L’équipe de la laiterie La Pinte, à Ayer’s Cliff, a pris des mesures pour ne pas manquer de bouteilles de verre consignées.
L’équipe de la laiterie La Pinte, à Ayer’s Cliff, a pris des mesures pour ne pas manquer de bouteilles de verre consignées.

La Pinte ne veut pas manquer de bouteilles

La situation actuelle complique les choses pour l’équipe de la laiterie La Pinte à Ayer’s Cliff. On prend des mesures pour ne pas manquer… de pintes, leur fameuse bouteille de verre consignée.

« Les priorités ont changé avec la pandémie. En effet, la priorité actuelle est d’éviter les risques de propagation du coronavirus. De plus, le personnel des chaînes d’alimentation est mis à rude épreuve et doit redoubler d’efforts afin de suffire à la croissance fulgurante de la demande », commente le copropriétaire de l’entreprise, Pascal Valade, en évitant de se plaindre de qui que ce soit.

« La Pinte a donc demandé la participation de tous les marchands propriétaires de la région afin de définir et mettre en place une procédure leur permettant de reprendre les bouteilles de La Pinte, et ce, en éliminant les risques de propagation et en limitant la charge de travail du personnel en épicerie. »

On a convenu d’une marche à suivre avec les épiciers qui reprendront dorénavant les bouteilles. Les caisses rouges de La Pinte sont situées à la courtoisie dans un des paniers réservés à cet effet. Le client est invité à y déposer lui-même ses bouteilles. On lui demande que les bouteilles soient lavées et retournées sans bouchon. Le livreur de l’entreprise récupérera lui-même les caisses à la courtoisie. La consigne sera remboursée à la courtoisie seulement en respectant la nouvelle procédure de remboursement en magasin, explique-t-on.

« L’idée derrière la consigne de 2 $ était de mettre un montant suffisamment élevé pour que les consommateurs aient un réel intérêt à rapporter leur bouteille, mais pas trop élevé pour ne pas que ça cause un frein à la consommation », note Pascal Valade.

« Pour l’entreprise, il est primordial que les bouteilles puissent être retournées en magasin. Ainsi, nous sommes en mesure de poursuivre nos activités d’embouteillage tout au long de la crise sans craindre de manquer de bouteilles. »

Presque quatre ans après la fondation de la laiterie, c’est environ 80 pour cent des bouteilles qui sont retournés à La Pinte toutes les semaines, calcule M. Valade. Ces bouteilles sont lavées et assainies plus d’une trentaine de fois. Rendues en fin de vie, elles sont ensuite envoyées dans une entreprise de la Rive-Sud de Montréal qui les recycle à 100 %.

« Difficile de faire mieux en termes d’économie circulaire. En ces temps de changement climatique et de grands bouleversements, chaque petite action compte », dit-il.

« La Pinte se veut une laiterie locale, à échelle humaine, qui met en valeur le lait des producteurs laitiers des Cantons-de-l’Est. C’était une idée audacieuse à la base de mettre en valeur du lait, une commodité aux yeux de bien de gens, mais importante dans le quotidien de bien des consommateurs. »

Dès le lancement de La Pinte en mai 2016, les consommateurs ont été au rendez-vous, assure-t-il.

« La bouteille de verre consignée y est aussi pour quelque chose dans la belle évolution de l’entreprise. Cette bouteille nous rappelle une époque pas si lointaine où tout était plus simple. Ce retour en arrière nous permet d’apprécier ce qui se faisait de mieux dans le bon temps », déclare-t-il encore.

Forcés de jeter du lait

Pendant ce temps, la Fédération des producteurs de lait du Québec explique le contexte dans lequel ses membres se trouvent. Rappelons que des producteurs ont été forcés de jeter du lait. Il y a beaucoup de pression sur les chaînes d’approvisionnement alimentaire ces dernières semaines, commente son président, Bruno Letendre.

« Les habitudes de consommation sont dures à prévoir et dépendent de décisions gouvernementales qui changent de jour en jour. À la mi-mars, les consommateurs se sont précipités pour faire des stocks face à la pandémie. Les rayons de produits laitiers se sont vidés en un temps record à l’épicerie. Nous avons même ajouté une journée additionnelle en mars pour répondre rapidement à cette croissance de la demande », explique-t-il dans un communiqué de presse.

« À la fin du mois, les ventes au détail ont repris un cours normal. Les consommateurs qui avaient fait des stocks ont diminué leurs achats. En parallèle, le gouvernement du Québec a annoncé la fermeture de toutes les entreprises dites non essentielles, incluant les hôtels, restaurants et institutions (HRI). C’est une grosse part de notre marché! »

Pour l’ensemble des produits laitiers, les HRI représentent environ 35 % des ventes. Dans le cas de la crème, c’est près de 60 % de ce marché. De concert avec un transformateur, on a aussi fait un don de deux millions de litres de lait aux Banques alimentaires du Québec qui seront transformés en 200 000 kg de fromage.

« Malgré tous ces efforts, il y a un surplus qu’on n’arrive pas à placer. Il faut donc s’ajuster du côté de la production. On le sait, les vaches n’ont pas de robinet pour contrôler la production. On a dû se résigner à disposer de certains volumes. Aucun producteur ne fait ça de gaieté de cœur. On travaille fort pour produire un lait de qualité afin de nourrir toutes les familles du Québec, c’est notre motivation à se lever chaque matin », assure M. Letendre.

« Mais c’est une solution extrême pour répondre aux variations rapides de la demande. Les marchés sont imprévisibles. C’est du jamais vu. Et c’est partout au Canada, et dans le reste du monde aussi. C’est un défi qu’il faudra surmonter ensemble, avec nos partenaires de la filière. Ce n’est pas en montrant du lait jeté sur les réseaux sociaux qu’on va ramener la situation à la normale. Ça ne fait que fâcher nos concitoyens et créer de la confusion. Ces images vont rester dans l’imaginaire collectif longtemps. Il faut remédier à ça. »