L’Opération Verre-Vert encourage la consignation des bouteilles de vin jumelée à des points de dépôt volontaire. En 2017, l’organisme tenait une action concertée en faveur de l’instauration d’un dépôt volontaire à l’écocentre de la MRC du Val-Saint-François. À l’avant-plan, Jean-Claude Thibault.

La lumière au bout du tunnel pour l’Opération Verre-Vert

Quatre ans après avoir érigé un premier « mur de la honte » de 420 caisses de bouteilles vides dans la cour d’une Société des alcools (SAQ) à Sherbrooke, l’Opération Verre-Vert voit enfin la lumière au bout du tunnel.

« Ç’a été le démarrage de la prise de conscience des médias et de la population régionale qu’il y avait un problème avec les matières recyclables mises pêle-mêle dans le bac », rappelle le porte-parole du mouvement citoyen Jean-Claude Thibault.

« Aujourd’hui, on n’est plus en mode analyse, on est rendu en mode solution », se réjouit-il.

Le porte-parole en veut pour preuve que 91 % des Québécois sont désormais favorables à l’élargissement de la consigne aux bouteilles de vin (selon un sondage SOM de 2017), qu’un bon nombre cherche à détourner du bac de récupération ses contenants de verre, quitte à rouler quelques kilomètres pour se rendre à un point de dépôt volontaire, et que plusieurs maires de la région ont adhéré à cette vision.

En tête ceux de la MRC du Val-Saint-François qui ont unanimement demandé au gouvernement l’implantation de dépôts volontaires sur ce territoire, rapporte M. Thibault.

Le comité de pilotage du projet doit rencontrer sous peu le ministre de l’Environnement Benoit Charette. Il vise l’installation de conteneurs à verre dans les 18 municipalités de la MRC sur le modèle de ce qui a été mis en place avec succès depuis 2015 à Saint-Denis-de-Brompton et sans être pénalisé par le système de compensation.

« On souhaite que le gouvernement embarque dans cette expérimentation (…) qui ne coûtera pas le millionième du projet de 50 M$ d’Éco Entreprises Québec », précise M. Thibault en parlant d’un projet de 150 000 à 200 000 $.

L’Opération Verre-Vert tire d’ailleurs à boulets rouges sur l’OBNL et sur son projet pilote qui a coûté 12,2 M$ « et qui n’a pas vraiment rendu la promesse d’ÉEQ de produire du verre de grande qualité, répondant aux attentes des conditionneurs et des recycleurs ».

Dénonçant notamment que trois des cinq centres de tri auraient mis fin au projet pilote avant son terme et que les équipements utilisés ne seraient pas efficaces en hiver, le comité d’Opération Verre-Vert milite maintenant pour la mise sur pied d’une commission parlementaire « pour voir clair dans cette aventure technologique ».

La demande a été déposée le 26 février à l’Assemblée nationale par la députée de Québec solidaire Ruba Ghazal, porte-parole de son parti en matière d’environnement. Elle réclame que tous les acteurs du recyclage soient convoqués pour faire la lumière sur cette « crise du recyclage sans précédent » que vit le Québec, a-t-elle qualifié.

« Nous l’appuyons fortement et un paquet d’institutions et d’organismes l’ont déjà fait, dit M. Thibault. On a aussi demandé à nos 18 municipalités du Val-Saint-François et quelques autres qui ont manifesté le désir de faire des sites de dépôt volontaire de manifester leur appui à cette commission parlementaire. Parce que le problème à l’heure actuelle c’est le grand manque de transparence de Recyc Québec et d’ÉEQ qui ne veulent pas admettre de façon précise les faiblesses de tout ce système qu’on a depuis 20 ans. Alors que tout le monde constate que c’est un échec. »

Lui-même citoyen du Val-Saint-François, Jean-Claude Thibault croit que la MRC, après avoir fait la preuve que la méthode du dépôt volontaire peut marcher, est en voie de devenir un modèle pour l’engagement citoyen dans ce domaine.

« On est très heureux d’avoir pu contre-balancer la désinformation qu’ÉEQ faisait auprès des instances municipales. L’idée de la technologie miracle, les gens ont fini par comprendre que ça coûte très cher avec des résultats très douteux. »

C’était à la fin d’octobre 2014, l’Opération Verre-Vert invitait les citoyens à ramasser leurs bouteilles de vin et à venir les déposer à une SAQ de Sherbrooke pour sortir ces contenants du bac de recyclage et réclamer leur consignation. Quatre mois plus tard, le premier « mur de la honte », comme ils l’ont appelé, comptait 420 caisses de bouteilles.

Le comité du verre de Sherbrooke chemine

Pour Réal Vigneau, la solution est simple : des conteneurs dans les cours des SAQ et des supermarchés permettraient de détourner facilement le verre des centres de tri et des sites d’enfouissement pour en tirer le meilleur parti environnemental.

« Pour moi c’est clair, mais qu’on me prouve le contraire et je changerai d’avis. »

Le Sherbrookois s’intéresse à la récupération du verre depuis plus de 40 ans, dit-il, déçu de voir qu’on en parle plus qu’on pose des actions concrètes.

En réaction à la crise et aux différentes avenues qu’il qualifie de « contradictoires », il a mis sur pied l’automne dernier le comité du verre de Sherbrooke. Ils sont huit citoyens à multiplier les discussions avec les élus et les spécialistes de la question pour essayer de trouver une solution claire à proposer à l’administration municipale.

Signe que le dossier n’est pas si simple, ils n’en sont toutefois pas encore arrivés à un consensus, avoue-t-il. « Ça chemine tranquillement. On a de très bonnes discussions, mais il va falloir se rencontrer à nouveau. »

Pour sa part, Réal Vigneau ne croit pas que la consignation des bouteilles de vin soit la solution. 

« Il y a un mouvement en faveur de la consigne, mais sans savoir ce qui va arriver avec le verre après », déplore-t-il, en arguant que cela laisse la moitié du problème puisque la consignation ne touchera pas le grand nombre de bouteilles de vin déjà sur le marché, ni tous les autres contenants de verre. 

Et on peut penser que le système serait trop coûteux, selon lui. « Est-ce qu’on va payer des travailleurs à 20 $/h pour trier les bouteilles et les envoyer dans un bac où elles vont être cassées de toute façon? Ça va coûter des millions pour que le verre aboutisse au même endroit.

« On s’illusionne en essayant de nous faire croire que ça va passer par la SAQ et que ça va être payant. »

M. Vigneau estime qu’avec des points de dépôt volontaire, le verre sera prêt à être acheminé aux conditionneurs et aux fondeurs à peu de frais. 

« Il faut faire confiance aux gens », rétorque-t-il, à ceux qui croient que les citoyens ne sont pas prêts à fournir un tel effort.

« On peut faire mieux avec le verre que de faire du sable pour mettre dans nos dépotoirs, martèle le citoyen. Des projets pilotes existent pour aller de l’avant. Il faut juste que la Ville accepte de se mouiller. Il faut passer à l’action. »