L’abbé Steve Lemay animera la prière qui précédera et qui clora la marche commémorative des cinq ans de la tragédie de Lac-Mégantic.

L’abbé Steve Lemay revient sur la tragédie

L’abbé Steve Lemay viendra clore une douloureuse, mais éclairante boucle jeudi à Lac-Mégantic, lors des activités de commémoration qui marqueront les cinq ans de la tragédie. Celui qui a vécu les événements de près et qui a présidé la majorité des funérailles des victimes s’y replonge véritablement pour la première fois depuis son séjour de ressourcement de deux ans à Rome.

« Je n’avais pas eu le temps de vivre mon propre deuil, de cette ville que j’aime, mais aussi au sujet de mon impuissance face à tout ça. Je sentais que c’était nécessaire », confie-t-il, aujourd’hui serein.

À travers la tragédie, il dit avoir été témoin d’une incroyable solidarité. « On m’a souvent demandé si les événements m’avaient fait perdre la foi. Au contraire, elle est demeurée vivante grâce aux gestes que j’ai vus être posés. Tous les membres de la communauté se sont tournés les uns vers les autres, debout et fiers. Il y a certainement quelque chose de divin là-dedans ».

Après que l’abbé Lemay ait accompagné la communauté dans cette dure épreuve, Mgr Luc Cyr, l’archevêque de Sherbrooke, lui a proposé quelques mois de repos à Rome.

« Pendant que j’étais là-bas, il m’a appelé et il m’a dit que ce serait bien si je m’accordais plus de temps, j’étais d’accord et je suis resté deux ans de plus pour y faire une licence en théologie morale. »

Après cette longue méditation, il se montre bien heureux de retisser des liens humains. « Quand on sort d’une période aussi intense que celle que j’ai vécue à Lac-Mégantic, c’est tout un réajustement du point de vue personnel de se retrouver aux études. On ne constate plus l’impact qu’on a auprès des gens. »

Le prêtre est actuellement curé pour les paroisses Sainte-Marguerite-Bourgeoys et Bien Heureuse Marie à Sherbrooke, mais il n’écarte pas la possibilité de retourner à Lac-Mégantic si l’occasion se présente. « Il y a une partie de moi là-bas. »

« C’est une clientèle un peu plus anonyme ici, mais le cœur humain est le même partout. Quand on aime l’humanité, peu importe où on se trouve, on y trouve son compte », assure-t-il.

« Comme retourner à la maison familiale »

Jeudi soir, le 5 juillet, il animera le temps de prière qui précédera et qui conclura la marche silencieuse commémorative.

« On a choisi un thème d’espoir, c’est très important. Ce sera la “ marche des porteurs de lumière ” et tout le monde aura un accessoire lumineux en main. Je veux souligner le fait qu’on a eu la grâce d’être des présences lumineuses les uns pour les autres, dans des périodes plus ténébreuses. »

Son message à la communauté endeuillée : « On cherche souvent des pousses d’espérance à l’extérieur de nous. Très souvent, les solutions, elles partent de nous. Je les sens capables, parce que je les ai vus le faire. Lorsque l’on se tourne vers l’intérieur et que l’on constate l’amour qu’il y a, on est en mesure de le porter dans le monde », partage-t-il.


«  Je n’avais pas eu le temps de vivre mon propre deuil, de cette ville que j’aime, mais aussi au sujet de mon impuissance face à tout ça.  »
L’abbé Steve Lemay

Il insiste sur le fait qu’il sera présent grâce à l’équipe de bénévoles qui l’a assisté dès les premiers jours ayant suivi le tragique incendie.

« Les premières semaines, l’église était ouverte jour et nuit grâce à eux. Cinq ans après, ce sont ces mêmes personnes, toujours impliquées, qui rendent ces activités possibles. Je trouve cela très admirable. »

Le départ se fera dès 21 h 30 devant l’église Sainte-Agnès. La marche se rendra au cimetière, au monument de l’ange où une liturgie de la parole permettra aux participants d’exprimer leur respect et leur affection envers les disparus.