Le projet de ligne d’interconnexion des Appalaches-Maine est l’un des plus importants projets d’exportation d’électricité de l’histoire d’Hydro-Québec.
Le projet de ligne d’interconnexion des Appalaches-Maine est l’un des plus importants projets d’exportation d’électricité de l’histoire d’Hydro-Québec.

Le BAPE lance ses travaux sur la ligne des Appalaches-Maine

Les préoccupations de la Ville de Thetford Mines pour son secteur résidentiel de Black Lake ont occupé une partie des discussions mardi à l’ouverture des audiences publiques en environnement sur le projet de ligne d’interconnexion des Appalaches-Maine d’Hydro-Québec.

Le maire Marc-Alexandre Brousseau a demandé au président de la commission, Michel Germain, si les impacts du tracé sur les humains ne devraient pas primer sur les autres impacts du projet. 

Pour tenir compte de ces réserves, a répondu un porte-parole d’Hydro-Québec, Nicolas Tremblay, plusieurs rencontres ont eu lieu avec la Ville de Thetford Mines et une variante du tracé a même été soumise à la consultation de 650 citoyens du 25 mai au 30 juin dernier, mais ne s’est pas avérée plus acceptable, selon les critères de la société d’État.

Cette étude dont les résultats ont d’ailleurs été déposés en même temps que commençaient les travaux du BAPE, mardi, conclut que pour considérer la variante proposée, cela nécessiterait des analyses techniques et environnementales supplémentaires, ce qui a fait dire au maire Brousseau qu’Hydro-Québec était probablement trop avancée dans le processus pour réviser son tracé. 

Le projet des Appalaches-Maine, rappelons-le, consiste à construire une ligne à courant continu de 320 kilovolts sur une distance de 103 kilomètres pour acheminer jusqu’à 1200 MW d’hydroélectricité en Nouvelle-Angleterre. La ligne partirait du poste des Appalaches, situé à Saint-Adrien-d’Irlande près de Thetford Mines, pour rejoindre un point d’interconnexion situé à l’est de la ZEC Louise-Gosford dans la municipalité de Frontenac près de Lac-Mégantic.

La première portion de 79 kilomètres du tracé, jusqu’à la municipalité de Nantes, longe des lignes existantes et s’en éloigne sur 5 kilomètres à peine à la hauteur de Thetford Mines. 

La deuxième portion de 24 kilomètres pour rejoindre la frontière canado-américaine nécessite l’aménagement d’une nouvelle emprise sur les territoires de Nantes, Sainte-Cécile-de-Whitton et Frontenac, mais évite le territoire de la ville de Lac-Mégantic.

Les travaux de la commission d’enquête du BAPE sur le projet débutaient mardi avec la phase d’information. Pandémie oblige, les travaux se sont déroulés en vidéoconférence devant un parterre d’experts d’Hydro-Québec et de plusieurs ministères du gouvernement québécois sous la présidence de Michel Germain, assisté du commissaire Scott McKay.

Durant plus de trois heures, on pouvait voir que de 15 à 20 personnes suivaient la discussion et une demi-douzaine de citoyens ont posé des questions.

D’autres préoccupations 

Un citoyen de Frontenac, Dave Perreault, a entre autres demandé pourquoi dans son secteur Hydro-Québec n’avait pas plutôt privilégié un tracé longeant la route 161 et ultimement l’emprise de la future voie de contournement ferroviaire. 

Le même porte-parole d’Hydro-Québec a expliqué qu’un tracé ferroviaire ne répondait pas aux mêmes impératifs qu’un tracé de ligne électrique et qu’advenant qu’on veuille jumeler les deux ouvrages, il faudrait beaucoup plus de pylônes pour soutenir la ligne électrique et une emprise encore plus large.

Un autre citoyen, Alexandre Richard, a longuement questionné l’impact de ce projet d’exportation sur le plan de production à long terme de la société d’État dans le contexte où la demande d’électricité est grandissante dans la province avec les incitatifs pour l’électrification des transports et la production agricole en serre.

D’autres préoccupations ont été exprimées, entre autres sur les compensations prévues étant donné que le tracé entre dans le parc de Frontenac sur une distance de 590 mètres, sur la possibilité d’enfouir la ligne dans les municipalités les plus urbanisées qui sont visées par le tracé et sur la résistance des équipements au givre et au grésil.

Au moins deux autres séances d’informations sont prévues à 13h30 et à 19h, mercredi, et le président Germain n’exclut pas de poursuivre l’exercice jeudi.

Évalué à 603 millions $, le projet de ligne d’interconnexion des Appalaches-Maine est l’un des plus importants projets d’exportation d’électricité de l’histoire d’Hydro-Québec.

La deuxième partie des travaux du BAPE s’amorcera le mardi 18 août, alors que la commission recueillera l’opinion et les suggestions du public. 

Au terme de l’enquête, la commission devra remettre son rapport au ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charrette, au plus tard le 19 novembre. Ce dernier disposera de 15 jours pour en dévoiler le contenu.

Selon l’échéancier déposé, Hydro-Québec espère obtenir les autorisations gouvernementales à l’automne, entreprendre le déboisement et la construction à l’hiver 2021 et effectuer la mise en service à l’automne 2022.

Tout comme dans le cas du défunt projet Northern Pass, qui devait passer par le New Hampshire, l’actuel projet fait toutefois face à une vive opposition dans l’État du Maine. Un référendum sur le projet se tiendra dans cet État lors des élections américaines du 3 novembre prochain.