Émilie Côté est une adepte de la chasse depuis longtemps.

La chasse, une histoire de famille

Ça y est, le temps de l’année tant attendu par les chasseurs est arrivé. Ces heures pendant lesquelles, seuls ou en groupe, les amateurs de viande sauvage traqueront leur bête de l’année. La Voix de l’Est s’est penchée sur ce loisir qui attire de plus en plus de femmes.

Le silence n’est brisé que par le vent, les gouttelettes de pluie et nos voix. Pourtant, l’endroit où se trouvent les caches de Mario Brien, de l’Association des chasseurs et des pêcheurs de l’Estrie, n’est pas si éloigné de la route que ça. C’est dans cet endroit paisible où Émilie Côté et lui nous ont raconté leur amour pour la chasse.

Tous deux ont toutefois déjà tué leurs chevreuils cet automne, à l’arbalète, la chasse avec cette arme ayant lieu plus tôt dans la saison.

Alors qu’ils voient des clients revenir avec leur prise chez Mario Brien GL Taxidermiste, à Granby, eux ne pourront qu’accompagner d’autres chasseurs d’ici au 2 décembre, date à laquelle prend fin la chasse au gros gibier dans la région. Attention, la chasse au gros gibier ne concerne pas l’orignal.

De génération en génération

Émilie est la nièce de Mario. « J’ai été élevé là-dedans ! Mario, quand il a tué son premier orignal, je trouvais ça tellement impressionnant ! Trois quatre-roues pour tirer l’orignal à mon oncle Mario ! », se souvient encore la chasseuse.

Chez elle, la chasse est une tradition transmise de génération en génération. Elle se rappelle encore la première fois où elle a braqué le canon de sa carabine sur son premier chevreuil, il y a une dizaine d’années. « J’accompagnais mon père, mais je n’avais pas encore ma première prise. Quand ça arrive pour la première fois, j’étais avertie que j’allais trembler. Je cherchais le chevreuil dans mon viseur tellement j’étais énervée. »

Les tremblements sont fréquents, surtout après une première chasse réussie, en raison de l’énervement et du stress qui tombe, racontent-ils. Et ce, peu importe l’âge. M. Brien se souvient d’une cliente dans la soixantaine qui, après des années à avoir accompagné son conjoint à la chasse, a décidé de suivre son cours et d’aller chercher ses permis elle aussi. Même si elle avait vécu le moment de nombreuses fois en tant que spectatrice, elle tremblait encore en venant enregistrer son animal.

D’autres chasseurs figent devant l’animal, incapables de bouger. M. Brien a déjà vécu ce phénomène lorsqu’il chassait l’orignal à Sainte-Anne-de-la-Rochelle. « Sur mon premier orignal, je n’ai pas été capable de lâcher ma flèche. C’est impressionnant. Et ça faisait 13 ans que j’allais à la chasse et je n’en avais pas vu un seul. Et puis le soir, un autre orignal est arrivé et j’ai pris mon temps [pour l’abattre]. »

De plus en plus de femmes

Émilie Côté ne fait pas bande à part. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à porter le dossard orange flamboyant et une arme à l’épaule.

Sans connaître les données exactes, Mario Brien remarque que la chasse connaît une croissance de popularité chez les femmes.

« Je le vois dans nos cours. Ce sont des femmes adultes, qui accompagnent leur mari et veulent vivre l’expérience. » Dans les cours donnés une fois par mois par l’Association des chasseurs et pêcheurs de l’Estrie, la moitié des classes est composée de femmes. Il y a aussi des jeunes de 12 ans et plus qui, pour la première fois, pourront manier une arme durant une partie de chasse, sous la supervision d’un adulte qualifié.

Dans les dernières années, ces cours étaient offerts deux à trois fois par année. La popularité est telle que les douze cours se remplissent en trois semaines, souligne le chasseur et taxidermiste.

Et comme cette passion se transmet dans la famille d’Émilie Côté, son fils de 11 ans est impatient de suivre son cours l’an prochain et de pouvoir participer à la chasse. Il devra être accompagné d’un adulte pendant quelques années, mais il aura lui aussi son permis. Cet adulte pourra être sa mère, son père ou même l’un de ses oncles, qui s’adonnent tous à ce loisir.

« C’est ressourçant d’être dans la nature, ça l’est autant pour les enfants. Aujourd’hui, ils sont devant les écrans. Il faut continuer à faire aimer la nature aux enfants. » Pour elle, la chasse est une belle façon de leur donner cet amour de la forêt.

Durant ces longues journées d’attente, Émilie n’apporte rien pour s’occuper. Elle préfère plutôt respirer et écouter les bruits de la nature. Une parenthèse reposante dans une vie effrénée.

UNE SORTE DE GIBIER COURUE

Le cerf de Virginie est le gibier le plus populaire dans la région. Pour ce premier week-end, autour de 140 chevreuils ont été enregistrés chez Mario Brien GL Taxidermiste, malgré la température froide et pluvieuse de samedi.

La journée ensoleillée de dimanche a été plus favorable et plus de chasseurs se sont installés dans leur cache. Samedi, une quarantaine de chevreuils ont été rapportés à l’adresse de la rue Denison, tandis qu’une centaine l’ont été dimanche.

Pour chasser, il faut s’assurer d’avoir les bons permis. Le permis de chasse standard permet de récolter un mâle, tandis qu’un tirage au sort permet de tuer une femelle ou un veau. Un nombre limité de ces permis sont octroyés pour préserver la race. Un permis plus large, comme celui qu’a remporté par tirage au sort Émilie Côté, permet de tuer un cerf sans restriction d’âge ou sexe. 

Les jeunes chevreuils sont toutefois moins attrayants en raison du peu de viande qu’on peut en obtenir. « Ton permis te coûte 53 $, le boucher coûte une centaine de dollars et t’as acheté 200 $ de pommes (pour les attirer), illustre Mario Brien. Pour 20 livres de viande, ça ne vaut pas la peine. » Il vaut mieux être patient et attendre une meilleure prise.

Après avoir tué un chevreuil, le chasseur doit rapidement accrocher sur la bête un coupon de transport attaché au permis de chasse. Puis, avant le transport, il faut retirer les organes non comestibles du cerf de Virginie. « Dans les cours de maniement d’armes, il y a des vidéos pour montrer comment faire, mais le voir sur vidéo et le faire, ce sont deux choses différentes, mentionne M. Brien avec un sourire aux lèvres. Il ne faut pas enlever le filet mignon autant que possible, et la panse et les tripes, il ne faut pas les percer. »

Si par inadvertance la panse et les tripes ont été percées par la balle, la flèche ou le couteau du chasseur, la viande pourrait être contaminée par des bactéries.

À partir du moment où le chasseur sort du bois, il a 48 heures pour enregistrer l’animal. « Moi, je le fais tout de suite, indique Mme Côté. Ensuite, je le mets au frais. Mon frère a un genre de cabanon réfrigéré où on accroche notre chevreuil jusqu’à ce qu’on l’apporte chez le boucher. » 

Ce genre d’installation permet de conserver la viande et de la faire vieillir une dizaine de jours avant d’être remise au boucher qui fera les coupes de viande désirées et les emballera sous vide.

Et après ? C’est le temps de déguster le fruit de la chasse.