La grève de l’amiante a marqué l’histoire du Québec en traçant la voie vers de meilleures conditions de travail.

Grève de l'amiante : « Ç’a brassé la cabane »

Voilà 70 ans déjà que des milliers de travailleurs des mines d’Asbestos et Thetford Mines déclaraient un arrêt de travail qui marquera l’histoire sous le nom de la grève de l’amiante. Ils revendiquaient avant tout de meilleures conditions de travail et une augmentation de salaire, à cette époque où la poussière d’amiante abimait leurs poumons. Si ces travailleurs n’ont finalement pas obtenu la moitié de ce qu’ils espéraient, ils ont toutefois légué un héritage sans précédent pour la mobilisation sociale et syndicale.

Le 14 février 1949, les mineurs d’Asbestos votaient majoritairement pour une grève qui a duré quatre mois et demi. Ils ont été rapidement suivis des mineurs de Thetford Mines. Plusieurs sont alors débarqués dans les rues afin de faire valoir leurs demandes.

Le premier ministre de l’époque, Maurice Duplessis, avait rapidement déclaré la grève d’illégale et envoyé la Police provinciale (ancien nom de la Sûreté de Québec) aux portes des villes, ce qui avait entrainé de multiples cas de violence.

S’en est suivie une lutte politique et syndicale entre briseurs de grève et grévistes, entre le gouvernement Duplessis et les travailleurs. Même l’Église a été partie prenante du conflit, appuyant les grévistes et se mettant à dos le gouvernement.

Message fort aux travailleurs

« Les ouvriers n’ont pas eu grand-chose, mais d’un autre côté, ça a réveillé un paquet de monde en disant qu’il faut protéger les travailleurs », raconte Pierrette Théroux, responsable de la Société d’histoire d’Asbestos, elle qui approchait 10 ans lors des événements de la grève de l’amiante.

Bernard Coulombe, propriétaire depuis 1982 de la mine Jeffrey, un site à ciel ouvert à Asbestos, soutient que cette grève a mis la table pour toutes les autres luttes syndicales. Il a baigné dans l’industrie et témoigne de l’évolution qu’il a constatée.

« Ç’a brassé la cabane. Ç’a changé l’atmosphère drôlement, et même s’ils n’ont pas tout de suite eu de grosses augmentations de salaire, les conditions reliées à l’hygiène industrielle ont évolué beaucoup et rapidement. Ç’a fait du bien, ç’a donné un signal pour les travailleurs, et pas juste ici, mais partout et dans plusieurs domaines. C’était un départ pour l’hygiène industrielle et la santé au travail. »

M. Coulombe soutient que c’était une question de temps avant qu’un tel mouvement explose.

« J’ai travaillé sur les chantiers, je suis allé aux études et je voyais que ça commençait à se placer. La grève de 1949, ce mouvement-là a tellement été supporté partout, les gens étaient contents, on était rendus là. Les Canadiens français étaient rendus là. On avait ça dans nos gènes. S’il n’y avait pas eu cette grève-là. Il y en aurait eu une autre l’année suivante ailleurs », soutient-il.

Pourquoi se souvenir, même 70 ans plus tard?

« Ces ouvriers méritent qu’on se souvienne d’eux parce que c’était osé à ce moment-là d’aller en grève. Ce n’était pas bien vu, ça prenait du courage. Et ça fait partie de notre histoire. Ç’a été un événement assez marquant dans notre révolution en tant que Canadiens français, et par la suite en tant que Québécois », indique M. Coulombe. 

Mobilisation nationale

Ces difficultés n’ont pas seulement marqué Asbestos. Plusieurs régions avaient démontré leur appui à l’époque, en faisant parvenir de l’aide financière, de la nourriture et même des vêtements pour plusieurs familles, ce qui a pu soulager la misère.

« Les conditions de travail ont été améliorées, ça a fait place aux négociations. Tous les mouvements, c’est parti de ces grèves-là, parce qu’on n’a pas été tout seuls. Mais Asbestos, ç’a été dans les plus dures », soulève Mme Théroux, qui se souvient d’actes de violence dont elle a été témoin.

D’ailleurs, madame Théroux croit que c’est surtout de la mobilisation dont on doit se souvenir.

« Ça a donné un exemple de ce qu’une collectivité de gens informés peut faire. En se mettant ensemble, on peut changer les choses. C’est la même chose dans tous les pays du monde ».

La grève de l’amiante est l’un des conflits qui a fait naître les syndicats et les conventions collectives d’aujourd’hui, un legs dont il importe de se rappeler.