Yvon Rosa, photographié lorsqu’il était propriétaire de la concession automobile KIA, à Lac-Mégantic, en 2013.

« Il y a encore un grand vide »

Il sortait tout juste du Musi-Café, avec sa conjointe Nathalie, au début de la nuit du 6 juillet 2013, quand la mort les a poursuivis, leur léchant le dos sous forme d’un feu de pétrole.

Yvon Rosa en restera marqué pour le reste de sa vie. Il n’oubliera jamais ce début de nuit, où il n’a eu que le temps d’agripper sa conjointe pour la lancer par-dessus la haie de cèdre devant eux, sur le boulevard des Vétérans, et se réfugier vers le lac. Il se demande encore comment il a pu lui-même traverser la haute haie touffue… l’instinct de survie devant le pétrole en fusion qui les rattrapait.

« Ces événements ont été un élément déclencheur de mon départ de Lac-Mégantic, ça m’a fait du bien de changer de place… Je ne dis pas qu’on ne reviendra pas à Lac-Mégantic éventuellement », commence Yvon Rosa.

Natifs tous les deux de Lac-Mégantic, sa conjointe et lui se retrouvent aujourd’hui à Sherbrooke, où elle tient un salon de coiffure et lui travaille dans le domaine de l’automobile, ce qu’il fait depuis 35 ans.

« Les astres se sont alignés »

« Il y a d’autres raisons pourquoi nous sommes partis. Les astres se sont alignés pour ça… C’était un bon temps pour le changement. Nous avons fait un revirement complet. Nous nous sommes mariés, Nathalie était à Sherbrooke, moi à Lac-Mégantic. Il s’est présenté un acheteur pour la concession KIA que j’exploitais, j’ai vendu et je suis parti », raconte-t-il.

« Nos deux familles sont à Lac-Mégantic. Pour les vacances qui s’en viennent, nous allons passer deux semaines à Lac-Mégantic, avec mon bateau. Nous avons un bon attachement pour la ville, on va y finir nos jours à notre retraite, c’est certain, nos amis sont là aussi! »

Mais pour l’instant, il reste quelque peu amer.

« Je trouve qu’il manque quelque chose, à Lac-Mégantic, actuellement. Les gens, on dirait qu’ils ont de la difficulté à se structurer. Les promoteurs manquent pour reconstruire le centre-ville, on dirait qu’il y a peu de projets. Lac-Mégantic n’a plus l’énergie d’antan, les gens sont contents de nous voir quand on arrive, mais ça tourne vite à parler que peu de choses se passent à Lac-Mégantic, que ce n’est pas facile au niveau commercial, entre autres. De notre côté, on magasine le plus possible à Lac-Mégantic, on mange dans les restaurants, etc. C’est notre petite contribution, mais ce n’est pas évident », déplore-t-il.

« Les gens ont moins de pep, ils sont encore désorientés, on dirait, c’est long à repartir, c’est ce que je trouve, personnellement. Plusieurs ont quitté, aussi. Et partir quelque chose, un commerce, une entreprise, cela n’est sûrement pas facile. À ma retraite, le lac m’attire, les gens qu’on connaît, à Lac-Mégantic, on sait qu’ils sont chaleureux. Quand je jase avec les membres de ma famille, il y a encore un grand vide à Lac-Mégantic. Le futur dira ce qu’on fera… »