Apprendre en se mettant dans les bottes d’un fermier. Voilà l’objectif du camp de jour de la Bergerie en herbe de René Théberge et Josianne Lessard.
Apprendre en se mettant dans les bottes d’un fermier. Voilà l’objectif du camp de jour de la Bergerie en herbe de René Théberge et Josianne Lessard.

La Bergerie en herbe : un camp de jour qui sort du troupeau [PHOTOS et VIDÉO]

« Si j’étais un mouton, je serais noire. Parce que j’aime ça être différente », songe Violette, 6 ans, les yeux rivés sur le troupeau de brebis qu’elle et le groupe sont venus nourrir ce matin. Au camp de jour de la Bergerie en herbe, les animaux sont source d’inspiration de nombreuses réflexions, mais surtout, de maintes questions.
Une douzaine d’enfants fréquentent chaque jour le camp de la Bergerie en Herbe. Certains viennent une semaine seulement, d’autres tout l’été.

Que mangent les moutons? Les lapins grimpent-ils dans les arbres? Pourquoi y a-t-il un agneau plus faible que les autres? Comment Quinoa le lama a-t-elle pu avoir un bébé, s’il n’y a pas de « M.  Lama  »? 

Josianne Lessard a réponse à toutes ces questions qui fusent au courant de la journée, et plus encore. Celle qui ne se serait pourtant jamais vue vivre sur une ferme, plus jeune, vit un grand rêve avec son conjoint René Théberge. 

Il y a maintenant trois ans, les parents de deux garçons ont acheté une ancienne ferme bovine à Martinville pour y démarrer la Bergerie en herbe. Alliant la passion pour l’agriculture de M. Théberge et l’amour des enfants de Mme Lessard, qui est éducatrice de formation, ceux-ci ont mis sur pied un projet éducatif qui intègre les enfants en plein cœur de leurs élevages. 

« On avait envie d’être nos propres patrons, un jour, même si on n’y est pas tout à fait, note M. Théberge, qui enseigne également au Cégep de Sherbrooke durant l’année scolaire. J’ai étudié en production laitière et il y avait l’appel de la ferme qui revenait toujours sur la table. »

« Je lui ai dit parfait, mais il faut un volet avec les enfants », renchérit Mme Lessard.

Est donc né un modèle d’affaires qui permet la tenue d’un camp de jour estival selon un mode d’inscription à la semaine, ainsi que l’accueil de groupes scolaires ou de familles une partie de l’année, tout en tirant des revenus de la viande d’agneau. C’est à croire que l’idée n’était pas mauvaise, puisque le camp est complet cet été, souligne M. Théberge. 

« Du champ à l’assiette »  

Dès leur arrivée le matin, les enfants participent aux soins des animaux. Avant de passer par l’enclos des cochons, le champ des brebis, le poulailler et le boisé des lapins, on s’aventure tout d’abord dans la bergerie pour y nourrir les moutons et saluer les nouveau-nés. « Il est passé où, l’autre agneau qui est né hier? » demandent chacune à leur tour Simone et Inès avant d’être imitées par le reste des enfants. Une autre interrogation à laquelle répond honnêtement Mme Lessard : « il est décédé, ce sont des choses qui arrivent », avance-t-elle avant d’expliquer les circonstances entourant sa mort. 

À la Bergerie, on ne cache rien de la réalité agricole. Là est tout l’objectif d’inviter des enfants sur une ferme et de favoriser le contact avec les animaux, explique l’éducatrice.  

« Toute la notion d’où vient notre nourriture est inculquée dans les activités. Les enfants qui voient le poulet vivant, ils ont souvent de la difficulté à s’imaginer que c’est ce qu’on achète à l’épicerie. Ils voient vraiment le processus du champ à l’assiette. On leur explique les conditions de vie dans lesquelles ils vivent ici. Nos poules sont par exemple en liberté et les lapins, c’est la même chose, tandis que les agneaux ont de grands espaces dans la bergerie, parce qu’on ne met pas la capacité maximale. C’est ce qu’on explique aux enfants. On leur apprend aussi à remercier l’animal qu’on va manger, parce que de toute façon, beaucoup vont acheter à l’épicerie de la viande qui n’a pas été élevée dans ces conditions. » 

En après-midi, comme c’est toujours le cas, le groupe se prêtera à des activités plus ludiques, comme de l’hébertisme, de la peinture végétale, ou encore la fabrication de balles rebondissantes en laine. 

Question pour les enfants, maintenant : qui aimerait posséder une ferme quand il sera grand? Main levée pour les deux tiers du groupe. 

Échos d’enclos

Qu’a appris Simone, 6 ans, en fréquentant la Bergerie? « Je ne savais pas ce les moutons mangent! Ils mangent du maïs! »

« Je me suis déjà fait cracher dessus par le lama. Ça a un peu revolé sur mes pantalons, mais disons que j’ai été un peu plus chanceux que le chien », confie Arthur, 11 ans.  

« C’était la première fois que je venais [à la Bergerie en herbe] et j’ai beaucoup aimé ça, témoigne Nathan, 9 ans. Ce que j’aime le plus, c’est nourrir les animaux. Je ne savais pas comment nourrir les béliers, les brebis et tout...  et je n’avais jamais vu de lama ni de cochon! »

Arielle, 9 ans, revient pour une deuxième année à la Bergerie en herbe. « J’aime beaucoup les animaux, surtout les chevaux. J’aime ça m’occuper d’eux, prendre les lapins et donner le biberon aux agneaux. J’aimerais ça avoir une ferme plus tard, mais je préférerais avoir une écurie et quelques animaux comme des chats ou des chiens », dit-elle.  

Ducky le canard est né pendant le confinement. « C’était le seul de l’incubateur à naître, alors on l’a gardé dans la maison, dans une cage, raconte Josianne Lessard. Quand on le sortait, nos garçons courraient derrière lui avec du savon pour nettoyer le plancher. Ils lui donnaient aussi des leçons de natation dans l’évier. » 

Les deux frères s’empressent de le prendre dans leurs bras en arrivant dans le poulailler. « On l’a vu naître! C’était nous, sa famille », raconte l’aîné Xavier, âgé de 11 ans.  

Inès, 8 ans, fréquente le camp de jour depuis sa création, il y a trois ans. « La première semaine où je suis venue, il y avait comme dix bébés moutons! » s’illumine-t-elle. Quelle est son activité favorite? « Tout! »