Malgré ses 88 ans, Roger Nicolet demeurait actif sur le plan professionnel. Ses proches ont été « choqués et troublés » par son décès, a confié son fils Alain.

L'ancien préfet Roger Nicolet s'éteint

La région de Memphrémagog a perdu un de ses plus illustres représentants avec le décès samedi de Roger Nicolet, ancien maire d’Austin et préfet de la MRC de Memphrémagog pendant deux décennies. De nombreux intervenants régionaux saluent sa grande intelligence et son dévouement.

Il est indéniable que M. Nicolet a apporté une importante contribution en Estrie. Mais il a par surcroît imprimé sa marque sur la scène provinciale, notamment en présidant l’Ordre des ingénieurs du Québec et en pilotant différentes commissions, dont celles sur les inondations au Saguenay en 1996 et la tempête de verglas de 1998. Et c’est sans compter qu’il a rayonné à travers la planète comme ingénieur.

« Son décès signifie qu’on a perdu un grand homme, lance d’emblée l’actuel préfet de la MRC de Memphrémagog, Jacques Demers. C’était une personne marquante, dans une classe à part... Il s’agissait d’un être d’exception. »

Voilà pourquoi la MRC de Memphrémagog tentera d’identifier une façon pour honorer la mémoire de Roger Nicolet. « Il y a des gens qui sont vraiment touchés aujourd’hui et on les laisse vivre ça. Dans les prochains jours et semaines, par contre, on réfléchira à comment on honore sa mémoire », indique M. Demers.

Après son retrait en tant que préfet en 2009, la MRC avait voulu organiser une activité afin de saluer son travail. Toutefois, il ne s’était jamais rendu disponible pour une telle activité. « Il était tellement humble. » 

Fait quelque peu cocasse, le préfet actuel de la MRC de Memphrémagog occupe, en parallèle de ses fonctions à la MRC, le poste de président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), une fonction qu’a déjà remplie M. Nicolet. La FQM ne désire pas être en reste et songe elle aussi à ce qu’elle pourrait faire pour souligner de façon durable l’apport de ce géant.

Pour sa part directeur général de la MRC de Memphrémagog, Guy Jauron a collaboré étroitement avec M. Nicolet à l’époque où ce dernier agissait à titre de préfet. Il garde un excellent souvenir de cette période.

« Je pense que je ne l’ai jamais vu de mauvaise humeur. C’était un homme qui était toujours courtois, positif et d’une humeur égale. C’était quelqu’un d’une qualité exceptionnelle qui se concentrait d’abord et avant tout sur les résultats. Il était exigeant et faisait preuve d’une grande rigueur, mais il savait reconnaître les efforts des gens. Il a joué un rôle très significatif dans ma carrière », révèle M. Jauron.

Le directeur général de la MRC de Memphrémagog ajoute que Roger Nicolet a structuré la MRC et lui a insufflé du dynamisme. « Il lui a donné une erre d’aller qui, des années plus tard, n’est pas encore disparue. Notre côté avant-gardiste nous vient de lui. Il a tracé la voie à ses successeurs », affirme-t-il.

À Austin

« Il a amené une contribution extraordinaire à notre municipalité, principalement durant ses premiers mandats comme maire, reconnaît quant à elle Lisette Maillé, qui a succédé à M. Nicolet à la mairie d’Austin. C’est avec lui qu’on a commencé à faire les choses selon les règles de l’art dans différents domaines. Sur le plan financier entre autres, il s’arrangeait pour que ça fonctionne très bien. »

Ex-député d’Orford, Robert Benoit a lui aussi bien connu le disparu puisqu’il était son voisin à Austin. « Ça a été un bon voisin. Et je retiendrai de lui qu’il a été impliqué dans tellement de secteurs d’activité différents. Il aura été un grand homme public et un des grands ingénieurs de notre époque », estime-t-il.

Roger Nicolet a effectué ses études universitaires à l’École polytechnique fédérale de Zurich, en Suisse, puis à l’École polytechnique de Montréal. À titre d’ingénieur, il a notamment été responsable des projets suivants : la Place Bonaventure à Montréal, la Tour du CN à Toronto, la pyramide du Musée du Louvre à Paris ainsi que le centre de commerce mondial de Beyrouth.

Bien qu’il demeurait actif sur le plan professionnel, il était tout de même âgé de 88 ans. Il avait semble-t-il eu des ennuis de santé récemment, mais ses proches ont été surpris par sa mort.

« On est tous choqués et troublés par son décès. Oui, il avait un certain âge, mais on ne s’attendait pas à ça », a d’ailleurs confié à La Tribune son fils Alain, qui travaillait avec son père depuis des années au sein d’une firme d’ingénieurs réputée à Montréal.

+

Lucien Bouchard

Lucien Bouchard salue la mémoire d’un ami

Les éloges envers Roger Nicolet ne proviennent pas que d’intervenants de la région de l’Estrie. L’ancien premier ministre Lucien Bouchard a d’ailleurs lui-même pris quelques minutes de son précieux temps, lundi en fin de journée, pour rappeler La Tribune et dire tout le bien qu’il pense de l’ingénieur émérite.

« Je le considérais beaucoup. C’était un grand ingénieur, reconnu pour ses connaissances dans le domaine des structures. On pouvait se fier à lui », a d’abord confié M. Bouchard.

Dans la foulée, l’ancien premier ministre a ajouté que Roger Nicolet était un « homme éminent et humaniste. Il était très dévoué pour sa communauté, ce que son engagement en politique municipale a démontré. Je me souviendrai aussi de son honnêteté intellectuelle et de son intégrité. »

Lucien Bouchard a connu M. Nicolet à l’époque de la commission Bélanger-Campeau. Les deux hommes appartenaient à l’époque à un groupe qui avait été baptisé les « non-alignés ». Claude Béland et Gérald Larose, pour ne nommer que ceux-là, en faisaient également partie.

« Notre groupe se dégageait parce qu’il n’était associé ni aux stratégies souverainistes du Parti québécois ni à l’option fédéraliste. On était plus libre. On tenait des réunions officielles, mais on se voyait aussi lors de rencontres un peu champêtres avec nos conjointes et nos enfants chez des membres du groupe. On avait créé des liens d’amitié ensemble », se remémore l’ancien premier ministre.

Quelques années plus tard, Roger Nicolet était devenu le président de la commission créée pour étudier les inondations historiques survenues au Saguenay en 1996. « C’est un rapport qui fait encore autorité », note M. Bouchard, qui était alors chef de l’État québécois.