de plus que les autres secteurs de l’Estrie.

Le maïs sucré, qui aurait dû faire apparition sur les tablettes à l’heure actuelle, tarde légèrement lui aussi. Preuve que la situation est encore plus pénible chez nos voisins de la Montérégie, remarque M. Vaillancourt, puisque c’est de là que proviennent habituellement les premiers épis dégustés en Estrie. Là-bas comme ici, le rendement sera faible et le fruit moins goûteux, prédit-il. 

« Encore là, on peut se compter chanceux. En Montérégie et au Centre-du-Québec, on prévoit que ce sont 40 % des champs de céréales qui seront condamnés », ajoute-t-il.  

Foin et légumes en difficultés

François Bourassa, président de l’UPA-Estrie et producteur laitier, ajoute que les maraîchers qui n’ont pas de système d’irrigation sont aussi grandement touchés cette année. Déjà, la canicule suivie des deux jours de gel qui a inauguré la saison avait forcé quelques maraîchers à abandonner certaines cultures, notamment en Montérégie. 

« Le manque d’eau est généralisé, témoigne-t-il. S’il tombait déjà ce qu’on nous prévoit, on serait bien heureux, mais même lorsqu’on annonce des averses ou des orages, c’est très isolé et il tombe très peu d’eau. » 

De nombreux oignons ont notamment péri par manque d’eau, et la pomme de terre devrait présenter un rendement de bon à médiocre, précise M. Vaillancourt.

Même son de cloche pour le foin. « Je suis à faucher la deuxième coupe et c’est moins de 50 % d’un rendement normal, remarque M. Bourassa. Il faudra que les autres coupes viennent compenser celle-là, parce que sinon, il y a des producteurs qui vont avoir des problèmes d’approvisionnement en foin cet hiver, et on ne peut pas penser que c’est les autres régions qui vont nous fournir. Le foin sera très cher et très rare. Certains producteurs ont déjà commencé à acheter de la luzerne de l’Ouest canadien. Par contre, si l’eau est suffisante et que l’ensilage de maïs est en quantité normale, pour ceux qui en font, ça viendra compenser le manque de foin. »

Même s’il affirme que les étables sont bien ventilées, M. Bourassa indique aussi que la production laitière connaît actuellement une baisse. La prise de poids de la volaille et du porc est également moins importante. 

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Les températures pourraient dépasser les trente degrés jeudi et vendredi.

Juillet : le temps chaud n’a pas dit son dernier mot

Selon le météorologue d’Environnement Canada André Cantin, les premiers jours de juillet sont bien représentatifs de ce qui devrait attendre les habitants du sud-ouest du Québec dans les prochaines semaines : des températures au-delà des normales de saison.

« Habituellement, en juillet, ça varie entre 23 et 24 degrés Celsius, avance-t-il. Ce qu’on prévoit, ce sont plus des températures qui avoisineront les 27 ou 28 degrés, et parfois osciller autour du 30 degrés comme on pourra le voir jeudi et vendredi de cette semaine. De façon générale, on pourra s’attendre à ces températures durant tout le mois de juillet. » 

Les précipitations pourraient elles aussi sortir s’écarter de la moyenne. « C’est très variable et c’est difficile à prévoir pour le long terme, particulièrement l’été, mais ce que les modèles nous indiquent c’est que les précipitations seront près des normales ou sous les normales pour juillet, et s’inscriront donc dans la continuité des mois de mai et de juin, qui ont été très secs. Je ne vois pas de système de pluie bien organisé à l’horizon dans les prochains quinze jours. Sous forme d’averses ou d’orages, les précipitations pourraient être très variées d’un endroit à l’autre », renchérit le spécialiste.  

Si une partie de la province peut s’attendre à subir une autre canicule au cours des prochains jours, M. Cantin affirme que l’Estrie sera épargnée. Les températures pourraient dépasser les trente degrés jeudi et vendredi, mais « au cours de la fin de semaine, ça revient plus nuageux avec des averses. La canicule sera limitée aux régions de l’ouest du Québec, soit Montérégie, Montréal, Laurentides et jusqu’en Abitibi, même. »