Selon l’UPA de Coaticook, la spéculation sur les terres agricoles serait la principale cause des fulgurantes hausses de taxes foncières que subissent les producteurs ces dernières années dans plusieurs municipalités.

Les agriculteurs de Compton revendiquent un taux de taxation distinct

L’UPA de la région de Coaticook interpelle Québec et les municipalités afin de freiner les hausses vertigineuses du fardeau fiscal des agriculteurs au cours des dernières années.

Son président, Philipp Stirnimann, estime que si le gouvernement n’agit pas pour protéger les propriétaires agricoles contre la forte hausse de valeur de leurs terres due à la spéculation, les municipalités devront ajuster leurs taux de taxation pour alléger leur fardeau fiscal. 

Il n’existe que des options pour régler la taxation excessive des propriétaires agricoles, soutient M. Stirnimann. « On aimerait obtenir une solution provinciale à ce problème, ça se discute depuis plusieurs années. On espère que le nouveau gouvernement ira de l’avant avec cette réforme fiscale d’importance, mais on attend encore. Entre temps, seulement les municipalités peuvent mettre un taux de taxation différent aux propriétaires agricoles pour contrer cette hausse », explique-t-il. 

M. Stirnimann s’explique mal pourquoi Compton n’a pas ajusté ses taux cette année, comme l’ont fait Coaticook, Magog et Sherbrooke suite à l’adoption du nouveau rôle d’évaluation. 

« Il faut soit baisser le taux général ou instaurer un taux distinct pour les propriétés agricoles, estime-t-il. Ils ont gardé les mêmes taux et la valeur des terres a explosé, donc les producteurs se retrouvent avec des comptes de taxes de 30 à 50 % plus élevés en l’espace d’un an seulement. Ça ne peut pas marcher. De plus en plus de municipalités optent pour le taux distinct, il y en a déjà au-dessus d’une cinquantaine au Québec qui l’ont fait. »

La pérennité en danger

Plusieurs facteurs expliquent la hausse fulgurante de la valeur des terres agricoles dans la région de Coaticook. Certes, les terres cultivables sont parmi les meilleures en province, mais le phénomène de la spéculation joue aussi un rôle majeur, selon Philipp Stirnimann. 

« Le fait que les terres agricoles prennent de la valeur ne se traduit pas en une hausse du chiffre d’affaires d’un producteur, surtout au cours des premières années. Si la valeur d’une propriété agricole augmente de 20 % en une année, le producteur ne sera pas capable d’augmenter sa production de 20 % pour combler cette hausse, qui se reflète sur son compte de taxes. Le producteur ne veut pas vendre sa terre, il veut continuer de l’exploiter. Ça menace la pérennité familiale de l’industrie et l’accès à la relève. »

« Le phénomène de la spéculation du prix des terres est mondial, ça fait plus de 40 ans qu’on l’observe en Europe, poursuit-il. Les gouvernements se basent sur la valeur spéculative des terres au lieu de leur valeur agronomique. Or, cette dernière est environ 60 % plus basse que la valeur spéculative. Si on ne fait rien, ça va frapper encore plus fort lorsque du prochain rôle d’évaluation. Les municipalités doivent ajuster le taux de taxation d’abord et ensuite, idéalement, le gouvernement provincial devrait agir. »