Denis Bastonais et France Loiselle habitent la Résidence Sawyerville depuis maintenant cinq ans. Ils devront maintenant se trouver une nouvelle unité locative avec l’aide d’une travailleuse sociale, même s’ils vivaient le bonheur total dans le seul établissement de leur village natal.

Incompréhensions et inquiétudes à la Résidence Sawyerville

SAWYERVILLE - Au lendemain de l’annonce que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS allait retirer la certification de résidence privée pour personnes âgées de sa résidence située à Sawyerville, Alain Parenteau s’explique mal les motifs utilisés pour justifier cette action par la direction et craint maintenant pour le bien-être de ses résidents.

L’annonce, venue de nulle part, a pris par surprise le propriétaire de l’établissement ainsi que ses 23 résidents, qui n’ont que neuf jours pour trouver une solution ou un nouveau lieu d’hébergement, la décision entrant en effet le 28 novembre.

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«Vous ne pouvez pas comprendre à quel point cela nous a surpris», confie d’entrée de jeu le propriétaire, qui administre la résidence depuis 10 ans avec sa conjointe. «On trouve que le délai imposé par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS est irraisonnable, surtout qu’on est en plein hiver. Certains résidents vivent déjà un choc traumatique important, donc on est très inquiet des effets que ce grand changement va avoir sur ces personnes vulnérables.»

La révocation de la certification de résidence privée pour aînés a été imposée suite à ce que l’établissement faille à se conformer aux nouvelles directives en matière de sécurité et d’accès à l’information, ce qui surprend le propriétaire et les résidents, qui n’ont absolument rien à dire en mal sur cet aspect.

«On nous dit qu’en plus de rentrer toutes les informations dans les dossiers en ligne de nos résidents, il faut appeler directement au CIUSSS de l’Estrie-CHUS pour rapporter chaque faits et gestes, des choses banales tel un résident qui a décidé de sauter un repas. Quand on leur a demandé ce qui cloche, ils nous réfèrent seulement à des articles de lois sans préciser ce qu’ils voudraient de notre part. On ne fait rien de spécial ici, on sert nos médicaments de la même façon depuis 10 ans, donc on ne comprend pas la virulence des dirigeants qui nous ont imposé cette décision», poursuit-il, s’expliquant mal comment ce litige met en danger les résidents.

Nuits blanches et désespoir

 Les résidents rencontrés sur place ont joint leurs voix en unisson pour souligner la qualité de la résidence, de la nourriture et des soins qui leur sont prodigués. Denis Bastonais et sa femme France Loiselle, qui habitaient cette résidence dans leur village natal depuis cinq ans, devront maintenant se relocaliser à Sherbrooke.

«Ce n’est pas justifié du tout, on n’a jamais de trouble ici. C’est dommage qu’on soit obligés de partir, on a tout ce qu’on voulait ici. Les propriétaires sont numéro un, on est bien servis et la nourriture est très bonne. Tous les employés font de l’excellent travail, ils sont parfaits. C’est un coup de cochon!», s’exclame l’homme, visiblement triste de devoir partir.

«C’est un coup dur, on n’a pas dormi de la nuit hier quand on l’a appris. On était tellement bien ici et maintenant, on doit déménager en plein hiver. Une travailleuse sociale nous aide à trouver notre prochaine résidence, car ça nous prend un endroit où l’on peut amener notre chatte espagnole», affirme quant à elle Mme Loiselle, qui croit mordicus que le propriétaire n’a rien à se reprocher.

Une bénévole à la Résidence Sawyerville de longue date, dont la mère a habité l’établissement durant les trois dernières années de sa vie, est elle aussi bouleversée de la décision rendue brusquement par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

«J’ai vu la résidence se bâtir et je connais les trois propriétaires qui l’ont opéré au fil du temps», explique Suzanne Labranche. «J’ai fait du bénévolat depuis les débuts et ma mère a habité près de trois ans à la résidence. Je peux donc dire avec certitude que les résidents sont tellement bien traités et heureux d’être là. On leur organisait des belles activités deux fois par semaine, des soirées de Noël et des messes à chaque mois. C’est propre, les résidents mangent très bien et surtout, ils sont heureux.»

Selon elle, la sécurité était le dernier souci des résidents, qui avaient même à leur disposition des équipements de sécurités pour se déplacer en abondance. De plus, le bâtiment est en bon ordre et des plus sécuritaire.

«On entreposait même des marchettes et des fauteuils roulants à la résidence pour que les résidents puissent s’épanouir le plus possible dans la sécurité. C’est totalement inhumain de sortir des aînés de leur village en plein hiver, surtout qu’ils vivent dans un bel environnement qui n’a aucune marche pour mettre leur sécurité en danger. Ils sont heureux et surtout, leur sécurité n’est pas compromise», poursuit-elle, défendant passionnément la résidence qui a rendu de bons services à une multitude d’âmes par le passé.

Tentative de sauvetage

 Incapable de laisser ses résidents dans un tel embarras avec la conscience tranquille, Alain Parenteau pèse les options qui s’offrent à lui quant à l’avenir de son établissement. Loin de vouloir baisser les bras, il travaille avec le préfet Robert G. Roy pour essayer de trouver un nouvel opérateur.

«On ne peut pas faire une demande d’accréditation pour la prochaine année en guise de punition», explique-t-il. «On va essayer de trouver un nouvel opérateur qui pourrait obtenir la certification et permettre à la résidence de continuer à héberger nos résidents. On déplore l’attitude du CIUSSS de l’Estrie-CHUS dans le dossier, qui a été brusque et peu compréhensif. Certains résidents et travailleurs avaient été mis au courant il y a de ça un mois, ce qui nous porte à questionner pourquoi on n’a pas été avisé plus tôt de leur décision», conclut le propriétaire, assurant qu’il allait faire tout en son pouvoir pour garder la Résidence Sawyerville fonctionnelle.