À certains endroits, des boulons sont retrouvés sur la voie ferrée.
À certains endroits, des boulons sont retrouvés sur la voie ferrée.

L’augmentation de la vitesse des trains du Canadien Pacifique suscite des inquiétudes

Lilia Gaulin
Lilia Gaulin
La Tribune
Le porte-parole de la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire à Lac-Mégantic, Robert Bellefleur, se dit inquiet à la suite de l’annonce du Canadien Pacifique (CP) qui fera passer la vitesse maximale à 64km/h sur les voies du Chemin de fer du Centre du Maine et du Québec.

Cette modification sera effectuée à la suite de la modernisation des infrastructures et de l’amélioration de la sécurité du réseau ferroviaire. La sécurité des citoyens ne serait pas remise en jeu selon le CP. 

« En plus d’améliorer la fluidité de la circulation routière et ferroviaire, cette modification de la vitesse maximale sur les voies générera une capacité supplémentaire pour le transport par trains des marchandises vers les marchés », peut-on lire par voie de communiqué. 

Robert Bellefleur remet en cause cette affirmation. Il estime que l’entreprise priorise davantage le rendement que la sécurité. « On a fait des vérifications sur la voie ferrée récemment à partir de la frontière américaine jusqu’à Sherbrooke. Nous avons constaté que des réparations ont été faites. Ils ont posé de nombreux travers de bois pour renforcir le bois. Sauf que l’espacement est variable selon les endroits et ça semble provoquer un déséquilibre dans la portance. On remarque qu’au passage des trains, les rails s’enfoncent. Les clous se déclouent à plusieurs endroits. »

« J’ai consulté un inspecteur indépendant. On m’a dit que c’était une réparation sécuritaire, mais non complétée. Ils ont travaillé en surface et non en profondeur », ajoute-t-il.

Robert Bellefleur dit avoir déjà constaté que les trains allaient à 64km/h, et ce, malgré le fait que les réparations ne soient pas complétées. « Vers la fin du mois d’août et le début du mois de septembre, j’étais en direction de Sherbrooke. Dans le secteur de Nantes, la voie ferrée est parallèle à la route. J’allais à 65km/h et j’allais à la même vitesse que le train. Ils ont donc déjà commencé à accélérer dans certaines sections. »

Soulignons que la vitesse maximale sur la voie traversant Lac-Mégantic demeure à 16km/h.

Une jonction de rails à Nantes près de Lac-Mégantic où les clous sortent de leur orifice.

La compagnie soutient qu’elle respecte les règles établies par Transport Canada. « Le CP a affiché au cours de chacune des 14 dernières années le plus faible taux d’accidents ferroviaires parmi les chemins de fer de classe 1 en Amérique du Nord. Transports Canada régit rigoureusement la vitesse maximale permise des trains au Canada. Le CP respecte ou dépasse les règlements et les normes de sécurité de Transports Canada. »

M. Bellefleur a fait un signalement à Transport Canada, au ministre des Transports, François Bonnardel, aux députés et aux maires de la région par rapport à l’état des rails la semaine dernière. « Je n’ai pas eu de réponses. Toutefois, le lendemain matin, en traversant la voie ferrée près de chez moi, il y avait deux inspecteurs de Transport Canada sur place. Ils ont tenté de me rassurer. »

Le travail de modernisation est loin d’être terminé selon M. Bellefleur. « J’ai rencontré des travailleurs et ils m’ont dit qu’il restait environ de deux à trois ans de travail avant d’obtenir une voie vraiment sécuritaire. J’ai vu des rails dans le coin de Scotstown qui sont à la limite », raconte-t-il.