Hugues Grimard

Le président de Récup-Estrie claque la porte

Hugues Grimard démissionne de la présidence de Récup Estrie. « Après plusieurs années à titre d’administrateur et deux ou trois ans à titre de président, je suis tanné du tiraillement politique depuis un an. C’est une régie. C’est plein de partenaires et lorsqu’un partenaire veut tirer plus d’un bord que d’un autre, c’est dérangeant », affirme M. Grimard.

Ce partenaire, c’est Sherbrooke. « Il y a des décisions que je ne peux pas mettre en place parce qu’ils sont toujours récalcitrants. On n’a jamais la bonne façon de faire. On n’a jamais la même vision. Depuis quelques années, malgré la crise mondiale, Récup Estrie a été capable de gérer efficacement et de façon transparente les activités de recyclage en Estrie. Une régie se doit d’être une régie, où chacun a un seul vote. »

C’est une demande de la Ville de Sherbrooke de récupérer sa part du surplus accumulé pour verser des ristournes à la municipalité qui a fait déborder le vase. « Pour que la gestion du bac vert soit plus rentable, nous avions mis dans le budget un investissement de 2 M$ pour améliorer nos équipements. La Ville de Sherbrooke ne veut pas faire d’immobilisation et veut qu’on ristourne les surplus.

« C’est impensable de faire ça. On est dans une crise nationale. Il faut garder nos liquidités. La solidité financière de Récup Estrie est là. Il ne faut pas la fragiliser pour pouvoir couvrir les dépenses d’autres organisations. [...] Quand on est partenaire de quelque chose, on ne peut pas toujours avoir le monopole des décisions. »

Au conseil municipal lundi soir, les élus sherbrookois ont confirmé la position de Sherbrooke, qui espère obtenir l’appui des deux tiers des municipalités membres pour revoir le budget 2019 de la régie. Sherbrooke récupérerait ainsi 1 M$.

Le surplus accumulé de Récup Estrie est de 3,3 M$. L’an dernier, la Ville de Sherbrooke avait récupéré environ 50 % des 1,5 M$ en surplus. Pour 2019, le coût des activités demeure de 7 $ par porte, un montant qui n’a pas augmenté depuis 2010.

Selon M. Grimard, la Ville doit confirmer d’ici la fin de 2018 son intention de poursuivre ou non avec la Régie après 2020. « Si la Ville de Sherbrooke ne continue pas avec nous, en bons gestionnaires, nous n’investirons pas dans de nouveaux équipements. Mais il ne faut pas dilapider les fonds avant de prendre une décision d’investissement. »

Avard l'ignorait

Le conseiller sherbrookois Pierre Avard, vice-président de Récup Estrie, ignorait que Sherbrooke avait formulé cette demande et a été placé devant le fait accompli. « Pour la première phase des discussions, j’ai été complètement écarté. Le maire a fait des démarches directement auprès de M. Grimard. Au C.A., l’investissement dans les équipements était conditionnel à une approbation de la Ville de Sherbrooke. Je n’étais même pas invité quand la décision s’est prise à Sherbrooke. L’exécutif ratisse large. »

M. Avard admet avoir eu un malaise avec le déroulement du dossier. « Je m’entendais bien avec M. Grimard. Je suis le seul représentant de Sherbrooke au C.A. et j’ai 5 votes, contre un pour chacune des autres MRC. »

Si le conseiller municipal se dit personnellement mal à l’aise avec la position de la Ville de Sherbrooke, il se fait néanmoins le porte-parole de ses collègues quand vient le temps de voter.

Pierre Avard devient-il de facto président de Récup Estrie? Pourrait-il assumer ce rôle alors que le maire Steve Lussier l’a contourné dans une décision passée? « Je n’ai pas fait de réflexion par rapport à ça. »

Il rappelle par ailleurs que le coût du transport des matières vers Bury, pendant la crise du recyclage, avait explosé. « Ça prenait une heure et quart de plus pour se rendre là-bas. Il faudra y penser si on veut se tourner complètement vers Valoris. »

Le maire Steve Lussier reproche pour sa part à M. Grimard de démissionner alors que l’industrie est en crise. « On ne fait pas ça. Aller réinvestir pendant une crise, ce n’est pas le temps. Il faut se faire un plan de travail pour commencer. On peut se servir de l’expérience qu’on a chez Valoris. »

La décision n’est pas prise à savoir si Sherbrooke demeurera membre de la régie après 2020.

Hugues Grimard croit que si Récup Estrie ferme, les MRC qui ne sont pas déjà membres de Valoris ne se tourneront pas vers Valoris pour traiter leurs déchets.