Selon John Ofrias, un New-Yorkais qui réside la moitié de l’année à Sutton, la Belle Province est de loin la mieux placée pour se sortir de la crise.

Le Québec en meilleure posture que les États-Unis

John « Jean » Ofrias est bien placé pour constater les réalités différentes que vivent le Québec et les États-Unis pendant la pandémie de la COVID-19. Selon ce New-Yorkais qui réside la moitié de l’année à Sutton, la Belle Province est de loin la mieux placée pour se sortir de la crise. Néanmoins, prévient-il, « les gens doivent être préparés au pire ».

Au cours du dernier mois et demi, celui qui se définit comme un « Amériquébécois » avait partagé son temps entre sa résidence secondaire de Sutton et son domicile de Long Island, situé à 45 minutes de la ville de New York, considérée comme l’épicentre de la crise aux États-Unis. Selon les autorités, près de la moitié de tous les cas d’infection recensés au pays se trouve dans cette métropole qui compte 8,6 millions d’habitants. Cela représentait 5 % de tous les cas de la planète.

« Je suis très préoccupé par mes amis et ma famille ici à New York qui sont en grand danger en raison de problèmes d’âge ou de santé et je suis également très préoccupé par un certain nombre d’amis à Sutton », confie-t-il.

M. Ofrias est retourné définitivement dans son pays d’origine à la fin de la semaine dernière pour se confiner auprès des siens jusqu’à la fin de la pandémie. « Très peu de gens étaient sur la route, là où je m’arrête normalement pour prendre un café ou du gaz, a-t-il constaté. C’était comme si j’étais dans un film de science-fiction. »

« Un cauchemar se profile »

Les hôpitaux new-yorkais sont bondés ; ils ne « seront probablement pas en mesure de servir les patients désespérés la semaine prochaine. Un cauchemar se profile à l’horizon », prédit M. Ofrias.

« Les gens ont très peur, poursuit-il. C’est la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale que les Américains se trouvent dans une situation où nous devons être totalement unis et déterminés à nous entraider. Le problème est que le pays est plus divisé qu’il ne l’a été depuis les années 1860 [pendant la guerre de Sécession]. »

Il y a quelques jours, M. Ofrias est passé devant un magasin d’armes à feu. Pas moins de trente-trois hommes faisaient la file pour acheter armes et munition, faisant fi des mesures de distanciation sociale requises actuellement.

L’Amériquébécois dit constater de très grandes différences dans la gestion de la crise entre ses deux « maisons », ce qui peut expliquer qu’au Québec, la crise semble beaucoup moins grave qu’aux États-Unis. « Quelqu’un comme [le président américain Donald] Trump ne pouvait pas être élu premier ministre du Québec ou maire de Granby. Quelle différence entre la façon dont [le premier ministre du Québec François] Legault et [le premier ministre canadien Justin] Trudeau se comportent en tant que leaders et la façon dont Trump agit ! lance le psychologue et enseignant, qui croit le président américain atteint d’un trouble de la personnalité narcissique. Il n’a pas de conscience et il ne connaît pas la différence entre le bien et le mal. »

Cette différence est visible lors des points de presse quotidiens des dirigeants, alors que M. Legault s’adresse aux Québécois « comme un grand-père à sa famille » quand M. Trump, qui souhaite être réélu dans quelques mois, « a parlé comme un psychopathe à un journaliste ».

« L’administration Trump continue de ne rien faire sauf parler de la grandeur de l’administration Trump », déplore M. Ofrias.

D’ailleurs, bon nombre de citoyens continuent de se rassembler et de mener une vie normale. « Tout le monde est censé s’isoler, mais essayez de dire ça aux gens qui croient en Trump plus qu’ils ne croient en la science, lâche l’Américain. De nombreuses personnes agissent comme si ce n’était pas une crise, mais un canular, comme Trump l’a dit il y a quelques semaines à peine. »

Pas encore de guerre civile

De l’autre côté du spectre, une panique s’est installée au sein de la population new-yorkaise. Comme ici, nombreux sont ceux qui ont commencé à faire des réserves de nourriture et de papier hygiénique.

Il y a quelques jours, M. Ofrias est passé devant un magasin d’armes à feu. Pas moins de trente-trois hommes faisaient la file pour acheter armes et munition. « Ils ne pratiquaient pas la distanciation sociale, mais le magasin n’autorisait que cinq clients à la fois à l’intérieur du magasin, raconte-t-il. Pendant que j’étais là-bas, un employé est sorti pour dire aux hommes présents dans la ligne que les seules armes qu’il leur restait coûteraient au moins 1800 $ US (2600 CAD). Personne n’est sorti de la ligne. »

Cette situation démontre l’importance des armes dans l’identité américaine, croit le professeur de sciences sociales. « Les hommes américains achètent des armes à feu en grande partie parce que cela fait partie de leur identité en tant qu’hommes. Ils croient que les vrais hommes brandissent des drapeaux et des fusils », explique-t-il.

Il ne faut donc pas craindre une guerre civile pour l’instant, bien que, selon John Jean Ofrias, « Trump encouragera beaucoup plus de violence pour se sauver lui-même ».