Stéphane Daigle, copropriétaire de Taxi Magog-Orford : « On est du bord de la population dans cette histoire ».

La grève des taxis atteint l’Estrie

Plusieurs personnes n’ont pu être transportées par taxi à Magog, mardi entre 9 h et 11 h, en raison de la participation de l’équipe de Taxi Magog-Orford à un mouvement de grève à l’échelle du Québec.

L’équipe de Taxi Magog-Orford compte six propriétaires de taxis et une dizaine de simples chauffeurs. Tous ces gens ont pris part à la grève rotative, qui ne touche toutefois pas les gens ayant des rendez-vous urgents à l’hôpital.

« C’est certain qu’on n’a pas l’impact d’une grève générale avec ce type de mobilisations plus limitée, reconnaît Stéphane Daigle, un des copropriétaires de l’entreprise magogoise. Mais c’est un compromis entre ça et ne rien faire. Je considère ça comme un début. On espère que le gouvernement entendra notre message. Nous, on voulait être solidaires avec nos collègues des autres régions. »

Les grévistes réclament le retrait du projet de loi 17, lequel prévoit le rachat par le gouvernement du Québec des permis accordés à l’industrie au fil des décennies. Les autorités gouvernementales planifient verser environ 800 millions $ aux propriétaires des permis. Or, ces derniers souhaiteraient obtenir une somme totale de 1,3 milliard $.

Se faisant le porte-parole de nombreux collègues, Stéphane Daigle affirme que la loi 17 n’est pas assez généreuse envers les propriétaires de permis. « On va avoir des pertes trop importantes », soutient-il.

À Magog, les derniers permis de taxi qui ont été transigés ont été vendus un peu plus de 100 000 $. Ceux qui les détiennent risquent de perdre approximativement 50 000 $ par unité, si le projet de loi 17 est adopté sans modification majeure.

« Je pensais prendre une préretraite grâce à la vente de mon permis, mais je vais être obligé de travailler plus et de retarder mon projet avec ce qui a été annoncé par le gouvernement. C’est frustrant comme situation », admet pour sa part Marc Tétreault, un collègue de M. Daigle à Magog.

Les grévistes soutiennent que les nouveaux joueurs dans le marché, les Uber et autres, devraient être mis à contribution dans le cadre du processus de rachat planifié par Québec.

« La Coalition avenir Québec n’a jamais annoncé son intention de nous exproprier de cette manière-là dans son programme électoral en 2018. Moi, je pense que ce n’est pas à la population du Québec de payer pour une décision dévoilée après l’élection. On est d’ailleurs du bord de la population dans cette histoire », assure Stéphane Daigle.

Dans la foulée, M. Daigle affirme que la sécurité des usagers sera réduite, advenant que le projet de loi 17 soit adopté dans son intégralité. « La classe de permis 4C, nécessaire pour conduire un taxi, serait abolie. Ce serait une mauvaise chose. Les examens de la vue et médicaux pour les chauffeurs n’existeraient plus et ce serait une perte. »

Au tour de Sherbrooke

La grève se déplacera dans d’autres villes mercredi. Entre autres, les 150 chauffeurs œuvrant à Sherbrooke cesseront temporairement d’offrir du transport à la clientèle de 9 h à 11 h ce jour-là.

« On maintiendra uniquement les services essentiels, par exemple les transports pour des hémodialyses. C’est important de participer à ce mouvement de grève parce qu’il faut dire au gouvernement qu’on est loin d’être contents. On essaie de négocier avec lui, mais il ne veut pas nous entendre pour le moment », déclare Miodrag Doslo, président de Taxi Sherbrooke.