Le bac noir en cure minceur

Alors que la Chine annonçait en octobre la fermeture de ses frontières à l’achat de matières recyclables en provenance des centres de tri des autres pays, le Québec compte faire de cette crise potentielle une occasion de mieux faire. Parmi les lignes directrices émises par Recyc-Québec et Éco Entreprises Québec, on compte celle de la recherche de débouchés locaux pour stimuler l’économie circulaire. Une vision avec laquelle les acteurs estriens sont bien d’accord.

Selon Recyc-Québec, un véritable travail de concertation est nécessaire devant la situation. « Tous les acteurs de la chaîne de valeur des matières résiduelles devront être sollicités. Les citoyens au niveau du tri initial, les municipalités au niveau du contrôle de qualité des matières triées et pour le service de collecte offert aux citoyens et les centres de tri, les conditionneurs, les recycleurs et le gouvernement, au niveau des mesures appliquées afin de faire changer les comportements », explique Sophie Langlois-Blouin, directrice des opérations chez Recyc-Québec.

Spécifiquement pour les municipalités, elle souligne qu’elles pourraient sensibiliser et informer leurs citoyens sur les habitudes à adopter pour améliorer le tri de leurs matières. Il faut aussi travailler de concert avec les centres de tri pour appliquer des critères de qualité pour les matières récupérées.

À ce sujet, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) suit le dossier de près et demeure en contact constant avec Recyc-Québec, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques et Éco Entreprises Québec quant aux actions mises en œuvre.

Un signe de progrès

Le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI) souligne que la fermeture des frontières de la Chine n’est pas un cas isolé, elle qui avait notamment restreint ses critères de qualité il y a quelques années.

« C’est un signe que l’industrie gagne en maturité. Les entreprises doivent s’adapter à cette réalité. De plus en plus, elles doivent être performantes pour répondre aux meilleurs standards. Elles doivent se mécaniser et investir dans des technologies de pointe. Plus que jamais, elles doivent innover et le Ministère est là pour les supporter », explique François Gonthier-Gignac, expert en gestion des matières résiduelles et économie circulaire à la direction de l’économie verte et de la logistique du MESI.

« Dans le comté de Richmond, aucune entreprise ne m’a contactée, mais au niveau régional, il y a des intérêts. À ce moment-là, on peut les référer au MESI pour les démarches à suivre », explique la députée de Richmond, Karine Vallières. « Il faut saisir l’opportunité pour être davantage proactif, regarder les propositions et ce qui est faisable à court terme, car c’est maintenant que ça se passe », poursuit-elle.

« Agir localement »

Parmi les bonnes pratiques, François Gonthier-Gignac souligne l’initiative du Créneau Accord sur les bio-industries environnementales ainsi que le Centre d’excellence en valorisation des matières résiduelles.

« On parle d’agir localement, mais pas dans une optique de protectionnisme. Au contraire, c’est très prudent de diversifier les marchés et l’avantage de se tourner vers des partenaires locaux, c’est qu’on connait les personnes, on peut développer des ententes plus solides », estime-t-il.

Défi Polyteck est notamment une entreprise sherbrookoise qui se démarque en termes de récupération et de revalorisation. L’entreprise spécialisée en production et en sous-traitance industrielles est d’ailleurs l’une des premières en région à avoir lancé au printemps dernier une plateforme de développement d’économie circulaire.

« On est comme un château fort, une plateforme de démonstration. On veut dire aux gens comment collaborer, comment c’est possible de garder nos ressources chez nous », explique Pierre Morency, directeur développement stratégique et environnement chez Défi Polyteck.
Pour lui, il est toujours possible pour les entreprises d’en faire plus, de revoir leurs pratiques. Mieux trier, mieux évaluer les débouchés possibles, voilà ce qu’il faut faire. Et c’est faisable.

« Par exemple, Défi Polyteck prépare un projet où on produira 100 tonnes de résidus par année, mais qui seront transformés. On réduit 70 % des coûts de production en plus de générer des revenus. Donc, au lieu de payer pour les déchets, on fait des profits, on se rend plus compétitif sur les marchés et on génère de la richesse ici », avance M. Morency.