Isabelle Bernier, spécialiste des courses à pied longue distance, a signé un exploit digne de mention en décrochant une première place chez les femmes lors de l’Ultra Trail Maxi Race de Chine sur la distance de 105 kilomètres.

Isabelle Bernier entre dans la légende en Chine

Sa course en solo autour du lac Memphrémagog (123 km en un peu plus de 13 heures) lui avait attiré énormément d’admiration à la fin du mois d’août. Voilà que la Magogoise Isabelle Bernier vient d’entrer dans la légende de l’Ultra Trail Maxi Race présenté en Chine en terminant première chez les femmes dans l’épreuve de 105 km.
TEXTE-courant:       L’athlète de 40 ans a mis 19 h 48 m 7 s pour franchir la distance et être la première femme à se présenter à la ligne d’arrivée, pas moins de 56 minutes devant la deuxième, une Chinoise.

Isabelle Bernier a foulé le sol chinois seulement deux jours avant la compétition qui se déroulait à Jiangshan, dans la province de Zhejiang, à six heures de Shanghai. Peu de temps pour la Magogoise pour explorer le terrain et se familiariser avec son nouvel environnement. Sans oublier qu’elle a dû composer avec le décalage de 12 heures.

Le jour J venu, le défi de celle qui portait les couleurs d’Endurance Aventure Vélo/Café était énorme : un parcours impitoyable sur 105 kilomètres et l’équivalent de plus ou moins 6000 mètres de montées à travers la campagne sauvage et une forêt de bambou. Pour ajouter à la difficulté, la pluie dense avait rendu les montées et les descentes abruptes extrêmement glissantes, voire dangereuses.

« Je ne suis pas certaine que le départ aurait été donné ici en Amérique du Nord dans les mêmes conditions. C’était vraiment risqué. Heureusement, j’ai évité les blessures et ce fut une sortie parfaite à bien des égards. Je ne pense pas nécessairement à ma victoire en disant cela. C’était juste paradisiaque pour les yeux sur le parcours. Nous avons traversé d’anciens villages, une route millénaire, escaladé des escaliers et des ponts de pierres qui faisaient probablement partie du patrimoine naturel et historique de la place. J’étais comme une enfant qui découvre la vie. Il fallait quasiment que je fasse des efforts pour rester concentrée et demeurer sur le sentier de course », mentionne Isabelle Bernier.

Égarée

Avançant en territoire totalement inconnu, Isabelle Bernier s’est égarée à quelques reprises en prenant le mauvais tournant. Rien de bien sérieux, mais tout de même une petite frayeur lorsqu’elle a perdu son chemin en pleine nuit. « J’ai eu peur quelques instants. Un coureur chinois était dans la même situation. Nous avons fini par retrouver le bon sentier. Je crois que mon intuition m’a mieux servie que mon GPS. Avec le résultat que j’ai plutôt parcouru 112 ou 113 kilomètres. En ultra trail, ce sont des choses qui surviennent et qui ne sont pas rares. »

Le lendemain matin, alors qu’on la conduisait à la remise des médailles, Isabelle Bernier a eu la surprise de sa vie en voyant d’autres coureurs et coureuses qui complétaient leur trajet. « Certains étaient amochés, d’autres couverts de sang. Je n’ai pu que m’incliner devant leur courage. J’ai compris aussi pourquoi il y a rarement plus de 60 pour cent des athlètes au départ qui complètent cet ultra trail », souligne-t-elle.

Croquer dans la vie

Si elle a toujours aimé courir, être active, Isabelle Bernier précise qu’elle le fait de façon plus disciplinée depuis environ quatre ans. 

« J’ai eu un parcours de vie assez rock n roll. Je suis sortie de la vingtaine passablement écorchée. Quand je me suis remise à la course, j’ai dû m’arrêter au bout de 900 mètres. Le message était clair. Aujourd’hui j’élève seule mes deux filles et je n’ai pas encore connu la sécurité d’emploi. Le simple fait de respirer et de pouvoir vivre chaque journée est une bénédiction. La course a fait jaillir en moi une flamme qui ne s’éteint pas. Le dépassement de soi, écouter son corps, son esprit, composer avec l’environnement, tout ça a un impact positif sur moi. Je n’ai absolument pas besoin de réaliser des performances exceptionnelles pour me sentir bien dans ma peau même si mon objectif est toujours de foncer comme un bolide. En Chine, je me suis immergée de leur culture. J’ai contemplé, j’ai senti et j’ai vécu. C’est le meilleur remède à bien des bobos. L’inspiration n’était pas difficile à aller chercher », fait valoir l’enseignante à l’école Montessori de Magog.

Si de son propre aveu elle a eu des dérapages dans la vie, Isabelle Bernier est maintenant une battante qui illumine quiconque la croise. « Un pas à la fois, on peut gravir des montagnes », assure-t-elle.