Bernard Gaouette a lancé un appel à tous les gens qui l’ont connu au cours de ses 94 ans d’existence: venez me visiter. Pas question pour ce veuf, seul enfant toujours vivant d’une famille qui en comptait 18, de se morfonde.

«J’aimerais revoir des gens que j'ai connus»

« Moi, Bernard Gaouette, 94 ans, aimerais revoir les gens que j’ai connus. Ça me ferait grandement plaisir. Je peux vous recevoir tous les jours de 10h à 16h. Je demeure à Magog. Je vais vous laisser l’adresse. »

M. Gaouette a écrit à des journalistes de La Tribune pour qu’on publie ce message. Même si cette démarche peut laisser croire que l’homme souffre de solitude, M. Gaouette, le sourire aux lèvres, assure qu’il ne s’est pas ennuyé une seule journée de sa longue vie. Il lit, il écrit et il souhaite entretenir, créer ou recréer des liens avec les gens pour discuter un brin. 

« J’ai travaillé avec les gens toute ma vie. J’aimerais en revoir le plus possible. Être en contact avec les autres tous les jours, c’est plus instructif qu’un cours à l’université », explique l’homme qui nous attendait assis sur un banc devant sa résidence avec le livre de ses mémoires sur ses genoux.

Issu d’une famille de 18 enfants, M. Gaouette est le dernier survivant. Il a perdu son dernier frère en septembre dernier. « Je n’ai pas eu d’enfant, mais j’ai eu 129 neveux et nièces. Ils viennent me voir de temps en temps », précise avec enthousiasme l’homme originaire de Wotton.

Il avait 64 ans quand il s’est marié pour la première et seule fois de sa vie. « Avant, j’ai pas eu le temps », explique celui qui, après avoir travaillé à la ferme familiale, a consacré 30 ans de sa vie au mouvement du crédit social.

Son épouse est décédée en 2012. C’est avec tendresse qu’il raconte leur histoire d’amour. « Je l’avais connue au fil des ans avec son mari. Et tout d’un coup je reçois une lettre d’elle qui me dit que son mari est décédé et que ça fait longtemps qu’elle n’avait pas eu de mes nouvelles. Elle habitait en Abitibi alors je suis monté en autobus le lendemain. Elle est venue m’accueillir au terminus et elle m’a dit : « ça fait longtemps que je vous connais. J’ai perdu mon mari il y a un an. Mon deuil est fait. J’ai gardé la ferme et ce que je désire, c’est d’y vivre avec un homme comme vous ». J’ai dit, moi aussi, mais seulement, ça nous prend un permis. Je ne voulais pas vivre avec une femme sans être marié. Alors, on est allés à l’église en après-midi pour parler au prêtre de notre mariage. On a été mariés près de 24 ans. 24 ans dans le bonheur. Des années incroyables. Maintenant je la prie. Je lui dis toutes sortes de petits secrets. »

Son épouse, Rita Pilon, avait eu neuf enfants et son plus jeune avait 20 ans lors du mariage en 1989. « C’était une sainte femme. Elle avait bien élevé ses enfants. »

« On n’avait pas d’argent. Mais un moment donné, j’ai reçu un héritage d’un de mes frères. J’ai dit on va faire le voyage de noces qu’on n’a pas fait. Elle m’a demandé où on allait. Je lui ai répondu : « le plus loin possible ». On est allés jusqu’à Vancouver. »

Quand on vit jusqu’à 94 ans, on vit plusieurs deuils. L’homme a fait face à la mort très tôt, à six ans, alors que son grand frère de 10 ans est décédé. Puis, quand il avait 15 ans, en 1941, sa mère a succombé à un cancer. Son père est parti en 1956. Et ses frères et sœurs se sont envolés un à un par la suite.

« C’est incroyable de survivre à tous ces gens. Là, j’ai hâte d’aller les retrouver. J’y crois à ces retrouvailles, car je suis croyant. Mais je suis en pleine santé. Pas mal nulle part. »

M. Gaouette n’a pas vu sa vie passer. « Je n’en reviens pas d’avoir déjà 94 ans. La vie m’a aimé à mort et j’ai aimé la vie. J’associe ma longévité à une seule chose. L’amour. »

Après 45 minutes d’entrevue, l’homme aux yeux rieurs déclare : « Je vous aime bien vous. » Un lien a été créé. M. Gaouette prend mon adresse en note. Il m’écrira. Pas question de s’ennuyer.