Le propriétaire du Musi-Café de Lac-Mégantic, Yannick Gagné, jongle encore avec des scénarios de réouverture rentables pour son resto-bar.
Le propriétaire du Musi-Café de Lac-Mégantic, Yannick Gagné, jongle encore avec des scénarios de réouverture rentables pour son resto-bar.

Le Musi-Café de Lac-Mégantic retarde sa réouverture

Le propriétaire du Musi-Café de Lac-Mégantic a la ferme intention de rouvrir les portes de son mythique resto-bar cet été, mais il soupèse encore les risques et hésite à annoncer une date.

En attendant, il a proposé vendredi soir un spectacle virtuel en direct du resto-bar de la rue Papineau, pour les nostalgiques et les amateurs de Fête nationale.

« C’est sûr que c’est un autre coup dur [la pandémie]. Ça fait plusieurs années que je suis en affaires et si j’y vais avec mon analyse, je préfère attendre avant de rouvrir. Je veux être certain de mon coup parce que je n’ai pas le droit à l’erreur », explique Yannick Gagné en entrevue avec La Tribune.

« Je vais rouvrir, ajoute-t-il, mais je ne sais pas quand. Ce ne sera pas avant le début juillet et au pire à la mi-juillet. »

On l’a dit et répété depuis que les restaurants ont été autorisés à rouvrir au Québec le 15 juin, les directives de la santé publique font peser de lourdes charges sur la rentabilité de ce type de commerce.

Or le Musi-Café est touché sur ses trois volets d’activités que sont la restauration, le bar et les spectacles. Yannick Gagné déplore que le gouvernement n’ait rien prévu pour soutenir cette industrie. 

« Avoir un commerce en restauration, c’est de gros investissements, dit-il. Si on rouvre en catastrophe et que les règlements et la distanciation physique nous obligent à couper plus de la moitié des places, il faut être certain de pouvoir rentabiliser l’affaire. Il y a les employés à payer. Il y a le même roulement, mais avec moins de revenus. Si on ouvre juste pour ouvrir et que ça me coûte plus cher que de rester fermé, ça va être la fin. Il faut que je choisisse le bon moment. »

Originalement situé sur la rue Frontenac, le Musi-Café, faut-il le rappeler, avait été détruit dans la tragédie ferroviaire de 2013. Il a rouvert dans un bâtiment neuf un an et demi plus tard, sur la rue Papineau. 

Yannick Gagné a ensuite mis son commerce en vente en 2018, au prix de 2,5 millions $, pour lui permettre de réorienter sa carrière. Dans la jeune quarantaine et père de quatre enfants, il souhaitait – et souhaite encore — se consacrer au volet spectacles du Musi-Café et laisser à d’autres la gestion des employés et de la cuisine.

« Il y a des gens qui ont montré de l’intérêt, assure-t-il, mais les visites ont été annulées ce printemps [à cause de la COVID]. »

Yannick Gagné se donne encore quelques jours pour déterminer la suite des choses. Il regarde avec attention comment se déroule la première semaine de réouverture des restos, surveille les directives de la santé publique qui évoluent de jour en jour et rencontrera ses employés la semaine prochaine pour voir qui est encore disponible et préparer son plan de match. 

Comment a-t-il vécu le confinement? « Je m’en suis bien sorti. J’ai fait comme après la tragédie, raconte-t-il, je me suis garroché dans le travail et je me suis tenu occupé. J’ai fait du sept jours sur sept à bûcher dans le bois et à faire des rénovations et de la maintenance au Musi-Café. Le restaurant est comme neuf! »

C’est ce qui explique, d’ailleurs, que les fenêtres du commerce soient encore placardées ces jours-ci, rassure-t-il. « On va avoir des petites surprises quand on va rouvrir, les gens vont aimer ça. »

En attendant, Yannick Gagné a organisé un spectacle virtuel en direct, vendredi soir, avec le duo Steff et Kriss, des chansonniers très appréciés de sa clientèle, en se promettant d'en organiser d'autres d'ici la réouverture du resto-bar si les spectateurs sont au rendez-vous. 

«Ce ne sera pas comme être dans une salle de spectacle, mais au moins les gens vont reconnaître le décor du Musi-Café. Les nostalgiques devraient apprécier!»

« Ça fait 18 ans que j’ai ouvert le Musi-Café, j’en ai vécu des crises. […] Je pourrais écrire un livre, blague-t-il. Je m’en suis toujours sorti, reprend-il plus sérieusement, mais là le pari est élevé. »