Lac-Mégantic : rien pour empêcher que l'histoire se répète

Convaincu que le pays n’est pas à l’abri d’un autre Lac-Mégantic, malgré toutes les promesses et tous les engagements, l’auteur Bruce Campbell profite de la parution en français de son « Enquête sur la catastrophe de Lac-Mégantic — Quand les pouvoirs publics déraillent » pour réclamer à nouveau une commission d’enquête publique sur cette catastrophe sans précédent.

« La tragédie est aggravée par le fait regrettable (...) que le gouvernement n’a pas encore pris les mesures adéquates pour empêcher que l’histoire se répète », écrit-il en conclusion de son ouvrage de 250 pages qui compile plusieurs années de recherche et de nombreux témoignages. « Il ne faut pas oublier Lac-Mégantic », martèle-t-il.

M. Campbell était directeur général du Centre canadien de politiques alternatives lorsque la tragédie s’est produite en 2013. Habitué à analyser les politiques et les réglementations, il a été outré de constater que le gouvernement comme l’industrie rejetaient toute responsabilité dans cette affaire et pointaient plutôt le chauffeur de la locomotive Tom Harding.

Bruce Campbell  était directeur général du Centre canadien de politiques alternatives lorsque la tragédie de Lac-Mégantic s’est produite en 2013. Habitué à analyser les politiques et les réglementations, il a été outré de constater que le gouvernement comme l’industrie rejetaient toute responsabilité dans cette affaire et pointaient plutôt le chauffeur de la locomotive Tom Harding.

S’en est suivie une longue quête pour comprendre. Comprendre comment les entreprises ferroviaires et pétrolières en sont arrivées à opérer selon leurs propres règles, comment Transports Canada et le gouvernement fédéral ont failli à protéger le public, comment on se retrouve six ans plus tard à déplorer les mêmes lacunes, alors que le BST a signalé une hausse de 25 % des accidents impliquant des trains transportant des marchandises dangereuses de 2016 à 2018.

« Il y avait beaucoup de questions sans réponses dans le rapport du BST (Bureau de la sécurité des transports), déplore notamment Bruce Campbell en entrevue avec La Tribune. Or j’ai obtenu une copie du rapport préliminaire de l’équipe d’investigation et il y avait dans ce rapport six causes reliées au fait de rouler avec un seul membre d’équipage, qui ont été effacées comme cause dans le rapport final. Des sources m’ont dit qu’il y avait eu des pressions sur cette question-là même si Kathy Fox [la présidente du BST] m’a affirmé le contraire. Il y a eu beaucoup de controverse sur qui a donné cette permission et quelle est la nature du lobbying qui a agi. » 

L’auteur dresse également le portrait d’un gouvernement qui était « obsédé par l’idée de faire du Canada une superpuissance pétrolière ». 

« La plus grande partie du bitume de l’Alberta est transportée [par train] vers les États-Unis et le volume est rendu à un niveau record parce que la construction de pipeline est stoppée. J’ai entendu le premier ministre [Justin Trudeau] dire plusieurs fois que le pipeline Trans Mountain était important parce que le transport du pétrole par train était dangereux. Pour moi, c’est une triste dichotomie d’entendre un gouvernement dire ça parce que c’est leur obligation primaire de s’assurer que le transport du pétrole, qu’il soit par train, par pipeline, ou par bateau, soit sécuritaire. C’est leur obligation primordiale de protéger le public. »

En lien étroit avec la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic, Bruce Campbell voit d’un bon œil la voie de contournement ferroviaire que Québec et Ottawa ont annoncé pour 2022. « C’est un pas important pour la reconstruction du centre-ville, mais ce ne sera pas la fin de l’histoire », nuance-t-il. 

Une commission d’enquête publique pourrait toutefois permettre d’obtenir enfin des réponses aux nombreuses questions qui subsistent, puisqu’elle aurait le pouvoir d’obliger les acteurs de l’industrie et du gouvernement à témoigner, plaide-t-il, en rappelant que l’Assemblée nationale a réclamé unanimement une telle procédure, peu de temps après que les trois ex-employés de l’ancienne Montreal Maine & Atlantic Railway eurent été reconnus non coupables de négligence criminelle causant la mort. 

« Ce ne sont pas juste les libéraux et M. Garneau qui ne voulaient pas [d’une commission d’enquête], insiste M. Campbell. Les conservateurs sous Harper aussi. D’autres catastrophes moins graves que celle-là ont eu des réponses. S’il y a une raison véritable pour cette sorte d’enquête que sont les commissions d’enquête publique, c’est bien Lac-Mégantic. Parfois ça prend du temps. Je me souviens que dans le cas de l’attentat à la bombe d’Air India, ç’a pris presque 25 ans pour l’avoir. J’espère que ça ne prendra pas autant de temps pour Lac-Mégantic. Il y a beaucoup de gens qui sont déterminés à l’obtenir. »

L’ouvrage de M. Campbell est d’abord paru en anglais en octobre 2018. Le porte-parole de la Coalition Robert Bellefleur signe la préface de la version française.

Son lancement à Lac-Mégantic a été pris en charge par la nouvelle Fondation sécurité ferroviaire Lac-Mégantic qui en fait sa première activité-bénéfice. L’événement aura lieu samedi, à 15 h 30, au Musi-Café de la promenade Papineau. 

M. Campbell sera également présent au Salon du livre de l’Estrie, dimanche de 12 h à 14 h, pour une séance de dédicace.