Le sport, dont le basketball, fait la différence dans la vie de nombreux jeunes hébergés au Centre de réadaptation de Val-du-Lac.

Le sport pour changer la vie des enfants de la DPJ

Joël (prénom fictif), 15 ans, habite à Val-du-Lac depuis deux ans. Sa réadaptation aurait pu être difficile. Voire pénible. Elle aurait pu s’étirer jusqu’à ses 18 ans. Mais ce n’est pas le cas. C’est au gymnase du centre de réadaptation Val-du-Lac de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) que Joël a trouvé de quoi s’amuser, se détendre, se défouler, dépenser son énergie : il a découvert le basketball.

« On peut penser que c’est dur d’être ici, d’être en réadaptation. Mais ici, il y a un gymnase juste à côté. Sérieux, il y a bien des jeunes qui aimeraient ça avoir un gym aussi proche! Moi j’ai pu me pratiquer en masse et je suis devenu pas mal bon », se réjouit Joël.

« Bientôt je vais pouvoir aller dans une famille d’accueil. J’ai hâte. Mais quand je vais partir d’ici, je pense quand même que ça va me manquer d’avoir ce gym juste à côté », ajoute-t-il après réflexion.

Joël fait partie de ces jeunes pour qui la découverte d’un sport a eu un effet bénéfique marquant sur sa réadaptation. C’est dans le but d’allumer encore plus d’étincelles de la sorte que le centre de réadaptation en protection de la jeunesse de Val-du-Lac organise, dès lundi, une collecte d’équipements sportifs usagés afin de pouvoir renouveler des équipements qui s’usent vite et pour lesquels les budgets ne sont pas toujours au sommet des priorités (voir autre texte).

Des exemples comme celui de Joël, il y en a plein à Val-du-Lac. Si bien que les éducateurs et gestionnaires s’inquiètent quand le stock de patins, de luges, de ballons en bon état ou de vélos se réduit de façon alarmante.

« Quand les jeunes arrivent ici, souvent ils ne veulent absolument rien savoir de faire du sport. Au début, on doit les forcer. Mais ils finissent par y prendre goût et ç’a fait une différence chez de nombreux jeunes », assure Sylvain Duguay, éducateur spécialisé à Val-du-Lac.

Comme éducateur, il utilise beaucoup le sport dans ses méthodes d’intervention auprès des enfants pour les aider à cheminer. Mais pourquoi? Le sport sert plusieurs objectifs. « Les enfants qui vivent ici ont beaucoup d’agressivité et de colère. Avec le sport, ils apprennent à bien exprimer leur agressivité sans tomber dans la violence. Le fait de s’épuiser dans un sport permet aussi aux jeunes de s’épuiser de façon positive. Ça les valorise aussi beaucoup », énumère, entre autres, Sylvain Duguay.

D’entrée de jeu, il raconte l’histoire de François (prénom fictif) que le sportif éducateur a dû forcer à aller dans les buts lors d’une partie de hockey. « On cherchait des jeunes pour être gardien de but et on leur promettait une liqueur en échange d’une partie dans les buts. François aimait bien la liqueur, c’est juste pour ça qu’il a accepté de jouer avec nous la première fois. Mais il a trippé finalement. »

« L’été passé, il s’est inscrit dans une ligue en ville. Socialement, c’était un gros défi. Il ne connaissait personne, il n’avait aucune idée du calibre des joueurs à l’extérieur de Val-du-Lac. Mais il a aimé ça, il a bien performé, il a joué tout l’été! Il nous a quittés récemment pour aller dans une famille d’accueil et il a l’intention de s’inscrire dans une ligue proche de sa nouvelle maison pour pouvoir s’intégrer plus facilement dans son nouveau milieu », ajoute Sylvain Duguay avec fierté.

Et il y a aussi Alexandre (prénom fictif). Ce jeune homme adorait le vélo de montagne. Son éducateur lui avait promis de l’amener faire du vélo de montagne. Mais il y avait un hic : Alexandre ne cessait de fuguer.

« Un bon jour, je lui ai dit que s’il tenait deux semaines avec nous, sans fuguer, nous pourrions faire sa sortie. Et on l’a fait. À Noël, il m’a écrit une carte en me remerciant d’avoir toujours cru en lui. Il a quitté Val-du-Lac parce qu’il a atteint ses objectifs. J’aime penser que cette sortie en vélo de montagne a été un déclic pour lui dans sa réadaptation », se réjouit Sylvain Duguay.

Sylvain Duguay, éducateur spécialisé à Val-du-Lac, utilise le sport pour aider les jeunes à atteindre plusieurs de leurs objectifs thérapeutiques.

À la recherche d’articles de sport

L’organisation du Phœnix organise une grande collecte d’articles de sport usagés qui pourront servir à la centaine de jeunes hébergés au Centre jeunesse de Val-du-Lac. Les citoyens pourront venir déposer leurs pièces d’équipement du 5 au 11 février au Palais des sports Léopold-Drolet ou directement lors du match du Phœnix du 11 février. En échange du don, les 100 premiers donateurs auront droit à un billet gratuit pour le match du Phœnix du 14 février au Palais des sports.

Est-ce que certaines pièces d’équipements sont plus recherchées que d’autres? Certes, les équipements de hockey, en particulier pour les gardiens de but, coûtent cher et sont difficiles à remplacer lorsqu’ils brisent. Les bâtons se cassent vite également. Les patins, bien qu’ils soient utilisés le plus longtemps possible, finissent aussi par devenir pratiquement inutilisables.

Mais ce n’est pas tout. Raquettes de tennis, luges, basketball, vélo, nommez-les tous, tous les équipements pourront être utilisés d’une façon ou d’une autre dans les activités qui seront organisées à Val-du-Lac au cours des prochains mois. « Notre objectif est aussi de favoriser la découverte d’activités sportives, alors on ne se limite à rien. Nous pourrons nous servir de tout », assure Karine Godbout, chef de service en réadaptation à Val-du-Lac.

« L’idée pour nous, c’est d’initier les jeunes au plus de sports possible. La majorité des enfants hébergés à Val-du-Lac ont des multidiagnostics et 85 % ont des troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité, ce qui fait que leur besoin de bouger est important et que c’est primordial qu’on réussisse à les faire bouger », dit-elle.