Jean-Luc Beauchemin

Lac artificiel Desmarais: des barrages à céder à St-Denis

La compagnie Vallée Indienne Développement, qui a créé le lac artificiel Desmarais et développé les terrains qui se trouvent autour, est en cours de dissolution. Pour pouvoir fermer ses livres, elle doit toutefois trouver un acquéreur pour ses deux barrages qui retiennent le lac.

Des discussions sont en cours à ce propos avec la municipalité de Saint-Denis-de-Brompton. « La raison pour laquelle on veut les acquérir, c’est – comme on dit toujours – pour agir en bon père de famille, pour en faire une bonne gestion. [...] S’il y a à faire des rénovations, la Ville a le pouvoir de prélever des taxes et de s’assurer de garder un contrôle sécuritaire, et peut assumer la responsabilité avec des assurances et tout », explique le maire de l’endroit, Jean-Luc Beauchemin.

Il est effectivement important que l’entretien de ces barrages soit pris au sérieux. Si ceux-ci venaient à céder, le lac se viderait complètement, et une bonne partie de son eau coulerait vers les lac Brompton et Petit lac Brompton, inondant au passage certaines propriétés.

M. Beauchemin explique que la municipalité ne prendra pas de décision dans ce dossier avant quelques mois, puisqu’elle est toujours en attente d’avis d’ingénieurs du Centre d’expertise hydrique du Québec. « Il faut que l’on connaisse les risques, ainsi que le nombre de vérifications à faire chaque année, par exemple. On attend les résultats avant de faire l’acquisition et d’autoriser des constructions », ajoute-t-il.

Compensations suffisantes?

La municipalité recevra évidemment de Vallée Indienne des compensations financières pour la prise en charge des barrages, histoire de financer l’entretien à venir. Des terrains lui seront également cédés.

Or, certains citoyens, qui déplorent le manque de transparence de la Municipalité dans le dossier, aimeraient avoir davantage d’informations à ce propos, redoutant que les compensations obtenues soient insuffisantes.

Qui plus est, dans le cas d’une acquisition, des actes notariés signés entre Vallée Indienne et la compagnie de développement immobilier Estrie Aluminium lieraient la municipalité à cette dernière, qui développe des terrains dans le secteur du lac Desmarais. Il est à noter que le premier actionnaire de ces deux compagnies est la même personne, Michel Pronovost.

L’un des actes notariés cède à Estrie Aluminium le terrain qui donne accès à l’un des deux barrages. Si la Ville va de l’avant avec l’acquisition, elle devrait donc demander une servitude de passage à Estrie Aluminium pour aller entretenir son barrage.

« Pourquoi la Municipalité accepterait de prendre le barrage sans qu’on lui donne le terrain qui va avec? C’est comme si elle dégageait la compagnie de sa responsabilité, mais qu’elle prenait le trouble », soulève Sylvie Marchand, qui réside dans le secteur et qui suit le dossier de près. « Ma vision personnelle, c’est que ce n’est pas une bonne idée de renoncer aux terrains qui se situent proche du barrage. »

Tout comme elle, d’autres citoyens se posent plusieurs questions par rapport au dossier. Ils se demandent notamment à combien s’élèveraient les coûts de la reprise des barrages, les avantages que la ville en retirerait, ainsi que les raisons qui avaient fait échopper les précédentes négociations, puisque la Ville avait essayé par le passé de faire l’acquisition des barrages.

Ils s’interrogent également sur une demande de dérogation visant à rendre constructible le lot cédé à Estrie Aluminium, qui donne accès au barrage, et qui est situé au 445, chemin Desmarais.

Ces citoyens aimeraient que la Ville fasse annuler les actes notariés, mais surtout, que des consultations publiques soient entreprises.

La municipalité confiante

Pour le maire, le fait que Vallée Indienne laisse des ententes à Estrie Aluminium (et le fait que le même homme soit l’actionnaire principal des deux compagnies) ne change rien pour la Municipalité. « On essaie d’avoir des fonds de [Vallée Indienne] pour faire les réparations du barrage. Mais sinon, les transactions qu’ils font, ça ne nous regarde pas, tant qu’on a les garanties du ministère que tout est correct », dit M. Beauchemin.

Même chose pour d’éventuelles nouvelles constructions près du lac Desmarais, sur les terrains qui appartiennent à Estrie Aluminium. « C’est à eux les terrains. S’ils ont l’intention de construire, si le gouvernement ne les empêche pas, on ne le fera pas non plus. Ça ne nuit pas à la ville, ça ne nuit pas au barrage… il n’y a pas de raison de les empêcher sauf si c’est dangereux, et ça, c’est le ministère qui va nous le dire. »

À savoir si des consultations sur le sujet sont prévues, la directrice générale de laVille, Liane Boisvert, a indiqué dans une communication destinée aux résidents à la fin de l’année 2017 que le conseil n’était pas tenu d’en organiser une. « On n’aura pas besoin d’emprunter pour financer la réfection ni de taxer le secteur pour l’entretien à venir. Compte tenu du coût peu élevé pour réaliser les travaux, la compensation à recevoir de Vallée Indienne sera combinée aux sommes réservées à cet effet dans le cadre du plan global environnemental. C’est toute la population qui contribue à ce fonds, via la taxe foncière générale », peut-on lire.

L’une des actionnaires d’Estrie Aluminium, Carole Tardif, est aussi conseillère municipale à Saint-Denis-de-Brompton, et se retire durant les séances qui touchent à ces négociations, souligne Mme Boisvert dans la lettre.