Le contrôle des coûts des chantiers routiers dans le collimateur

SHERBROOKE — Trois ans après la fin des travaux de la Commission Charbonneau, le travail de contrôle des coûts des chantiers routiers serait dans le collimateur, selon le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ).

Le SFPQ dénonce l’éventuelle abolition des tâches octroyées à des travailleurs de la voirie du ministère des Transports du Québec (MTQ) qui contrôlent l’exactitude des quantités de matériaux utilisés et facturés sur les chantiers routiers.

La décision de la direction territoriale de l’Estrie de mettre fin à la dernière équipe de pointeurs du Québec sera effective l’an prochain, déplore  Frédérick Dagenais, président régional du SFPQ.

« La direction régionale doit revenir sur sa décision. Le contrôle des matériaux doit continuer d’être exercé par un ouvrier du MTQ et non par le privé. Si un camion d’asphalte livre trop de chargement, c’est à un ouvrier responsable du pointage de contrôler le chargement et le retourner au fournisseur», dit-il.

«Comment s’assurer qu’il n’y a pas d’accointances si le pointage est fait par des personnes intéressées, motivées par le profit ? »

Le syndicat a organisé une manifestation devant les bureaux sherbrookois du MTQ, sur la rue Belvédère Nord à midi.

C’est le 25 novembre 2015 que la Commission sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction a terminé ses travaux. «Mais on oublie ce qui a été dit», ajoute M. Dagenais.

«On nous dit que la tâche sera faite par des techniciens de chantier. Mais ils sont déjà débordés. Ce qui va arriver? On va confier le travail à la sous-traitance comme pour d’autres tâches. Je n’ai rien contre la sous-traitance. On nous dit que ça ne sera pas la même firme qui va faire la surveillance et les travaux. Mais il y a un risque évident.»

C’est en ajoutant des pointeurs qu’on va faire des économies, mentionne encore M. Dagenais. «Ils sont nos yeux sur le terrain», lance-t-il.

En préférant confier à des tiers la réalisation des travaux plutôt que d’en assurer l’exécution, le MTQ s’est rendu captif de ses fournisseurs tout en accélérant la perte d’expertise interne. Pour contrer efficacement ce phénomène, le SFPQ recommande d’attaquer le problème à sa source même, soit en réalisant à l’interne les activités récurrentes de Transport Québec.  

«La solution passe par l’expertise pour la réalisation des travaux du MTQ et l’arrêt de sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs, résume Frédérick Dagenais. Les pointeurs étaient 12 000 au Québec dans les années 80. Ils ne sont que 4000 aujourd’hui.»

«Plusieurs études ont démontré qu’il est systématiquement plus cher d’avoir recours à la sous-traitance pour des activités qui reviennent chaque année sur nos routes. S’il souhaite diminuer la gestion des contrats, reprendre le contrôle sur ses projets d’infrastructure et freiner l’hémorragie des coûts, le MTQ devra non seulement maintenir les postes, mais embaucher plus d’ouvriers et de techniciens.»