En deux saisons avec les Cantonniers de l’Est (premier nom de l’organisation), Ghislain Provencher a compilé une fiche de 70 buts et 89 mentions d’assistance. Provencher se souvient avec bonheur des années qu’il a passées à Magog.

La perle de Princeville

Lorsque Ghislain Provencher a mis les pieds dans le vestiaire des Cantonniers de l’Est, première appellation des Cantonniers, pour le début de la saison 1980-81 à l’âge de 15 ans, l’état-major de l’équipe se frottait les mains de satisfaction. Ils estimaient avoir mis la main sur une perle rare et le jeune hockeyeur originaire de Princeville leur a donné raison.

Provencher a passé deux ans à Magog et presque 40 ans plus tard, il trône toujours au sommet des compteurs de l’équipe avec rien de moins que 159 points, dont 70 buts, en 90 parties de saison régulière. Informé qu’il détenait toujours le record du plus grand nombre de points chez les Cantonniers, Provencher a paru surpris.

« Je ne me souviens pas de ma fiche exacte. Alors, d’apprendre que je suis encore le pointeur le plus prolifique de l’histoire de l’équipe, je suis très étonné. Après toutes ces années, j’aurais pensé que d’autres joueurs seraient passés devant moi. C’est vrai aussi que ce ne sont pas tous les joueurs qui passent deux ans avec les Cantonniers », affirme un Provencher fort modeste.

S’il n’a pas réussi à percer chez les professionnels, Ghislain Provencher a néanmoins laissé sa marque dans la LHJMQ après son passage à Magog avec une récolte de 368 points en 264 parties, la plupart avec les Castors de Saint-Jean.

« J’ai été adolescent et moi aussi j’avais des rêves. C’est correct d’en avoir encore de nos jours, mais il ne faut pas focaliser seulement sur une carrière dans la Ligue nationale. Il y a des appelés, mais peu d’élus, je ne vous apprends rien. Mes deux années à Magog ne représentent pas une perte de temps pour autant. Le contact que j’ai eu avec un nouveau milieu de vie à l’âge de 15 ans m’a servi plus tard. Il y a le hockey, mais la vie en dehors de la glace vaut aussi la peine d’être vécue », soutient Provencher.

Une autre époque

Celui qui est maintenant installé à Drummondville réalise jusqu’à quel point les jeunes hockeyeurs en 2018 sont élevés dans un milieu complètement différent de ce qu’il a connu lui-même au début des années 80. « Maintenant c’est du hockey 12 mois par année. Nous on jouait au baseball l’été. Aujourd’hui, les jeunes sont en meilleure forme physique et je suis pas mal certain qu’ils s’alimentent mieux aussi. Nous n’avions pas d’agents de joueurs dans notre entourage. Maintenant, ce n’est plus rare de voir des ados d’âge bantam en avoir déjà un. Je ne prétends pas qu’une époque est meilleure que l’autre. C’est juste différent et dans un sens ça fait aussi la beauté du hockey. »

Présent lors du match d’ouverture soulignant les 40 ans de l’organisation magogoise, Provencher a suivi avec grand intérêt le match entre son ancienne équipe et les Gaulois de Saint-Hyacinthe qui se déroulait sous ses yeux. « Je trouvais les joueurs pas mal jeunes sur la glace. Je me disais que les adultes devaient penser la même chose lorsque c’était moi sur la glace. Ils savent jouer au hockey. Le spectacle est relevé. Ça paraît qu’on a affaire à l’élite de ce groupe d’âge », commente Provencher qui enfilait le dossard 20 chez les Cantonniers.

Celui-ci a adoré la soirée des retrouvailles des Cantonniers. « Je comprends que l’occasion s’y prêtait avec le 40e anniversaire, mais ça devrait se répéter un peu plus souvent. Je suis conscient que ça demande beaucoup d’organisation, mais c’était tellement plaisant de voir des anciens coéquipiers et entraîneurs et d’autres joueurs qui ont défilé à Magog », a fait valoir Provencher qui a également été le capitaine de l’équipe en 1981-82.

La deuxième expansion a été la bonne pour les Cantonniers

Les Cantonniers de l’Est (devenus avec le temps les Cantonniers de Magog) ont fait partie de la deuxième expansion de la Ligue midget AAA du Québec. La concession de l’Estrie a adhéré à la ligue en 1979-80 en compagnie des Élans de la Mauricie. Ces derniers ont ensuite cessé leurs opérations en 1983-84. En 1978-79, les Angevins de Bourassa avaient rejoint les membres fondateurs de la ligue qui étaient les Lions du Lac-St-Louis, le Couillard de Ste-Foy, les Canotiers du Richelieu, les Insulaires de Laval et Boisbriand-Laurentides…

La Mauricie et la région de Thetford Mines ont longtemps fait partie du bassin de recrutement des Cantonniers. Or, avec l’élargissement des cadres de la ligue qui s’est échelonné sur plusieurs années, ces territoires ont fini par être enlevés aux Cantonniers. Ces deux régions ont fourni aux Cantonniers quelques-uns des joueurs qui ont marqué l’histoire de l’équipe. Pensons aux Mario Gosselin, Martin Gélinas, Pierre Sévigny, Ghislain Provencher, Daniel Marois, Jean Bergeron, les frères Serge et Daniel Poudrier et combien d’autres…

Qu’ont en commun Pierre Cliche, Martin Bernard et Stephan Lebeau? Les trois ont joué à Magog avant de revenir diriger l’équipe quelques saisons plus tard. Cliche, de Magog, a eu l’honneur de s’aligner avec les deux premières éditions des Cantonniers en 1979-80 et 1980-81. Martin Bernard, de Rock Forest, a endossé l’uniforme magogois lors des saisons 1991-92 et 1992-93. Quant à Stephan Lebeau, dont la famille venait de s’installer à Sherbrooke, il a évolué à Magog en 1983-84. Le jeune prodige de 15 ans a toutefois été contraint de disputer seulement 25 parties en raison d’une blessure qui l’a longtemps tenu à l’écart du jeu. Il avait tout de même eu le temps d’inscrire son nom 50 fois sur la feuille de pointage en seulement 25 parties avec une fiche de 15 buts et 35 passes. Pour en revenir à Pierre Cliche et Martin Bernard, le premier évoluait à la ligne bleue, tandis que Bernard était un attaquant surtout reconnu pour ses aptitudes défensives…

Lorsque Yanic Perreault et Pierre Sévigny, le duo le plus célèbre de l’histoire des Cantonniers, se moquaient littéralement de toutes les stratégies utilisées contre eux pour les stopper lors de la saison 1987-88, certains dirigeants d’autres équipes avaient reproché aux Cantonniers de les avoir cachés à l’âge de 15 ans. Président des Cantonniers à l’époque, André Poulin avait failli s’étouffer en avalant sa pipe. On préférait en rire chez les Cantonniers plutôt que s’en offusquer. Vrai que Perreault et Sévigny en avaient fait baver un coup à leurs adversaires avec des statistiques hallucinantes qui allaient de 70 buts et 57 passes pour 127 points pour Perreault et 43 buts et 78 aides pour 121 points pour Sévigny. Des points en ta… comme dirait l’autre.