Manon Alarie est enseignante à l’école primaire du Parchemin Côté Couvent d’East Angus.

Le cri du cœur d’une enseignante

Peut-on se pencher sur les vrais problèmes dans le monde scolaire plutôt que de s’attarder à des détails? C’est en substance le message lancé par une enseignante au primaire, lasse de la lourdeur de certaines façons de faire dans le milieu de l’éducation et du manque de ressources. « Le bien de l’enfant, ce n’est pas toujours considéré. »

Manon Alarie est enseignante depuis 21 ans. Elle enseigne à l’école primaire du Parchemin (Côté Couvent) à East Angus.

La goutte qui a fait déborder le vase? Une remarque d’un intervenant sur la présence de plantes vertes dans sa classe, qui pourrait nuire à la qualité de l’air. L’intervenant lui a fait ce commentaire alors que des travaux sont menés dans l’établissement en raison de questionnements concernant la qualité de l’air. L’employé connaît son travail, souligne l’enseignante. L’exemple peut cependant illustrer à quel point l’arbre peut cacher la forêt. Une classe est beaucoup plus qu’un simple local, c’est un milieu de vie, souligne-t-elle. L’anecdote lui rappelle le démantèlement des mezzanines à la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) : parce qu’elles ne cadraient pas avec la réglementation, elles ont été démantelées. Pourtant, l’initiative visait à favoriser la lecture chez les enfants.

« Et si c’était toutes ces petites choses qui, au bout du compte, peuvent faire la différence quand on parle de contrer le décrochage scolaire? » s’interroge Mme Alarie.

« Ce sont tous ces petits détails des enseignants qui ne sont pas vus ou pas considérés qui font en sorte qu’au bout de la ligne on tient le fort et les affaires à bout de bras, parce qu’il y a des choses dans nos classes sur lesquelles on n’a pas de pouvoir : des services qui ne sont pas donnés, des suivis qui sont difficiles à faire. On a ces petits aspects-là qui permettent aux enfants d’être bien, qui nous permettent nous aussi d’être bien, mais ce n’est pas considéré. On nous demande d’augmenter nos statistiques, que les enfants réussissent, qu’ils aient 2 % de plus en lecture (...) Souvent, ça vient de l’extérieur. Nos directions d’école sont avec nous sur le terrain à 100 %, elles sont dans le même bain que nous, et toutes les directions avec lesquelles j’ai travaillé, elles voulaient le mieux pour les enfants. Mais il arrive toujours des directives qui viennent d’on ne sait où par des gens qui ne connaissent pas le milieu, et c’est démobilisant à un moment donné. Ça va faire 21 ans que j’enseigne, et je ne peux pas dire que ça s’améliore... »  

Rares sont les enseignants qui osent prendre la parole publiquement : Manon Alarie a transmis une lettre à La Tribune, publiée dans la section Opinions.

« Si j’écris tout ça aujourd’hui, c’est que je suis un peu (beaucoup) à boutte qu’on niaise avec des détails insignifiants au lieu de s’occuper des vrais problèmes dans nos écoles vétustes. Est-ce qu’on peut s’occuper des calorifères pleins de poussières, des tuyaux qui coulent dans les murs et les plafonds depuis des années, du nombre d’heures insuffisant pour les concierges et les vestiaires pas assez grands pour le nombre d’élèves, puis me sacrer patience avec mes huit plantes? » lance-t-elle.

Adorant ses élèves, l’enseignante en a surtout contre les incongruités du système qui rendent la tâche des enseignants plus difficile ou encore, celles de leur direction. Elles sont nombreuses : des enveloppes budgétaires fermées, qui ne leur permettent pas de prendre des sommes pour certains besoins spécifiques. Des plans d’action contre l’intimidation, devenue une priorité il y a quelques années, accompagnés d’une tonne de redditions de comptes : « On a souvent des choses parachutées dans nos écoles. On imposait à nos directions des formulaires impossibles (...) Nos directions d’école, c’est fou ce qu’on leur demande. »